J'ai mal aux mots!
Photo : Agence Reuters
Y’en a marre de ces descriptions sur les contre-étiquettes qui font chômer nos meilleurs traducteurs et abrutissent nos cerveaux. Par tous les hydrophobes et autres fesse-pintes de troquet, le vin vaut bien mieux que ça!
Pas un mal de bloc, un mal de mots. Mais au fait, dites-moi, qui a encore aujourd'hui après boire un mal de bloc, de crâne ou de cheveux? Si tel est votre cas, voici ma recette: au petit matin, découpez et avalez un beau gros ananas frais. Il y a là des enzymes révolutionnaires qui épongent à merveille le vertige de la veille.
Le mal de mots, donc. Parce que si le mal de bloc disparaît éventuellement, les maux de mots, eux, restent. Cela me rappelle les propos de Sacha Guitry qui rendait la monnaie de sa pièce à une dame qui lui reprochait d'être encore soûl de la veille et qui disait à peu près ceci: «Sachez, Madame, que moi, je serai sobre demain, alors que vous, vous serez toujours aussi laide!» Et vlan dans l'toupet!
Je vous dis ça parce qu'encore dernièrement, on pouvait lire sur la contre-étiquette d'une bouteille de vin hongrois vendue à la SAQ la description suivante d'un produit qualifié de «demi-sucré vin blanc de qualité» (sic!): «C'était un produit du cépage Harslevelu, ce vin a une bonne bouquet, l'acidité harmonieuse et couleur jaune clair et il a de bonne qualité. Il y un charactére de la région Eger et un bouquet qu'il est riche et succulent.» C'est écrit tel quel. Si j'étais à la place de l'Office de la langue française, j'aurais un sacré mal de tête sur les bourgeons gustatifs de ma propre langue! Désolé, mais j'en ai marre de ces descriptions qui font chômer nos meilleurs traducteurs et abrutissent nos cerveaux. Par tous les hydrophobes et autres fesse-pintes de troquet, le vin vaut bien mieux que ça!
Sur ce, voici, en vrac, quelques vins racontés avec mes contre-étiquettes à moi. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Historiquement, les premières bulles sont de Limoux, dans le sud de la France. En voici trois. D'abord, la classique blanquette de Limoux 2004 Sieur d'Arques (17 $, n° 094953), principalement à base de mauzac, au fruité sincère et généreux, aux bulles cavalières qui savent aussi bousculer l'ordinaire (**1/2, 1); ensuite, le Crémant de Limoux 2005 «Cuvée Expression», de la maison familiale Antech, à Limoux (19,20 $, n° 10666084), où le chardonnay love ses bulles avec le chenin et le mauzac pour une aventure fruitée personnalisée, peu dosée, d'une troublante authenticité de saveurs (***, 1); enfin, top du top, à servir à l'apéro, sur un poisson fin ou entre deux draps, le Clos des Demoiselles 2004 de chez Laurens (20,25 $, n° 10498973), un Crémant de Limoux satiné comme une peau de pêche, juteux, profond et sensuel. C'est écrit sur la contre-étiquette (***1/2, 1).
Encore soif? Prestige de Moingeon, Crémant de Bourgogne (21 $, n° 871277): l'arrivage, d'une contagieuse jovialité, m'a semblé meilleur que jamais. La bulle y est fine et endiablée, tendre et patinée, avec, au palais, cette dominante de chardonnay (pour 80 %) vibrant en état d'apesanteur, tel un colibri au-dessus d'un bosquet de chèvrefeuille. Brillant apéro sur des gougères au fromage (***1/2, 1). Aussi, champagne Jacquesson Brut, Cuvée n° 730 (68 $, n° 10758819): il suffit de lire la contre-étiquette (si si, je vous dis) pour saisir l'«intelligence» de cet excellent champagne qui figure dans mon top-5 des grands mousseux proposés cette année. Ce blanc princier allie la charge savoureuse du fruit à la transparence et à la vibration de l'assemblage juste des trois cépages. Seul hic: la bouteille débouchée est déjà (trop) rapidement éclusée (****, 2).
