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Le ramadan culinaire de Karim

Philippe Mollé   5 septembre 2009  Alimentation
Cette superbe passiflore passera-t-elle l’hiver sur le rebord d’une fenêtre? Oui, pourquoi pas.
Photo : Agence France-Presse
Cette superbe passiflore passera-t-elle l’hiver sur le rebord d’une fenêtre? Oui, pourquoi pas.
Il est 17h, heure locale, lorsque j'arrive tout juste à Marrakech. Un long voyage en autobus qui m'amène de Rabat, une des villes impériales et capitale du Maroc, jusqu'aux portes de la magnifique cité fondée en 1062, fierté des Marrakchis.

Les jacarandas illuminent de beauté le jour qui tarde en cette période du ramadan, tandis que les orangers, eux, n'en finissent plus d'embaumer l'air pollué par les mobylettes, comme pour s'excuser de cette surdose inutile de fumée.

Vivre l'expérience du ramadan dans la communauté musulmane marocaine peut sembler, pour certains d'entre nous, une forme de parcours du combattant, ou encore, pour d'autres, une route de Compostelle à la mode maghrébine. Pour retrouver Karim, mon guide et ami durant un séjour dans la médina, il faut me rendre au centre de la vieille ville.

Les petits taxis rouges, qui hélas n'ont pas tous l'air climatisé, permettent toutefois au visiteur de s'imprégner tant du bruit assourdissant des klaxons que des odeurs patrimoniales, combinant celles du chevreau qui grille et des épices et aromates en voie de libération pour la rupture du jeûne.

Je ne savais pas que j'étais la dernière course pour mon chauffeur, avant son premier repas et la fête de la nuit. Celui-ci m'affirme n'avoir ni mangé ni fumé depuis le lever du jour, comme tout bon musulman, et m'explique que même boire de l'eau est interdit. Il ajoute, non sans rire, que le sexe aussi est interdit par Allah durant le ramadan!

À l'approche du crépuscule, on peut sentir une grande excitation, une fébrilité, dans les rues près de la médina, qui soudain semblent se vider. La faim, m'explique le chauffeur, déplace les foules, qui se ruent vers les cours intérieures, les marchands ambulants et tous les points de vente de nourriture pour se rassembler.

L'appel de la faim

Si les nutritionnistes peuvent juger bon de faire un jeûne occasionnellement, celui-ci peut entraîner chez certains des dommages irrémédiables s'il est abusif ou incontrôlé. Le Coran permet des exemptions pour les femmes enceintes, les vieillards ou encore les malades. Le ramadan, qui correspond au neuvième mois du calendrier lunaire musulman, dure un mois et varie dans le temps selon les années. Le jeûne constitue un des cinq piliers de l'islam et se termine par la grande fête de l'Aïd, qui annonce la rupture du jeûne.

La nuit vient à peine de tomber quand j'arrive dans la famille de Karim qui, répondant à l'appel de la faim, a déjà commencé à manger la soupe harira, celle qui rompt le jeûne. Cette soupe absolument délicieuse, composée de lentilles et de pois riches en protéines, de légumes et de tomates, s'accompagne généralement de dattes et de citron.

Le sahur, le repas qui précède l'aube, appelé aussi repas de fin de nuit, avant le jeûne de la journée, est aussi un moment important. Durant le ramadan, les musulmans dorment peu et s'éveillent vers 4h du matin, avant le lever du jour.

Lorsque le ramadan arrive durant l'hiver, il permet, à la différence de l'été où les jours sont plus longs, de gagner ainsi plusieurs heures pour récupérer.

Les femmes, au Maroc, sont dédiées le plus souvent aux tâches ménagères, surtout à la cuisine. Une cuisine dont les règles imposent de longues heures de préparation et de cuisson avant de pouvoir l'apprécier. Les petites salades marocaines, qui composent en général une dizaine de plats, offrent tant des légumes, comme les carottes ou les betteraves, que des plats d'abats du mouton, tels le foie ou la cervelle.

