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Votre cave à vins : berceau de vos attentes

Jean Aubry   10 juillet 2009  Alimentation
Vous disposez par exemple d’une cave de 15 000 bouteilles ? Il vous faudra déboucher 41 flacons par jour tout au long de l’année pour déguster à vos élixirs, tandis qu’une seule bouteille par jour comblera vos besoins pour les neuf prochaines
Photo : Agence France-Presse
Vous disposez par exemple d’une cave de 15 000 bouteilles ? Il vous faudra déboucher 41 flacons par jour tout au long de l’année pour déguster à vos élixirs, tandis qu’une seule bouteille par jour comblera vos besoins pour les neuf prochaines
À des amis de passage la semaine dernière, je débouchais un magnum de Montrachet 2004 qu'Olivier Leflaive m'avait si aimablement fait parvenir à Paris fin 2005. Pas de raisons particulières derrière le geste, sinon celle d'apprécier le vin, son vin. Mais je savais bien évidemment en posant le mien que je commettais là un sacrilège, pour ne pas dire un infanticide que bon nombre de puristes n'avaleraient pas!

J'avais fait de même fin des années 1980 avec la bouteille de Pétrus 1983 que m'avait si courtoisement offerte Christian Moueix à la suite d'un stage de vinification effectué sur place en 1987. Le dégustant à l'aveugle une fois de plus, mes invités avaient flairé le grand vin. Ils ne s'étaient pas trompés. Mais n'allez pas croire que je pète là mes bretelles de grand seigneur disposant de trésors de cave comparables à ceux du tsar de Russie et de la cave du président de la Société des alcools du Québec réunis! Nenni. Je servais là les deux seuls gros canons rescapés d'une cave à vins personnelle visitée un jour par des malfaiteurs qui avaient tout raflé, jusqu'aux derniers lièges. Mais là n'est pas mon propos.

Je suis aujourd'hui libre de cave. Une part de mémoire est partie avec elle. Mémoire des lieux, des gens, des circonstances qui, plus que la solidité de la pierre et du mortier, lui conférait sa forme, sa personnalité, sa vie. Non, rien de rien, je ne regrette rien... chantait la Dame. Seulement, peut-être, ce petit regret de ne pas servir à des amis de passage cet Hermitage blanc 1952 de chez Chave ou ce Sassicaia 1977 dédicacé par le marquis della Rochetta. Libre de cave, donc. Et vous, comment se porte la vôtre? Vous la démarrez seulement avec ces 2005 de Bourgogne ou de Bordeaux, ces 2004 de Toscane, ces 2007 du Languedoc ou encore avec ces 2008 de l'Afrique du Sud? Votre livre est ouvert et la page est blanche: vous tenez là un formidable premier chapitre! À vous maintenant de voir quel roman vous voulez écrire, même si le vin est sans doute l'art le plus éphémère qui soit...

«Moi, ma cave à vins, c'est la SAQ», me disait au détour d'une allée une jeune femme pressée, le portable à la main et un panier de l'autre, avant de l'entendre répondre à son interlocuteur dans le portable en question: «Écoute, j'ai le choix entre un bourgogne Côtes de Beaune-Villages 2005 du Domaine Faiveley [28,80 $ - 880484] ou, bedon, un Château l'Enclos "Triple A" 2005 de Bordeaux à 32,75 $ [11095236].» Et dire que les clients s'arrachent les conseils des conseillers en vins et que madame parlait dans son bidule, enfin... Pas bête, le choix, tout de même. Elle aurait pu avec ça démarrer une cave de garde moyenne (de trois à sept ans), même si le tout serait débouché, vidé, pissé et rêvé le soir même.

D'autres mettent une partie de leur cave à vins aux enchères par l'entremise de la SAQ, comme ce fut le cas dernièrement de l'ex-restaurateur Michel Gillet (Restaurant les Chenêts). Au total, une ponction de 3900 cols sur les quelque 45 000 accumulés au fil des ans. Le pauvre homme. Le terme étant évidemment entendu sous l'angle du dépassement, comme dans «J'ai été dépassé par les évènements». Il doit bien y avoir une fable de La Fontaine là-dessus! Mais l'homme n'est pas seul dans son cas au Québec. Plusieurs caves à vins ronronnent et parfois même ne ronronnent plus du tout. D'où la question: quand est-il envisageable de ne plus être capable de boire un jour les vins accumulés dans sa cave? Quand vous parvenez au seuil de 100, de 1000, de 5000 ou de plus de 10 000 bouteilles derrière les fagots? Faudrait mettre un actuaire sur le coup.

