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Le sang de Jupiter

Jean Aubry   14 août 2009  Alimentation
C'est la traduction littérale du fameux cépage sangiovese (sanguis jovis) qui est sous ses formes clonales les plus diverses (morellino, prugnollo gentile, brunello, etc.) le cépage noir le plus planté d'Italie. Recommandé dans 58 provinces et autorisé dans 7 autres, le cépage qui se divise en deux familles (le grosso et le piccolo) offre un profil fort différent s'il est enraciné en Toscane, dans le Latium, en Emilie-Romagne, en Ombrie, dans les Marches ou encore en Campanie. En Corse, où il se prénomme nielluccio, il est peu coloré, astringent, plutôt fin, de bonne garde et doté d'un bon degré d'alcool.

Enfin, pour les smattes qui se retrouveront un jour invités sur le plateau d'un quiz à la télévision, le grand ampélographe français Pierre Galet vous permet de vous tirer habilement d'affaire en citant quatre clones, dont le R 10 que vous pouvez tout de suite oublier car pas du tout intéressant. Ce sont le R9 A 5 48 à l'aspect bien coloré et doté d'un charnu appréciable, le R 24 à la stature puissante, capiteuse, d'une densité tannique fabuleuse, et enfin le 19 T qui se réalise avec finesse, harmonie, classe et élégance.

L'idéal, vous l'aurez deviné, est de planter en foule dans son propre vignoble cette macédoine de clones et ainsi de permettre à la cuvée d'atteindre un nouveau niveau de complexité. Jupiter pourra toujours conserver son sang-froid sans se faire de mauvais sang quant aux résultats.

Oui mais, Aubry, diriez-vous dans un élan de scepticisme frôlant la septicémie, pourquoi assemble-t-on alors ce cépage qui semble se suffire à lui-même? En ce qui a trait au chianti, Bettino Ricasoli constatait, au milieu du XIXe siècle, qu'une part ajoutée de canaiolo, de colorino mais aussi, en blanc, de trebbiano, modérait substantiellement l'aspérité du gaillard en question. Mais c'était avant l'avènement de l'oenologie moderne permettant au chianti «classique» d'être digne, courtois et d'une palatabilité hors pair.

Il faudra attendre la fin des années 1960, avec le comte Ugo Contini Bonacossi, pour voir arriver une petite révolution, celle-là à l'ouest de Florence, du côté de Carmignano: l'assemblage de cabernet sauvignon au sangiovese. Vous connaissez la suite. C'est aussi là que je veux en venir. P

as de Tignanello aujourd'hui, mais une batterie de vins élaborés à base de sangiovese, qu'il soit assemblé au cabernet, au merlot, à la syrah, ou pas du tout. Pour tous les goûts!

n Santa Christina 2007, Antinori, Toscana IGT (13,80 $ - 076521): le fruité est juvénile avec une ardeur dans la jeunesse qui lui assure une vélocité et une énergie qui semblent inépuisables. Même la trace de syrah ne suffit pas à l'arrondir complètement. Moderne et tranché. Pizza? **1/2, 1.

n Vitiano 2007, Falesco, Ombrie (14,95 $ - 466029): sangiovese, cabernet sauvignon et merlot pour parts égales, sur un profil où le boisé domine à peine. Saveurs franches, épicées, au fruité généreux, encadré par de solides tanins. Côtelettes d'agneau. **1/2, 1. ©

n Campo Ceni 2007, IGT Toscana, Ricasoli (15,25 $ - 10286161): dans la foulée des rouges modernes, coulants et rassasiants. Fruité soutenu, équilibre et conviction. **1/2, 1.

n Dogajolo 2008, Carpineto, IGT Toscana (18,20 $ - 978874): ce «mini super toscan» fera plaisir aux amateurs de vin franc, frais, aromatique, soutenu d'une trace de bois neuf. **1/2, 1.

n Burchino 2006, Chianti Superiore, Castellani (18,20 $ - 741272): un vrai chianti, expressif et musclé, balisé par d'abondants tanins mûrs. Excellente longueur. Une affaire à ce prix! ***1/2, 1. ©

n Sangiovese du Romagna Superiore 2007, Campo di Mezzo, Tre Monti (19 $ - 11034353): fruité très net, pur et consistant sur une bouche franche, réglée au quart de tour. Très bon. ***1/2, 1.

