Douze grands italiens dans le millésime 1997
Il ne fallait pas rater la prestigieuse dégustation organisée par le magazine Civilta del Bere au dernier Vinitaly, où les meilleurs crus italiens ont livré, avec tout le décorum lié à leur rang, le fruit d'une décennie de bouteille. Tout simplement magistral! Fait à noter, ce grand millésime a fait l'unanimité à peu près partout sur la péninsule italienne avec un rendement modéré, une richesse fruitée et un équilibre d'ensemble parfait. L'occasion était belle ici de saisir le potentiel d'un grand vin et surtout de sentir cette symbiose cépages-terroirs que le millésime a simplement «accompagnée» jusqu'à l'accouchement au chai. S'ils peuvent encore tenir sans problème pendant plusieurs années, tous les vins dégustés atteignent doucement aujourd'hui leur plateau de maturité. Et comme je me doute que certains d'entre vous en ont en cave, invitez vos amis à les boire: cela se traduira par un geste de bienséance que ne renierait pas Nadine de Rothschild elle-même.
Les voici, dégustés dans l'ordre avec mentions: M pour magnum et B pour bouteille.
- Planeta, Santa Cecilia, IGT Sicilia (M). Allessi Planeta peut être fier. Nero d'avola (85 %) et syrah issus du vignoble Dispensa charment illico avec une amplitude dans le bouquet suggérée par la réglisse et la prune mûre, une structure ferme mais allongée, capiteuse, chaude et sensuelle. À point. ****, 1.
- Falesco, Montiano, IGT Lazio (B). Je ne connaissais pas ce 100 % merlot et remercie donc Riccardo Cotarella pour l'aventure qu'il propose avec ce cru intense et serré, au fruité velouté profond et dont la grande fraîcheur prolonge longuement le sillon et fait rouler le grain en finale. Superbe. À point. ****1/2, 1.
- Tenuta San Leonardo, San Leonardo IGT Vigneti delle Dolomiti (M). La trilogie bordelaise sans le petit verdot pour un vin au bouquet pénétrant où le minéral tranche rapidement, à la manière d'un grand Canon-Fronsac. Bouche fine, élancée, très classe, tonique, merveilleusement intégrée. Une longueur que ne renie pas Carlo Guerrieri Gonzaga, fier de ce grand cru du Trentin. ****, 2.
- Tenuta San Guido, Sassicaia, Bolgheri DOC (M). Trois semaines de vendanges parfaites et ininterrompues début septembre donnent un vin tout simplement monumental. Retenons, derrière le bouquet complexe qui peine à s'ouvrir, ce mélange de muscle et de finesse et cette ascendance terrienne minérale qui le place parmi les véritables crus de ce monde. *****, 3.
- Allegrini, La Poja, IGT Veronese (B). Entre les mains de Franco Allegrini, la corvina veronese (100 %) évoque la grandeur du touriga nacional du Douro. Même clarté fruitée de cerise pochée, de prune et de fumée, même épaisseur dans le velouté, avec une stimulante fraîcheur qui active la longue finale. Un bijou de vin. ****1/2, 2.
- Banfi, Poggio all'Oro, Brunello di Montalcino DOCG (M). Faibles rendements en raison de gels printaniers. Si le bouquet brille par le détail suggéré (cèdre, truffe, noyau, bois), la bouche demeure rigoureuse, construite, épicée et longue avec des tanins un peu stricts. Une cuvée de connaisseurs. ****, 2.
- Luce della Vite, Light, IGT Toscana (M). Deuxième millésime de cette cuvée pour moitié sangiovese et merlot, qui trouve rapidement ses marques ici. Beaucoup d'éclat dans le fruité où la fraise domine. Trame veloutée qui se raffermit ensuite sur une finale fraîche qui évoque la sensualité d'un grand bourgogne. Toujours le meilleur dégusté à ce jour. ****1/2, 2.
- Argiolas, Turriga, IGT Isola dei Nuraghi (B). Il y a bien sûr Giacomo Tachis derrière mais surtout le grand cépage cannonau issu du vignoble Turriga, à l'exposition parfaite. La famille de Franco Argiolas sculpte ici un vin original, multidimensionnel, un brin mystérieux avec sa touche iodée, son corps musclé mais gracieux, sa finale homogène riche et ferme. Bref, du grand vin! ****1/2, 3.