Des rouges de saison? En voici: Castillo de Molina Reserva, Cabernet Sauvignon 2005, San Pedro, Chili (15,90 $, n° 516633): voilà un «cab» qui agace par sa fugacité, son intrépidité et son sens de la repartie fruitée. Bonne stature, quoique moins concentré que par le passé, le tout étant pourvu d'une fraîcheur immédiate suggérée par des notes herbacées et poivrées qui l'allongent encore davantage. Servez-le sur le plat national du Québec! (***, 1.) Domaine de Boissan Sablet Cuvée Clémence 2004, Côtes du Rhône Villages (18,50 $, n° 712521): j'ai un faible pour le grenache noir, sa fragrance entêtante, sa fragilité fictive, son registre d'herbes... Il trouve ici avec la syrah un support physique à ses arômes, affichant vinosité et rondeur sans excès solaire. La daube provençale ou le lapin à la moutarde le feront jaser plus encore (***, 1). Merlot «F» 2001, Skalli, Vin de Pays d'Oc (25,20 $, n° 508366): ce «F» sait faire en tissant solidement ses liens entre un fruité palpable de haute densité et une fibre tannique verticale mais enveloppante et fort structurante. Couleur profonde, arômes mûrs et fumés, finale longue alliant une pointe animale de cuir à un registre épicé de première fraîcheur. Une daube conviendra ici (***1/2, 2, ©). Crozes-Hermitage 2003, Cuvée Louis Belle, Domaine Belle (26,20 $, n° 917484): à ce millésime solaire s'ajoutent de minuscules rendements avec, au final, un charnu fruité de haute densité. Si la robe tache le verre, attendez de voir ce qu'elle offre aux dents! Quant aux flaveurs, c'est serré, de grande maturité, avec un grain qui s'arrondit comme une bille et file en finale avec fraîcheur et un regain de fermeté. Juteux! (***1/2, 2, ©.) Margrain Pinot Noir 2005, Martinborough, Nouvelle-Zélande (33,25 $, n° 10383261): ce qui frappe avant tout ici, c'est le volume de la texture, comme si tout le fruité logeait dans un spinnaker de voilier gonflé par un vent de velours chaud. Ajoutez l'expression précise du pinot qui maintient le cap avec vigueur, assurance et plénitude, et vous avez là une belle bouteille pour amateur exigeant. Volaille? ***1/2, 2, ©.
***
La vinterrogation de la semaine
Bonjour, Mon fils souhaiterait s'initier aux vins par les livres. Pourriez-vous lui en recommander un ou deux?
René Saillant
Québec
Vous tombez pile! Je vous encourage à joindre rapidement la pratique à la théorie avec lui en lui mettant entre les mains le Dictionnaire de la langue du vin de Martine Coutier (CNRS Éditions), puis en l'incitant à «vivre» la dégustation avec ses propres mots. Il aura toujours 476 pages bien tassées et bourrées d'exemples pour lui ouvrir la voie ou le remettre en piste.
Posez vos questions sur www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir.
***
Les vins de la semaine
La belle affaire - Col di Sotto
Primitivo 2006 Casa Vinicola Botter, IGT Salento, 12,45 $, n° 571513
Ce gaillard du Sud italien se tire bien d'affaire dans ce millésime avec un fruité particulièrement bien découpé. Doté de corps et de beaucoup de fraîcheur, l'ensemble termine sur des nuances de cerise, d'épices et de bois. À servir sur les pasta avec tomates, olives noires, piment et anchois. (1)
Boutique Signatures
Pour les belles tables qui s'annoncent: Vin Jaune Arbois 1999, Frédéric Lornet (55 $, n° 10813566), un «grand jaune» issu d'un grand millésime, détaillé et profond, pour les esthètes de bouche (****1/2, 3). Aussi, à prix très correct, l'immense et racé Corton-Charlemagne 2004, Dubreuil-Fontaine (87 $, n° 10856591), d'une sève incomparable (****1/2, 3, ©).