n Sangiovese di Romagna Riserva 2006, Cesari (20,90 $ - 10780338): pointe d'évolution sur une robe moyenne, un bouquet intrigant de cerise/prune, de cire, de bois, de caramel même, puis une bouche fondue, fraîche mais de bonne tenue. Un sangiovese à l'ancienne. ***, 1. ©

n Rosso di Montalcino 2006, Caparzo (23,85 $ - 713354): le fruité de cerise s'impose avec clarté et se fond sur des tanins mûrs, frais, épicés et très civilisés. Superbe. ***1/2, 1. ©

n Pèppoli Chianti Classico 2006, Antinori (23,90 $ - 10270928): un doigt de merlot, un autre de syrah viennent habiller ce sangiovese élégant et parfumé, à la constitution moyenne, d'une fraîcheur et d'une tenue qui le distinguent sur le plan de la texture. ***1/2, 1. ©

n Riserva Ducale 2006, Chianti Classico, Ruffino (25,45 $ - 045195): ce chianti traditionnel a repris du galon en 2006. Plus de substance, de fruit, sur trame tonique, nourrie, boisée avec diligence. Une affaire sûre. ***1/2, 1. ©

n Rocca Guicciarda 2006, Chianti Classico Superiore, Ricasoli (25,90 $ - 10253440): il se dégage rapidement ici une autorité, une conviction fruitée remarquables. Concentré, oui, mais balancé par une fraîcheur extra. Beaucoup de vin. Et du style avec ça! ***1/2, 2. ©

voir page B 7: vins

n Borgo Scopeto 2005, Chianti Classico Riserva (28,70 $ - 10560351): le sangiovese affiche sa musculature avec assurance, s'imposant sans en faire trop, avec des tannins calibrés, fruités, épicés, longs en bouche. Moderne et classique à la fois. ***1/2, 2. ©

n Rubesco Vigna Monticchio 2003, Lungarotti, Ombrie (42 $ - 10295789): j'ai toujours aimé ce cru qui ne fait nullement de concession aux modes, à la fois authentique, fin, détaillé et long en bouche. Opulent il est vrai dans ce millésime, mais d'une race qui en dit long sur ses origines. ****, 2. ©

n Ruffino Chianti Classico Riserva Ducale Oro 2004 (45,25 $ - 10254063): un sangiovese élaboré dans les meilleurs millésimes seulement, élevé patiemment en botti, à l'ancienne. Nez discret mais fin, sur le santal, le cèdre, puis bouche construite en douceur mais avec fruité consistant, le tout filant longuement sur le havane, le bois. Un chianti de référence. ****, 2. ©

Terminons sur un blanc à base de chardonnay et de pinot grigio: Al Poggio 2008, IGT Toscana, Castello di Ama (35,50 $ - 10542401). Un blanc sec satiné, gracieux, consistant sur le plan du fruité mais parfaitement maîtrisé sur celui du boisé. Long et distingué, avec cette résonance minérale qui n'est pas sans invoquer un bon pouilly-fuissé. ****, 2. ©



Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.

www.vintempo.com

***

Les vins de la semaine

La belle affaire

Saint-Saturnin «Le Clocher» 2007, Coteaux du Languedoc

(12,95 $- 545756)

Le fruité est invitant, tranché, frais et de belle maturité; il s'invite simplement, en rondeur mais aussi avec corps et vinosité, puis termine de façon homogène, librement. Un joli rouge à servir autour de 15 °C sur un steak-frites. 1.

Le champagne

Jacquesson Cuvée N° 732 Brut (71,50 $ - 10758819)

Trop rare ici, ce haut de gamme taillé main par des artisans du beau-boire impressionne. Une trilogie de cépages issus principalement du 2004 avec ajout de 20 % de vins de réserve pour un quasi-brut de sucres, profond et habillé, ample et habité. Amertume noble sur la finale. 2.

La primeur en blanc

Grande Réserve des Bastides 2008, Gaillac (12,95 $ - 912964)

Perlé d'amour, c'est ce qui perle sur l'étiquette de ce blanc sec et tonique qui perle bien haut avec sa microbulle fine et désaltérante. Un blanc sec et léger, au fruité tendre et soutenu, à peine relevé d'une touche iodée qui évoque le crachin fin de l'air marin. Vin de soif. 1.

La primeur en rouge

Château Segonzac 2005, Premières Côtes de Blaye (24,15 $ - 10389013)

Beaucoup d'ambition, que ce soit sur le plan de l'élevage, de la densité ou de la durée au palais, surtout un Blayais qui assume son rang avec rigueur, courage et distinction. C'est coloré, aromatique, pourvu d'une mâche tannique qui l'invite naturellement sur l'entrecôte grillée. Vin de garde. 2.

Le vin plaisir

Terrerare Riserva 2003, Carignano del Sulcis, Sella&Mosca, Sardaigne (21,55 $ - 10675431)

Voici la belle leçon d'un carignan qui a trouvé son terroir comme la bague de fiançailles le doigt de l'épousée. Surtout, une expression rare et envoûtante, à la fois animale et épicée, profonde, texturée et d'une allonge minérale, presque salée. 1.






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