- Conterno Giacomo, Barolo Monfortino DOCG (M). Issu du vignoble Casciana Francia (sud-ouest à 400 mètres), ce nebbiolo mis en valeur par Roberto Conterno en impose par son intégrité, sa race ainsi que sa réserve. Le nez laisse méditatif alors que la bouche allie puissance et dentelle, force et sérénité, le tout sans le moindre effort. Souvenir de bouche impérissable. *****, 2.
- Caprai, 25 Anni, Montefalco Sagrantino DOCG (M). Marco Caprai sort les griffes en douceur avec cette cuvée dense et foncée, d'une superbe précision fruitée. Commence seulement à se détendre, à se diversifier derrière son boisé magistral, parfaitement maîtrisé. ****, 3.
- Masi, Mazzano, Amarone della Valpolicella (B). Ce vignoble reconnu depuis des lustres ouvre une voie royale en la matière. L'impression d'un décolleté profond, chaud et aromatique, jouant la rondeur des fruits rouges avec galbe et puissance, velours et longue finale. Demandez à Sandro Boscaini ce qu'il en pense... Jouissif. ****1/2, 2.
- Antinori, Solaia, IGT Toscana (B). Dix-septième millésime pour un vin auquel il ne manque rien. Bouquet révélateur, puissant et fourni, bouche ample, architecturée avec grâce, style et dynamisme, pourvue de tanins exceptionnels, tant du point de vue de la longueur que de celui de la finesse. Solaia, c'est l'émotion pure. TGV. *****, 2.
Dérives
Après l'ouverture d'une enquête récente de la magistrature italienne selon laquelle des analyses auraient permis de déceler des traces d'acide chlorhydrique et sulfurique dans des vins (bonjour les artères!) bas de gamme de supermarché vendus entre 70 centimes et deux euros, voilà que le procureur de Sienne confisquait à son tour des Brunello di Montalcino du millésime 2003 de 13 producteurs, dont les Antinori, Frescobaldi, Argiano et Castello Banfi ne sont pas les moindres. Raison évoquée? De petits malins auraient par inadvertance «hermitagé» le millésime avec d'autres cépages que le sangiovese, obligatoire, comme chacun le sait, à 100 % dans les cuvées. À mon sens, une tempête dans un verre d'eau. Les personnes qui en ont en cave sont déjà en possession d'objets de collection!
***
Les sélections de la semaine
La belle affaire - Borsao Blanco 2006, Campo de Borja, 13,40 $, n° 10856161
Hormis le détestable bouchon qui fait suppositoire et qui, une fois sorti, s'avère impossible à réinsérer (à quand le dévissable?), ce macabeo pure laine est tout bonnement sensationnel. Personnalité de premier plan livrée avec intensité, rondeur et substance, simplement, efficacement. **1/2, 1.
Les Côtes-du-Rhône Villages
Deux vins, deux styles mais beaucoup de jus: Château de Bord 2005 (18,95 $, n° 372920), ample et corsé, qui se donne des airs de Châteauneuf-du-Pape (***, 1 ©), et Terre d'Argile 2005, du Domaine de la Janasse (25,05 $, n° 873661), splendide de texture avec ses tanins gras et bien focalisés. ***1/2, 2 ©.
La primeur en blanc - Chardonnay Albarino 2006, Raimat, Costers del Segre, 13,70 $, n° 10845841
Un blanc sec de la Catalogne élaboré dans un style moderne, précis et ajusté pour une consommation tout aussi rapide qu'immédiatement savoureuse. Son atout? Un caractère tonique et tranché qui régalera poissons panés et autres veaux parmesan. **1/2, 1.
