L'hymne à la joie
«Omnia praeclara rara.» C'est de Cicéron. Le fameux tribun n'y avait d'ailleurs pas été de main morte en prenant à partie un certain Catilina lors d'une joute oratoire passée à l'histoire (juste avant les nouvelles du sport). Mais cette maxime, vous vous en doutez, ne lui était pas destinée. «Omnia praeclara rara»: tout ce qui est excellent est rare. C'est plutôt du côté de la Germanie que le grand Cicéron s'adressait, là où se distille encore aujourd'hui excellence et précision. Comment pourrait-il en être autrement dans ce pays où la Mercedes Benz est à l'autobahn ce que le riesling est au vignoble? Force, tempérament, énergie, race et endurance: des mots clés qui les définissent tous deux à merveille.
Une brochette de vignerons allemands était de passage au Québec la semaine dernière dans le cadre de leur tournée pancanadienne «Hymne à la joie». C'est bien trouvé comme nom de tournée. Il y a toujours une joie sincère à boire du riesling. Une joie vive, percutante et spontanée, perçante et extrêmement brillante, tel un faisceau lumineux qui foudroie la nuit, vous happe et laisse des étoiles dans les yeux. Et la bouche. Et le coeur.
Vous l'aurez deviné, le riesling, c'est ma joie à moi. Avec l'Alsace où sa vinosité lui donne des airs de courtisane à la cour du Roi Soleil, c'est en Allemagne — plus précisément dans le Rheingau — que le riesling atteint des sommets d'expression à l'intérieur de cette «vibration» minérale toute particulière.
Mais le roi n'est pas seul. Il y a, pour les blancs, ce sylvaner qui souligne cette année 350 millésimes de viticulture, le rivaner (müller-thurgau), le grauer burgunder (pinot gris, une mutation du pinot noir), le weisser burgunder (pinot blanc), le kerner (le «neveu » du riesling), le scheurebe (croisement silvaner- riesling), ou encore l'exhibitionniste gewürztraminer qui n'en rate pas une pour faire tourner les têtes. Question: pouvez-vous me nommer quelques cépages rouges allemands? Visiblement, l'effort donne soif! Rassurez-vous, pas de merlots ici, mais des spätburgunders (pinot noir), dornfelders, portugiusers, trollingers et autres lembergers qui ont tous en commun cette approche sapide, fraîche, friande, précise, digeste, légère en alcool, et qui n'ont nullement besoin de nuances boisées pour s'éclater la pulpe.
La Canada se hisse à la septième place au chapitre des importations (période 2007-2008, en volume et en valeur) pour une hausse qui se vérifie au Québec de 11 % depuis les cinq dernières années. Peut-être sommes-nous sensibles au concept «Classic» et «Sélection» développé au tournant du millénaire et qui prône une lecture simplifiée de l'étiquette? Classic? Identification d'un cépage issu de l'une des 13 régions viticoles. Sélection? Identification d'un cépage, celui-là provenant plus spécifiquement d'un vignoble identifié (einzellage).
Les fines fourchettes pousseront quant à elles le bouchon plus loin avec ces vins de qualité à prédicat (Qualitätswein mit Prädikat ou QmP) et leur spécification plus pointue de taux de sucre potentiel à la vendange (kabinett, spätlese, auslese, etc.), pour révéler des liaisons gastronomiques rares mais aussi fort polyvalentes.
Parmi les belles rencontres, notons la gamme simple mais homogène de chez Deinhard (Riesling et Pinot Gris 2008), les weingut Dr. Loosen & Villa Wolf (Riesling Spätlese Erdener Treppchen 2007), Markus Molitor (Riesling Kabinett Zeltinger Sonnenuhr 2007), Balthasar Ress ( Riesling Kabinett Hatteinheimer Schützenhaus 2007), Schloss Schönborn (Riesling Spätlese Erbacher Marcobrunn 2007), Jean Buscher (Silvaner Edition «S» 2007), Müller-Catoir (Weissburgunder Kabinett 2007), Heitlinger & Burg Ravensburg (Riesling Husarenkappe 2007 et Spätburgunder grand cru Sulzfelder Löchle), ou encore la weingut Gunderloch et son superbe Riesling Nackeneimer Rothenberg 2007.
D'autres joies
Château de Chasseloir Ceps Centenaire 2004, Muscadet de Sèvre et Maine sur lie (18,95 $ - 854489), blanc sec vibrant qui commence, après quelques années de bouteille, à révéler son potentiel. Densité, vigueur, jolie longueur. ***, 1. Montecillo Crianza 2005, Rioja (17,45 $ - 144493): une valeur sûre, corps moyen, flaveurs soutenues, fraîches, au boisé typique. **1/2, 1. Clos Bagatelle «Veillée d'Automne» 2005, St-Chinian (18,95 $ - 979229): je craque chaque fois pour son liant de saveurs à la fois velouté et empreint de fermeté. Clarté et longueur. ***, 1. Château Grand Mouëys 2005, Premières Côtes de Bordeaux (19,90$ - 10864443): une belle bouteille dans un millésime parfait. Présence fruitée, assise ferme mais mesurée, du relief, de l'étoffe. N'y manque que l'entrecôte grillée. ***, 1. Val di Suga 2004, Brunello di Montalcino (52 $ - 897017): grand seigneur qui défie les modes par son classicisme, tanins nourris, fins, ajoutant au fruité des nuances tertiaires de tabac frais, d'écorce. Long, racé. ***1/2, 2 ©. Summus 2005, Sant' Antimo Rosso, Castello Banfi (69,50 $ - 10268959): c'est sa force, pleine et entière, qui fait l'homme, son registre corsé, complexe, affirmé et bien ancré qui fait le reste. Boisé moderne qui encadre une sève fruitée bien nourrie, qui nourrira à son tour votre petit gibier de passage. ***1/2, 2 ©.
- Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: Le vin gagne à séjourner en carafe.
- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 Les 100 meilleurs vins à moins de 25$ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.
***
www.vintempo.com
***
Les vins de la semaine
***
Les belles affaires
Lavradores de Feitoria 2006, Douro (13,85 $ - 11076764), tout simple, tout bon, avec ce fruité juvénile soutenu où l'on mord et mord encore; et Laderas de El Seque 2007, Alicante, Artadi (14,05 $ - 10359201), plus riche, frais, au corps et à la personnalité assurés. BBQ? 1.
***
Le gros calibre
Domaine du Gros' Noré 2005, Bandol (35,75 $ - 10884583)
Ce «musclé» du terroir conserve ici un équilibre rarement rencontré dans l'ensemble qui titre pourtant plus de... 15 % en alcool par volume. Pas de trace chauffante ni asséchante, plutôt le pari de la fraîcheur et de tanins mûrs et serrés, sans astringence, généreux à souhait. 2.
***
La primeur en blanc
Bourgogne Aligoté 2007,
Les Chapitres de Jaffelin (15,95 $ - 053868)
Le fruité a le dynamisme et cette fougue typiques des aligotés qui ont le ressort pour calmer la petite soif. Jolie robe vert pâle, nuances de pomme et d'herbes fraîches sur un ensemble sec, vif et sapide, relevé d'une touche perlante qui avive un peu plus. 1.
***
La primeur en rouge
Moreccio 2007, Bolgheri, Casa di Terra (22,25 $ - 10830649)
Cette jeune appellation (1984) s'est développée à un rythme fou depuis le dernier quart de siècle avec des vins qui ont de l'authenticité, certes, mais qui sont aussi de facture moderne, très stylée. Ce Moreccio est richement boisé mais aussi fruité, avec corps et sa sève fine. 2.
***
Le vin plaisir
Riesling GC Searing 2006,
Domaines Schlumberger,
Alsace (29,55 $ - 896571)
L'incroyable sève fruitée monte comme un bourgeon débourre, vigoureusement, avec une densité, une épaisseur, une race qui témoignent du grand cru. Le profil est aromatique, détaillé, avec un démarrage en rondeur, puis plus rectiligne sur la longue finale. 2.
Une brochette de vignerons allemands était de passage au Québec la semaine dernière dans le cadre de leur tournée pancanadienne «Hymne à la joie». C'est bien trouvé comme nom de tournée. Il y a toujours une joie sincère à boire du riesling. Une joie vive, percutante et spontanée, perçante et extrêmement brillante, tel un faisceau lumineux qui foudroie la nuit, vous happe et laisse des étoiles dans les yeux. Et la bouche. Et le coeur.
Vous l'aurez deviné, le riesling, c'est ma joie à moi. Avec l'Alsace où sa vinosité lui donne des airs de courtisane à la cour du Roi Soleil, c'est en Allemagne — plus précisément dans le Rheingau — que le riesling atteint des sommets d'expression à l'intérieur de cette «vibration» minérale toute particulière.
Mais le roi n'est pas seul. Il y a, pour les blancs, ce sylvaner qui souligne cette année 350 millésimes de viticulture, le rivaner (müller-thurgau), le grauer burgunder (pinot gris, une mutation du pinot noir), le weisser burgunder (pinot blanc), le kerner (le «neveu » du riesling), le scheurebe (croisement silvaner- riesling), ou encore l'exhibitionniste gewürztraminer qui n'en rate pas une pour faire tourner les têtes. Question: pouvez-vous me nommer quelques cépages rouges allemands? Visiblement, l'effort donne soif! Rassurez-vous, pas de merlots ici, mais des spätburgunders (pinot noir), dornfelders, portugiusers, trollingers et autres lembergers qui ont tous en commun cette approche sapide, fraîche, friande, précise, digeste, légère en alcool, et qui n'ont nullement besoin de nuances boisées pour s'éclater la pulpe.
La Canada se hisse à la septième place au chapitre des importations (période 2007-2008, en volume et en valeur) pour une hausse qui se vérifie au Québec de 11 % depuis les cinq dernières années. Peut-être sommes-nous sensibles au concept «Classic» et «Sélection» développé au tournant du millénaire et qui prône une lecture simplifiée de l'étiquette? Classic? Identification d'un cépage issu de l'une des 13 régions viticoles. Sélection? Identification d'un cépage, celui-là provenant plus spécifiquement d'un vignoble identifié (einzellage).