Trois types de consommateurs se distinguent. Le premier, telle cette dame au portable de tout à l'heure, ne s'enfarge ni dans les fleurs du tapis ni sur la dernière marche de sa cave, car elle n'en a pas: elle fait rouler l'économie au jour le jour et papillonne au fil des arrivages. Le second, lui, amateur futé mais parfois compulsif, trouvera, dans une cave de moins de 1000 bouteilles, à régler son propre sablier du temps de façon à déboucher à maturité optimale ces vins de moyenne et parfois de longue garde (plus de 10 ans) qu'il aura dénichés souvent avec une ruse de Sioux. Le troisième, enfin, compulsif à coup sûr, engrange dans l'espoir de tout boire un jour, même si les informations lui parvenant de son cerveau reptilien (et qu'il se force d'ignorer) lui indiquent le contraire. Peu ou pas de pertes pour le second, car deux bouteilles bues sont automatiquement remplacées par une autre plus jeune qui apporte du sang neuf, mais inévitable effet de dominos pas toujours jojo chez celui qui a vu grand et qui se retrouve au final avec des jajas sur les bras. Et là, je ne parle pas de ces flacons mythiques au faîte de leur gloire ou qui ont déjà tourné de l'oeil et qui ne seront jamais débouchés parce que l'on ne débouche JAMAIS des flacons mythiques. Certains se reconnaîtront.

L'actuaire en moi fait un petit calcul maintenant. On vous a légué ou vous disposez par exemple d'une cave de 15 000 bouteilles. Vous avez: 1) une petite soif; 2) beaucoup de petits amis; 3) une crainte de tout perdre. Il vous faudra déboucher 41 flacons par jour tout au long de l'année pour avoir la conscience tranquille. Et le foie encombré. Vous êtes plus raisonnable? Une seule bouteille par jour comblera vos besoins pour les neuf prochaines années. Imaginez: neuf ans sans aller à la SAQ et sans lire les suggestions du chroniqueur. Du temps pour vous. Invitez-moi tout de même un jour, ne serait-ce que pour le Pétrus!

Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: Le vin gagne avec le séjour en carafe.

Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 «Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $» et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.

***

Les vins de la semaine

La belle affaire

Baron de Rochefort 2007,

Vin de Pays d'Oc (10,80 $ - 10845365)

Ce vin vinifié en France mais embouteillé au Québec n'est certes pas la septième merveille du monde, mais le fruité est là, propre et soutenu, à peine relevé d'une pointe d'épice et de fumée. Bien frais, c'est du gâteau! 1.

Le chablis

La Chablisienne «La Sereine» 2005, Chablis (23,95 $ - 565598)

Il faudra profiter de cette cuvée 2005 qui laisse filtrer tout doucement les origines de son terroir marno-calcaire, arrondissant un fruité pur et mûr tout en préservant l'esprit minéral et tonique du vrai chablis. 1.

La primeur en blanc

Les Fiefs d'Aupenac 2007, Cave de Roquebrun, Saint-Chinian (18,20 $ - 10559174)

Ce blanc sec vineux et plein a trouvé dans ce millésime une justesse de ton peu habituelle. Roussanne et grenache blanc y sont magnifiques, avec, derrière, des arômes fruités et balsamiques, le tout nourri d'un boisé enrichissant. 1.

La primeur en rouge

Cerasuolo di Vittoria 2007, Planeta, Sicile (24,20 $ - 10553362)

Il y a ici le cépage frappato qui encoquine le nero d'avola en lui donnant des airs de grenache avec ses nuances de chocolat et d'épices. Un rouge expressif, moderne, de corps moyen, d'une redoutable fraîcheur. 1.

Le vin plaisir

Petite Ruche 2007, Crozes-Hermitage, Chapoutier (23,40 $ - 11095906)

La syrah se presse au bord du verre et pousse son registre floral où flirte l'olive noire en s'épanchant sans retenue. Un superbe crozes bien coloré mais aussi très frais et palpable avec sa matière fruitée aérée. 1.






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