La primeur en rouge - La Grola 2004, Veronese, Allegrini, 29,95 $, n° 858753
Il y a dans ce cru une matière fruitée si abondamment fournie qu'il laisse loin derrière tous ces chauds lapins qui se veulent valpolicellas! Profondeur, densité, structure et classe indéniable au palais. Soutiendrait la comparaison avec des bordeaux vendus trois fois le prix! ****, 3 ©
Le vin plaisir - Perdera 2006, Argiolas, Monica di Sardegna, 14,85 $, n° 424291
Est-il besoin de présenter ce classique qui, à moins de 15 $, est le meilleur rouge vendu toutes catégories? Une fois de plus, fruité consistant, mûr et épicé avec ce relief si particulier du cépage monica où l'amertume flirte sans cesse avec la fraîcheur. Pâtes sauce tomate, olives noires et anchois... ***, 1.
***
Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin y gagne avec un séjour en carafe.
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir
Les voici, dégustés dans l'ordre avec mentions: M pour magnum et B pour bouteille.
- Planeta, Santa Cecilia, IGT Sicilia (M). Allessi Planeta peut être fier. Nero d'avola (85 %) et syrah issus du vignoble Dispensa charment illico avec une amplitude dans le bouquet suggérée par la réglisse et la prune mûre, une structure ferme mais allongée, capiteuse, chaude et sensuelle. À point. ****, 1.
- Falesco, Montiano, IGT Lazio (B). Je ne connaissais pas ce 100 % merlot et remercie donc Riccardo Cotarella pour l'aventure qu'il propose avec ce cru intense et serré, au fruité velouté profond et dont la grande fraîcheur prolonge longuement le sillon et fait rouler le grain en finale. Superbe. À point. ****1/2, 1.
- Tenuta San Leonardo, San Leonardo IGT Vigneti delle Dolomiti (M). La trilogie bordelaise sans le petit verdot pour un vin au bouquet pénétrant où le minéral tranche rapidement, à la manière d'un grand Canon-Fronsac. Bouche fine, élancée, très classe, tonique, merveilleusement intégrée. Une longueur que ne renie pas Carlo Guerrieri Gonzaga, fier de ce grand cru du Trentin. ****, 2.
- Tenuta San Guido, Sassicaia, Bolgheri DOC (M). Trois semaines de vendanges parfaites et ininterrompues début septembre donnent un vin tout simplement monumental. Retenons, derrière le bouquet complexe qui peine à s'ouvrir, ce mélange de muscle et de finesse et cette ascendance terrienne minérale qui le place parmi les véritables crus de ce monde. *****, 3.
- Allegrini, La Poja, IGT Veronese (B). Entre les mains de Franco Allegrini, la corvina veronese (100 %) évoque la grandeur du touriga nacional du Douro. Même clarté fruitée de cerise pochée, de prune et de fumée, même épaisseur dans le velouté, avec une stimulante fraîcheur qui active la longue finale. Un bijou de vin. ****1/2, 2.
- Banfi, Poggio all'Oro, Brunello di Montalcino DOCG (M). Faibles rendements en raison de gels printaniers. Si le bouquet brille par le détail suggéré (cèdre, truffe, noyau, bois), la bouche demeure rigoureuse, construite, épicée et longue avec des tanins un peu stricts. Une cuvée de connaisseurs. ****, 2.
- Luce della Vite, Light, IGT Toscana (M). Deuxième millésime de cette cuvée pour moitié sangiovese et merlot, qui trouve rapidement ses marques ici. Beaucoup d'éclat dans le fruité où la fraise domine. Trame veloutée qui se raffermit ensuite sur une finale fraîche qui évoque la sensualité d'un grand bourgogne. Toujours le meilleur dégusté à ce jour. ****1/2, 2.
- Argiolas, Turriga, IGT Isola dei Nuraghi (B). Il y a bien sûr Giacomo Tachis derrière mais surtout le grand cépage cannonau issu du vignoble Turriga, à l'exposition parfaite. La famille de Franco Argiolas sculpte ici un vin original, multidimensionnel, un brin mystérieux avec sa touche iodée, son corps musclé mais gracieux, sa finale homogène riche et ferme. Bref, du grand vin! ****1/2, 3.
- Conterno Giacomo, Barolo Monfortino DOCG (M). Issu du vignoble Casciana Francia (sud-ouest à 400 mètres), ce nebbiolo mis en valeur par Roberto Conterno en impose par son intégrité, sa race ainsi que sa réserve. Le nez laisse méditatif alors que la bouche allie puissance et dentelle, force et sérénité, le tout sans le moindre effort. Souvenir de bouche impérissable. *****, 2.
