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Deux grands chefs sortent les canons

Fabien Deglise   12 avril 2008  Alimentation
«En cuisine, je crois beaucoup à l’authenticité», dit Martin Picard, du restaurant Au pied de cochon. «Or le gibier sauvage permet de tisser des liens très étroits avec notre territoire. C’est une des composantes de notre culture et, dans ce c
Photo : Jacques Nadeau
«En cuisine, je crois beaucoup à l’authenticité», dit Martin Picard, du restaurant Au pied de cochon. «Or le gibier sauvage permet de tisser des liens très étroits avec notre territoire. C’est une des composantes de notre culture et, dans ce c
Alors que la chasse printanière à l'oie des neiges bat son plein depuis quelques semaines, deux grands chefs cuisiniers québécois sortent les canons: en choeur, Martin Picard, du restaurant Au pied de cochon, et Normand Laprise, du restaurant Toqué, déplorent en effet que les lois actuelles les empêchent de mettre du gibier sauvage à leur carte. Ils préconisent du même souffle des allégements législatifs afin de permettre aux gastronomes de renouer avec oies, perdrix, pigeons sauvages, mais aussi castors et ours, qui participent, selon eux, à la construction de l'identité culinaire du Québec.

«En cuisine, je crois beaucoup à l'authenticité, a indiqué au Devoir Martin Picard, rencontré cette semaine dans son célèbre établissement de la rue Duluth à Montréal. Or le gibier sauvage permet de tisser des liens très étroits avec notre territoire. C'est une des composantes de notre culture et, dans ce contexte, ce serait agréable de lui faire honneur en le faisant entrer de nouveau dans notre gastronomie [comprendre: celle développée par les grands chefs du moment] pendant la saison de la chasse.»

La chose est actuellement impossible. C'est qu'en vertu des lois fédérales sur la faune, mais aussi des lois provinciales sur la conservation de la nature, la vente de gibier sauvage acquis par l'entremise de l'activité de chasse est catégoriquement interdite au pays. Et ce, afin d'enrayer une éventuelle surexploitation de ces ressources naturelles par des chasses à saveur commerciale.

Par ailleurs, au Québec, cette vente est doublement interdite en raison des lois sur les aliments, qui obligent qu'une inspection des animaux soit effectuée par des vétérinaires avant et après l'abattage dans des établissements reconnus. Un principe forcément impossible à appliquer dans l'univers de la chasse.

Conséquence: outre quelques exceptions, par exemple le caribou du Nunavit à certaines périodes de l'année et le lièvre d'Amérique, les viandes de perdrix, de castor, de cerf de Virginie, de colvert ou d'oie des neiges restent donc le privilège des chasseurs de la province, mais aussi de leur famille et de leurs amis, à qui ils peuvent en donner. Dans le cas des oiseaux migrateurs, entre 25 000 et 30 000 personnes à peine détiennent un permis de chasse pour ce type d'animaux au Québec.

«Nous ne demandons pas de lever complètement cette interdiction de vente, dit M. Picard. Mais on aimerait bien que Québec et Ottawa étudient la possibilité d'alléger leurs réglementations pour nous permettre de servir du gibier sauvage de manière sporadique. Et ce, dans le respect des saisons de chasse mais aussi de la conservation de ces ressources.»

«C'est une question d'identité culinaire, ajoute Normand Laprise. Comme société, nous sommes peut-être rendus là. Nous parlons beaucoup de terroir et d'identité. Sans ces produits, qui appartiennent au Québec et qui offrent un goût unique, ce portrait [identitaire] n'est peut-être pas complet.»

Créer de nouveaux quotas

Tout en appelant à une plus grande ouverture législative, les deux chefs estiment toutefois que la prudence devrait être de mise afin de ne pas nuire à la survie des bêtes convoitées. «On ne parle pas d'un "bar ouvert", dit M. Picard. On pourrait envisager des permis commerciaux accordés pendant certaines périodes de l'année et qui donneraient accès à des quotas qui seraient uniquement réservés aux restaurateurs.»

Le principe serait autant dans l'intérêt de la faune que dans celui des restaurateurs, qui rêvent de faire découvrir toutes les facettes du Québec alimentaire à leurs clients, selon lui. «J'aime aussi cette idée d'une alimentation qui est rythmée par les saisons, poursuit le chef. On mettrait sur la table de l'oie sauvage pendant deux semaines en avril, et après ce serait terminé. C'est bien de colorer la vie avec un rituel comme celui-là plutôt qu'avec des framboises que l'on retrouve toute l'année.»

Anne Desjardins, chef du restaurant L'Eau à la bouche dans les Laurentides et ex-présidente du groupe de travail provincial sur les produits du terroir, acquiesce. En partie. «Il pourrait y avoir effectivement plus de souplesse dans les lois, lance-t-elle, mais pour des espèces sauvages très précises et avec un encadrement strict. L'oie des neiges, par exemple, est en surabondance actuellement [l'ouverture d'une chasse printanière exceptionnelle cette année vise d'ailleurs à réduire la taille du troupeau]. On pourrait ouvrir la porte à la vente de quelques bêtes dans les restaurants. Mais pour cette année uniquement. Quant aux autres espèces, j'ai un avis plus mitigé. La protection du gibier doit passer avant tout, et je ne voudrais pas que les restaurateurs soient responsables d'une hécatombe dans plusieurs cheptels.»