Karim m'a présenté sa mère, qui chaque jour réalise des prouesses en préparant les repas pour une quinzaine de personnes, sans compter les visiteurs qui arrivent à l'improviste. Il est venu de Montréal pour rendre visite à sa famille, sa Mecque, un retour dans les traditions qui le réconcilie avec les siens. Lui, le Néo-Canadien qui observe son ramadan comme moi je fais mes Pâques, c'est-à-dire à peu près pas.

Pour ne point déplaire à Allah, à sa famille et à Fatima, sa mère, Karim retrouve soudain la foi pendant quelque temps et s'empresse de suivre les autres dans le jeûne. Déjà, après quelques jours, il a en tête la fête, celle qui s'annonce et dont tout le monde parle en vue des préparatifs. Dans deux jours, le ramadan sera chose du passé; les moutons, tagines, couscous et pastillas au pigeon seront bien présents. Toute la journée de l'Aïd, on dansera, on boira du thé sucré à la menthe, on mangera des cornes de gazelle, des briouates aux amandes et au miel, de la salade d'orange et quelques dattes venues du désert. Les meilleures, précise Karim, sont celles qui poussent dans les oasis lorsque l'eau vient à manquer et que le palmier dattier souffre.

À son retour à Montréal, Karim pourra dire qu'il a vécu «son» petit ramadan, mais, dit-il, «pour devenir un bon musulman», il a du rattrapage à faire.

Installé sur le Plateau Mont-Royal à Montréal, Karim vend depuis toujours de la tourtière, du pâté chinois et des pâtes sauce à la viande. Pour lui, le mouton est devenu l'agneau, le thé à la menthe, du thé vert matcha, et les cornes de gazelle se nomment carrés aux dattes.

Le ramadan, au-delà du jeûne, permet la réflexion, la maîtrise et l'espoir de devenir meilleur. Karim est devenu Canadien et arbore avec fierté, conjointement, les drapeaux du Québec et du Canada. Selon lui, Allah ne fait pas de différence, surtout durant le ramadan, quand les drapeaux jeûnent ensemble.

***

Recette de la semaine

Mijoté de carottes au jus de viande et à l'ail nouveau

- 1 botte de carottes boules

- 1 botte de carottes jaunes

- 1 botte de carottes rouges

- 4 gousses d'ail nouveau

- 35 ml de beurre

- 15 ml d'estragon frais haché

- 125 ml de jus de viande

ou de bouillon de boeuf réduit

- Fleur de sel au goût

Gratter et laver les carottes. Faire cuire à l'eau salée durant 10 minutes. Égoutter et disposer les carottes dans un tagine ou un plat allant au four. Ajouter le beurre et les gousses d'ail émincées. Verser le jus de viande et finir au four à couvert durant sept minutes. Ajouter à la toute fin l'estragon haché. Assaisonner si nécessaire.

***

Biblioscopie

Saveurs et couleurs

Les cuisines du ramadan à travers le monde

Hind Caidi

Éditions Albin Michel

France, 2009, 166 pages

Quelle merveilleuse idée que celle de proposer un ouvrage sur le ramadan culinaire. On y trouve 80 recettes passionnantes provenant du monde entier, qui expliquent la cuisine du Maghreb au Pakistan, d'Ispahan au golfe de Guinée. Un voyage épicé de saveurs et de couleurs qui a un seul but: rassembler les gens.

***

À l'ardoise

Les week-ends gourmands de Rougemont

Pour la 7e édition des Week-ends gourmands de Rougemont, qui se déroulent cette année du 17 septembre 7au 17 octobre, on cible autant le côté gourmand et ludique que le spectacle d'humour. Seize producteurs seront présents pour parler de pommes, mais aussi de fromages et autres produits régionaux. Pour information: www.tourismerougemont.com.






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