- Caprai, 25 Anni, Montefalco Sagrantino DOCG (M). Marco Caprai sort les griffes en douceur avec cette cuvée dense et foncée, d'une superbe précision fruitée. Commence seulement à se détendre, à se diversifier derrière son boisé magistral, parfaitement maîtrisé. ****, 3.
- Masi, Mazzano, Amarone della Valpolicella (B). Ce vignoble reconnu depuis des lustres ouvre une voie royale en la matière. L'impression d'un décolleté profond, chaud et aromatique, jouant la rondeur des fruits rouges avec galbe et puissance, velours et longue finale. Demandez à Sandro Boscaini ce qu'il en pense... Jouissif. ****1/2, 2.
- Antinori, Solaia, IGT Toscana (B). Dix-septième millésime pour un vin auquel il ne manque rien. Bouquet révélateur, puissant et fourni, bouche ample, architecturée avec grâce, style et dynamisme, pourvue de tanins exceptionnels, tant du point de vue de la longueur que de celui de la finesse. Solaia, c'est l'émotion pure. TGV. *****, 2.
Dérives
Après l'ouverture d'une enquête récente de la magistrature italienne selon laquelle des analyses auraient permis de déceler des traces d'acide chlorhydrique et sulfurique dans des vins (bonjour les artères!) bas de gamme de supermarché vendus entre 70 centimes et deux euros, voilà que le procureur de Sienne confisquait à son tour des Brunello di Montalcino du millésime 2003 de 13 producteurs, dont les Antinori, Frescobaldi, Argiano et Castello Banfi ne sont pas les moindres. Raison évoquée? De petits malins auraient par inadvertance «hermitagé» le millésime avec d'autres cépages que le sangiovese, obligatoire, comme chacun le sait, à 100 % dans les cuvées. À mon sens, une tempête dans un verre d'eau. Les personnes qui en ont en cave sont déjà en possession d'objets de collection!
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Les sélections de la semaine
La belle affaire - Borsao Blanco 2006, Campo de Borja, 13,40 $, n° 10856161
Hormis le détestable bouchon qui fait suppositoire et qui, une fois sorti, s'avère impossible à réinsérer (à quand le dévissable?), ce macabeo pure laine est tout bonnement sensationnel. Personnalité de premier plan livrée avec intensité, rondeur et substance, simplement, efficacement. **1/2, 1.
Les Côtes-du-Rhône Villages
Deux vins, deux styles mais beaucoup de jus: Château de Bord 2005 (18,95 $, n° 372920), ample et corsé, qui se donne des airs de Châteauneuf-du-Pape (***, 1 ©), et Terre d'Argile 2005, du Domaine de la Janasse (25,05 $, n° 873661), splendide de texture avec ses tanins gras et bien focalisés. ***1/2, 2 ©.
La primeur en blanc - Chardonnay Albarino 2006, Raimat, Costers del Segre, 13,70 $, n° 10845841
Un blanc sec de la Catalogne élaboré dans un style moderne, précis et ajusté pour une consommation tout aussi rapide qu'immédiatement savoureuse. Son atout? Un caractère tonique et tranché qui régalera poissons panés et autres veaux parmesan. **1/2, 1.
La primeur en rouge - La Grola 2004, Veronese, Allegrini, 29,95 $, n° 858753
Il y a dans ce cru une matière fruitée si abondamment fournie qu'il laisse loin derrière tous ces chauds lapins qui se veulent valpolicellas! Profondeur, densité, structure et classe indéniable au palais. Soutiendrait la comparaison avec des bordeaux vendus trois fois le prix! ****, 3 ©
Le vin plaisir - Perdera 2006, Argiolas, Monica di Sardegna, 14,85 $, n° 424291
Est-il besoin de présenter ce classique qui, à moins de 15 $, est le meilleur rouge vendu toutes catégories? Une fois de plus, fruité consistant, mûr et épicé avec ce relief si particulier du cépage monica où l'amertume flirte sans cesse avec la fraîcheur. Pâtes sauce tomate, olives noires et anchois... ***, 1.
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Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin y gagne avec un séjour en carafe.
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir
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