La protection avant tout

Indirectement, la Fédération québécoise de la faune le pense aussi. «Les cheptels [d'animaux sauvages] sont encore fragiles, dit Alain Cossette, porte-parole de l'organisme. Et, dans ce contexte, nous sommes opposés à ce que la chasse devienne lucrative.»

D'ailleurs, toute tentative de modifier les lois actuelles pour donner accès à du gibier sauvage à des restaurateurs pourrait bien être vaine, croit Sheldon Jordan, du Service canadien de la faune, qui au sein d'Environnement Canada s'occupe de l'application des lois de conservation du gibier volant. Les gibiers gambadant ou nageant sont de compétences provinciales.

«Dans le cas des oiseaux sauvages, nous ne pouvons pas changer la loi uniquement au Canada, dit-il. Cette chasse se fait dans le cadre du Traité nord-américain sur les oiseaux migrateurs, qui date de 1916 et qui vise à protéger des espèces décimées au début du siècle dernier par la surexploitation. Ce traité a été renouvelé, avec les États-Unis, en 1994 et on trouve que ça va très bien comme ça. Augmenter la pression en introduisant une chasse commerciale irait à l'encontre des efforts de conservation des dernières années.»

Pis, tout en reconnaissant avoir déjà entendu quelques restaurateurs plaider pour un allégement des lois, M. Jordan estime que le cri du cuisinier en colère n'est pas très fort pour le moment. Comme celui d'ailleurs du gastronome-consommateur. «Nous ne sentons pas une demande forte du public pour permettre la vente de gibiers sauvages dans les restaurants», dit-il.

À une époque qui se cherche, la chose pourrait toutefois changer. «Quand tu cuisines un castor, tu renoues avec la tradition, avec l'histoire, dit Martin Picard. Il y a des choses que l'on a oublié avec le temps, par exemple que l'oie des neiges a été pendant des années le plat par excellence à l'époque de Noël au Québec. Avec la baisse des populations d'oies, on s'est alors tourné vers la dinde des États-Unis et on a oublié notre tradition.»






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Vos réactions

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  • Claire Gaudet
    Inscrite
    samedi 12 avril 2008 07h23
    Consolider la gastronomie du Québec !
    « Il est capital de ne jamais nuire à la préservation des espèces animales. Toutefois, il est également important de consolider l'identité culinaire du Québec. Les traditions culinaires et culturelles de notre gastronomie doivent être préservées et présentées de façon à permettre de savourer l'alimentation rythmée par les saisons. Oui, des allégements législatifs seraient les bienvenus ! À l'heure du développement durable, des projets verts, de la préservation des paysages, il est bon de consolider la gastronomie traditionnelle du Québec de façon sensée. Et, au même titre que la dégustation de l'oie, de la perdrix, du pigeon sauvage, du castor et de l'ours, n'oublions pas la viande de loup-marin, une tradition culinaire québécoise bien typique des Îles-de-la-Madeleine. »

  • Michel Leclaire
    Abonné
    samedi 12 avril 2008 09h03
    La vie ou le plaisir de quelques uns
    « Pour vivre il faut manger, mais de là à tuer pour le plaisir gastronomique ou supposément pour renouer avec ''nos traditions ''il y a une marge.Encore une fois l'appât du gain de certains, qui nous servent des arguments fallacieux pour ce faire,continu à nous éloigner de la nature et des premiers habitants qui ne tuaient que par nécessité. Que ceux qui vont pavaner dans ces lieux superficiels pour leur seul plaisir se mettent un bonnet d'âne.Donnez plutôt votre argent superflus à des organismes de protection de la nature ou des plus démunis de vos semblables. »

  • François Martel
    Abonné
    samedi 12 avril 2008 09h03
    Bof!
    « Je suis un chasseur de gros et de petit gibier. Un trappeur à temps très partiel et un ingénieur forestier à temps plein. Je suis contre la chasse commerciale. Je me dis que si les gens n'ont pas les ovaires ou les couilles de se rendre dans le paradis où vivent ces bêtes pour les traquer, les abattre, les évicérer et finalement les apprêter, ils n'ont pas le droit de les déguster pour quelques centaines de dollars.
    En plus, il est relativement simple de pratiquer la chasse. Si la chasse comme telle n'est pas commerciale, il y a une infrastructure touristique importante qui est là pour les accueillir et leur faciliter la pratique. Infrastucture où je n'ai pas d'intérêt pécunier d'ailleurs.
    Nos gouvernements en ont plein les bras avec la gestion des autres ressources commerciales de la forêt! SVP ne leur demandez pas ça!