Les fines fourchettes pousseront quant à elles le bouchon plus loin avec ces vins de qualité à prédicat (Qualitätswein mit Prädikat ou QmP) et leur spécification plus pointue de taux de sucre potentiel à la vendange (kabinett, spätlese, auslese, etc.), pour révéler des liaisons gastronomiques rares mais aussi fort polyvalentes.
Parmi les belles rencontres, notons la gamme simple mais homogène de chez Deinhard (Riesling et Pinot Gris 2008), les weingut Dr. Loosen & Villa Wolf (Riesling Spätlese Erdener Treppchen 2007), Markus Molitor (Riesling Kabinett Zeltinger Sonnenuhr 2007), Balthasar Ress ( Riesling Kabinett Hatteinheimer Schützenhaus 2007), Schloss Schönborn (Riesling Spätlese Erbacher Marcobrunn 2007), Jean Buscher (Silvaner Edition «S» 2007), Müller-Catoir (Weissburgunder Kabinett 2007), Heitlinger & Burg Ravensburg (Riesling Husarenkappe 2007 et Spätburgunder grand cru Sulzfelder Löchle), ou encore la weingut Gunderloch et son superbe Riesling Nackeneimer Rothenberg 2007.
D'autres joies
Château de Chasseloir Ceps Centenaire 2004, Muscadet de Sèvre et Maine sur lie (18,95 $ - 854489), blanc sec vibrant qui commence, après quelques années de bouteille, à révéler son potentiel. Densité, vigueur, jolie longueur. ***, 1. Montecillo Crianza 2005, Rioja (17,45 $ - 144493): une valeur sûre, corps moyen, flaveurs soutenues, fraîches, au boisé typique. **1/2, 1. Clos Bagatelle «Veillée d'Automne» 2005, St-Chinian (18,95 $ - 979229): je craque chaque fois pour son liant de saveurs à la fois velouté et empreint de fermeté. Clarté et longueur. ***, 1. Château Grand Mouëys 2005, Premières Côtes de Bordeaux (19,90$ - 10864443): une belle bouteille dans un millésime parfait. Présence fruitée, assise ferme mais mesurée, du relief, de l'étoffe. N'y manque que l'entrecôte grillée. ***, 1. Val di Suga 2004, Brunello di Montalcino (52 $ - 897017): grand seigneur qui défie les modes par son classicisme, tanins nourris, fins, ajoutant au fruité des nuances tertiaires de tabac frais, d'écorce. Long, racé. ***1/2, 2 ©. Summus 2005, Sant' Antimo Rosso, Castello Banfi (69,50 $ - 10268959): c'est sa force, pleine et entière, qui fait l'homme, son registre corsé, complexe, affirmé et bien ancré qui fait le reste. Boisé moderne qui encadre une sève fruitée bien nourrie, qui nourrira à son tour votre petit gibier de passage. ***1/2, 2 ©.
- Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: Le vin gagne à séjourner en carafe.
- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 Les 100 meilleurs vins à moins de 25$ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.
***
www.vintempo.com
***
Les vins de la semaine
***
Les belles affaires
Lavradores de Feitoria 2006, Douro (13,85 $ - 11076764), tout simple, tout bon, avec ce fruité juvénile soutenu où l'on mord et mord encore; et Laderas de El Seque 2007, Alicante, Artadi (14,05 $ - 10359201), plus riche, frais, au corps et à la personnalité assurés. BBQ? 1.
***
Le gros calibre
Domaine du Gros' Noré 2005, Bandol (35,75 $ - 10884583)
Ce «musclé» du terroir conserve ici un équilibre rarement rencontré dans l'ensemble qui titre pourtant plus de... 15 % en alcool par volume. Pas de trace chauffante ni asséchante, plutôt le pari de la fraîcheur et de tanins mûrs et serrés, sans astringence, généreux à souhait. 2.
***
La primeur en blanc
Bourgogne Aligoté 2007,
Les Chapitres de Jaffelin (15,95 $ - 053868)
Le fruité a le dynamisme et cette fougue typiques des aligotés qui ont le ressort pour calmer la petite soif. Jolie robe vert pâle, nuances de pomme et d'herbes fraîches sur un ensemble sec, vif et sapide, relevé d'une touche perlante qui avive un peu plus. 1.
***
La primeur en rouge
Moreccio 2007, Bolgheri, Casa di Terra (22,25 $ - 10830649)
Cette jeune appellation (1984) s'est développée à un rythme fou depuis le dernier quart de siècle avec des vins qui ont de l'authenticité, certes, mais qui sont aussi de facture moderne, très stylée. Ce Moreccio est richement boisé mais aussi fruité, avec corps et sa sève fine. 2.
***
Le vin plaisir
Riesling GC Searing 2006,
Domaines Schlumberger,
Alsace (29,55 $ - 896571)
L'incroyable sève fruitée monte comme un bourgeon débourre, vigoureusement, avec une densité, une épaisseur, une race qui témoignent du grand cru. Le profil est aromatique, détaillé, avec un démarrage en rondeur, puis plus rectiligne sur la longue finale. 2.
Haut de la page

