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Afrique du Sud : l'industrie viticole à un tournant (1)

Jean Aubry   27 mars 2009  Alimentation
Le vignoble de Constantia, avec l’Atlantique au loin.
Le vignoble de Constantia, avec l’Atlantique au loin.
C'est à l'invitation du Wine of South Africa (WOSA), levier économique de l'industrie sud-africaine du vin, que je me rendais récemment dans ce pays dont on dit qu'il est le plus beau du monde. Plus beau pays du monde?

Oui, même si les babouins ont cette sale manie de vous piquer votre casse-croûte et votre verre de pinotage à peine rafraîchi pour mieux l'avaler en vous faisant un bras d'honneur bien senti!

Seul pays au monde, d'ailleurs, où les primates participent à l'augmentation de la consommation per capita qui tourne aujourd'hui autour de sept litres, pour une moyenne d'achat d'environ 3 $ la bouteille. Mais les choses évoluent, et rapidement avec ça.

Si les toutes premières vendanges remontent à 1685 dans la région de Constantia, au sud de Cape Town, où s'élabore encore aujourd'hui 90 % de la production, ce n'est véritablement qu'en 1994 que démarre une industrie qui, depuis, avale les bouchées doubles.

Moins de 20 ans plus tard, après la dissolution du monopole de la KWV, une gigantesque coopérative mise en place en 1918 et dont la fonction consistait à réguler les prix tout en paralysant l'innovation et les mises en marché à l'export, cette «jeune» industrie est à un tournant.

Les exportations sont à la hausse, l'émergence de nouvelles régions susceptibles de captiver un nouveau marché de consommateurs en leur taillant des vins sur mesure s'affine et, surtout, une génération dynamique de vignerons s'activent à embouteiller leurs propres vins (délaissant ainsi les coopératives) en fonction de terroirs et de climats dont ils découvrent à chaque millésime un surcroît de caractère et de personnalité.

Grosso modo, et pour les férus de statistiques, environ 4000 producteurs répartis en 560 caves particulières et 59 coopératives (chiffres de 2007) produisent quelque 780 millions de litres de vin à partir d'un peu plus de 100 000 hectares de vignes plantées.

Le tout s'étirant sur une bande de 800 kilomètres traversant une vingtaine de régions et de districts, sous un climat principalement méditerranéen où, vous l'aurez évidemment deviné car vous êtes un lecteur assidu de cette chronique, l'altitude et l'exposition du vignoble sont une fois de plus déterminantes pour soutenir et magnifier l'intégrité fruitée.

Les «plutons»

Côté pédologie, il n'est pas inintéressant de savoir que la lente désintégration de gigantesques cônes formés il y a environ 600 millions d'années et qui portent le joli nom de «plutons» est, en raison de ce granit décomposé, responsable de l'aspect très minéral perceptible dans les vins.

Nous reviendrons d'ailleurs la semaine prochaine sur cette fameuse minerality qui excite tout le monde et que chacun cherche à définir à sa façon.

La fracture sociale

Parler de l'Afrique du Sud, c'est aussi évoquer un contexte politique qui marquait, dès 1948, avec le Nationalist Party, cet apartheid dont nous connaissons tous le dénouement avec la sortie de prison de Nelson Mandela en 1990.

Un contexte qui aura d'ailleurs sur la viticulture un impact direct car, de cette fracture sociale naîtra une prise de conscience dont on sent l'importance sur le tissu humain comme sur l'environnement qu'il est aujourd'hui crucial de protéger.

Par exemple l'implication sociale de la maison familiale Fairview (www.fairview.co.za), pilotée par Charles Bock, qui, à partir des 5 à 8 % de fonds recueillis de la vente des nombreux vins maison, identifie pour ses partenaires-employés des projets communautaires qui vont de la construction de maisons à l'établissement de crèches en passant par la garantie d'un prix juste payé pour l'achat de raisin.

Même son de cloche du côté de la Wine & Agricultural Ethical Trade Association (WIETA, wwwwieta.org.za), un organisme sans but lucratif qui se consacre à la mise en place d'un code d'éthique pour l'industrie en encourageant le commerce équitable du vin, ou encore, plus récemment, du projet Laduma et de la création de la cuvée Fundi (depuis 2008), qui veut dire en langue zulu «l'apprenti-débutant», destinée à favoriser l'enseignement du vin par une formation appropriée, surtout chez les chômeurs qui veulent y consacrer une éventuelle carrière.

L'environnement

Mais c'est du côté de l'environnement que les Sud-Africains innovent, avec la Biodiversity & Wine Initiative (BWI), dont le partenariat avec l'industrie vinicole permet de protéger quelque

75 000 hectares de nature sauvage pour les générations futures.

À ma connaissance, il n'existe aucun autre organisme sur la planète vin qui, pour chaque hectare de vignes plantées, assure la protection d'un autre hectare consacré à la protection de la biodiversité.

Comme l'aboyait si dignement le babouin repu du casse-croûte et de son verre de pinotage à peine rafraîchi: «Just another beautifull day in South Africa...»

- Suite la semaine prochaine, avec la production de quelques belles maisons.

- À consulter: Le Guide Platter's South African Wine 2009, Newsome McDowall, Cape Town.

- Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

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Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette, à l'antenne de la Première Chaîne de Radio-Canada.

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www.vintempo.com

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Les vins de la semaine

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La belle affaire

Man Vintners 2006, Cabernet Sauvignon, Coastal Region, Afrique du Sud

(13,70 $ - 10802832)

Assemblage ici des fruits de la côte (fraîche) et du centre (sec) pour un «cab» musclé mais frais et très persuasif, avec sa touche épicée légué par la futaille américaine et sa typique nuance herbacée qui ajoute au relief fruité. 1.

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L'Ontarien

Village Réserve 2006,

Pinot Noir, Clos Jordanne,

Péninsule du Niagara

(26,25 $ - 10745487)

La robe pâle, les arômes nets de pinot noir et une pointe discrète de boisé font de cet assemblage un vin qui s'avale à grandes lampées. Ce rouge réussit la persistance même s'il lui manque un peu de «fond», de densité. 1.

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La primeur en blanc

Le Bonheur 2008, Chardonnay, Stellenbosch, Afrique du Sud (15,95 $ - 710780)

L'une des top propriétés de la maison Distell avec ses 30 marques et ses 250 millions de bouteilles vendues annuellement: voilà un chardonnay charmant, satiné et linéaire, vivant et délicatement boisé, qui devrait plaire à votre escalope de veau citron. Miam. 1.

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La primeur en rouge

Beaune 1er Cru Clos du Roi 2005, Bouchard Aîné & Fils (39,50 $ - 10865497)

À bon prix, un 1er cru qui parle bien pinot de son terroir d'origine dans un millésime qui le destine à gagner en beauté avec les années. La robe est soutenue, les arômes mûrs, bien que discrets, et l'ensemble possède tenue, vigueur et un tanin manifeste. 2.

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Le vin plaisir

Domaine de Torraccia 2006, Corse (19,20 $ - 860940)

Ce rouge souple, naturel, amical et sincère de Christian Imbert se savoure avec le nez dans la garrigue et le sauté de lapin dans la cocotte. Expressif, léger, totalement fondu, c'est le vin «carte de visite» proposé par son auteur pour venir découvrir son île de beauté. 1.






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