    François Martel »

  • Guy Fafard
    Inscrit
    samedi 12 avril 2008 14h08
    Bernard Lefebvre a raison
    « gibier, Martin Picard, Normand Laprise, Restauration, Alimentation, Québec (province), Montréal

    Dans son appuie à cet article, monsieur Lefebvre souligne un point important pour l'exploitation de nos ressources naturelles, culinaires et touristiques.

    Il ne faut pas oublier que les surpopulations de gibiers s'éliminent d'elles-mêmes sans que nous en profitions nous les humains. Ils seront éliminés faute de nourriture ou par des épidémies causées par un régime alimentaire trop faible.

    Est-ce plus noble de voir des animaux mourir de faim et d'assister à la rarifications de nos stocks de poissons que de consommer des animaux d'élevage.

    Quand aux fans du végétarisme à tout prix, ils entrent en compétition avec les animaux sauvages par le développement de champs cultivés au détriment des forests. Où est la logique? »

  • David Ruffieux
    Inscrit
    vendredi 18 avril 2008 13h47
    Qui sont les vrais PORCS!
    « Je me souviens d'un documentaire sur Canal-D, Docu-D :
    Durs à cuire, que j'ai vu brièvement. Il s'agit de
    deux restaurateurs du Québec, Martin Picard et Normand
    Laprise qui parlent de leur style de vie et de leur
    cuisine. On connaît déjà la mentalité que cultive
    certains chefs à l'égard des animaux qu'ils cuisinent,
    mais dans ce reportage il y a une scène
    particulièrement pathétique dans laquelle on voit un
    verrat se faire torturer collectivement par ces hommes
    de cuisine, que rien n'arrête pour satisfaire leur
    goût immodéré pour la chair animale.
    Dans cette scène, et j'ai bien l'impression que c'est
    au Québec qu'elle se passe, le cochon est hissé sur
    une table, alors qu'il commence à grogner et à se
    débattre. Des cordes lui sont attachées pour maintenir
    ses membres et sa tête en extension. Une chose, qui
    m'a apparu absolument répugnante, c'est la castration
    à vif de ce verrat d'au moins 200 kilogrammes, avec un
    couteau de cuisine. L'un des tortionnaires après lui
    avoir coupé la peau du scrotum en retire la masse
    testiculaire qu'il arrache d'une main. Je ne croyais
    pas ce que ce je venais de voir à la télévision ce
    dimanche soir, avec ma fille dans mes bras.
    Le pauvre animal hurlait d'agonie et son calvaire
    n'était pas fini. Un autre homme, à l'avant de la tête
    lui enfonça dans la gorge, à trois reprises, une
    longue lame de couteau de boucher, afin de couper
    l'artère. Un troisième individu tenait une bassine où
    il collectait le sang qui jaillissait du cou de
    l'animal en détresse. La scène est d'une violence
    assez difficile à supporter. Personnellement, j'ai
    visionné beaucoup de brutalité envers les animaux,
    mais cette scène de quelques secondes résume tout
    l'aveuglement et la barbarie des hommes, au nom des
    plaisirs de la bouche. Ensuite, l'un des hommes parle
    au journaliste et lui explique que cette pratique est
    un peu "sanguinolente", il le reconnaît, mais qu'elle
    fait partie, tenez-vous bien, du cycle de la vie. Ce
    que ce monsieur voulait dire, c'est que castrer et
    égorger à vif un verrat fait partie de l'ordre des
    choses.
    On sait d'après ces images qui du cochon ou de l'homme
    est le plus animal des deux. J'ai toujours trouvé ces
    pratiques profondément cruelles et médiévales, et je
    devais le signaler et écrire un paragraphe ou deux.
    Fasse Dieu, ou quiconque d'assez puissant, qu'un jour, ces tristes personnages
    de film d'horreur se retrouvent derrière des barreaux
    pour leurs crimes. Fins et raffinés gourmets, c'est au
    nom de la gastronomie que ces abominations se
    perpétuent ! »

  • David Ruffieux
    Inscrit
    vendredi 18 avril 2008 23h50
    A quoi reconnaît-on le Cro-Magnon ?
    « Toute la finesse d'esprit d'un homme dans une seule phrase «Quand tu cuisines un castor, tu renoues avec la tradition, avec l'histoire, dit Martin Picard.
    Dans le même ordre d'idée, j'entends d'autres dire : « Quand tu persécutes un juif, tu renoues avec la tradition, avec l'histoire. »
    Ou bien, « Quand tu bats ta femme, tu renoues avec la tradition,... » Ou bien encore, « quand tu fouettes un nègre, tu renoues avec la tradition, avec l'histoire !»

    On veut encore tuer et faire souffrir de pauvres castors et de pauvres oies blanches au nom de la tradition imbécile. Ne croyez-vous pas qu'il y a assez de cadavres dans vos assiettes pour ne pas en ajouter d'autres.

    J'ai vu au musée d'histoire naturelle de New York des hommes repoussants, répugnants même, qui vivaient dans des grottes, il y a des milliers d'années. Ils étaient habillés de peaux de bêtes, le regard hagard, hirsute et quand je vois ou j'entends Martin Picard, je ne peux m'empêcher de penser à eux. »

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