La primeur en blanc - Serra Fiorese 2003
Verdicchio dei Castelli di Jesi, Garofoli, 23,95 $, n° 10781980
Le cépage verdicchio est traité aux petits oignons ici: les petits rendements à la vigne ont raffermi sa texture, l'élevage luxueux lui a conféré une juste dimension alors qu'une vinification habile lui a préservé cette pointe d'amande fraîche typique du cépage. Servez-le sur un sauté de veau à la crème (1).
La primeur en rouge - Montefalco Rosso 2003
Colle Grimaldesco, Tabarrini, 28,55 $, n° 10782296
Je ne connaissais pas cette maison, il me faudra dorénavant la suivre de près! Elle livre ici un solide rouge bien tassé, largement parfumé, intensément savoureux, pourvu d'abondants tanins alliant finesse, fraîcheur et détail. Une occasion de se frotter au sagrantino et à un bon sauté de veau forestier. (2)
Le vin plaisir - Dignus 2003
Finca Paso de la Reina, Vina Magana, 16,65 $, n° 864660
Les vins de la Navarre espagnole se rapprochent souvent des crus français par leur éclat et leur élégance. Cette cuvée est un régal à ne pas laisser passer: le robe est riche, les parfums amples, la bouche soyeuse, énergique, chaude et réglissée, de belle densité. À ce prix, mettez six bouteilles de côté. (1)
***
Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin y gagne avec un séjour en carafe.
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
Le mal de mots, donc. Parce que si le mal de bloc disparaît éventuellement, les maux de mots, eux, restent. Cela me rappelle les propos de Sacha Guitry qui rendait la monnaie de sa pièce à une dame qui lui reprochait d'être encore soûl de la veille et qui disait à peu près ceci: «Sachez, Madame, que moi, je serai sobre demain, alors que vous, vous serez toujours aussi laide!» Et vlan dans l'toupet!
Je vous dis ça parce qu'encore dernièrement, on pouvait lire sur la contre-étiquette d'une bouteille de vin hongrois vendue à la SAQ la description suivante d'un produit qualifié de «demi-sucré vin blanc de qualité» (sic!): «C'était un produit du cépage Harslevelu, ce vin a une bonne bouquet, l'acidité harmonieuse et couleur jaune clair et il a de bonne qualité. Il y un charactére de la région Eger et un bouquet qu'il est riche et succulent.» C'est écrit tel quel. Si j'étais à la place de l'Office de la langue française, j'aurais un sacré mal de tête sur les bourgeons gustatifs de ma propre langue! Désolé, mais j'en ai marre de ces descriptions qui font chômer nos meilleurs traducteurs et abrutissent nos cerveaux. Par tous les hydrophobes et autres fesse-pintes de troquet, le vin vaut bien mieux que ça!
Sur ce, voici, en vrac, quelques vins racontés avec mes contre-étiquettes à moi. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Historiquement, les premières bulles sont de Limoux, dans le sud de la France. En voici trois. D'abord, la classique blanquette de Limoux 2004 Sieur d'Arques (17 $, n° 094953), principalement à base de mauzac, au fruité sincère et généreux, aux bulles cavalières qui savent aussi bousculer l'ordinaire (**1/2, 1); ensuite, le Crémant de Limoux 2005 «Cuvée Expression», de la maison familiale Antech, à Limoux (19,20 $, n° 10666084), où le chardonnay love ses bulles avec le chenin et le mauzac pour une aventure fruitée personnalisée, peu dosée, d'une troublante authenticité de saveurs (***, 1); enfin, top du top, à servir à l'apéro, sur un poisson fin ou entre deux draps, le Clos des Demoiselles 2004 de chez Laurens (20,25 $, n° 10498973), un Crémant de Limoux satiné comme une peau de pêche, juteux, profond et sensuel. C'est écrit sur la contre-étiquette (***1/2, 1).
Encore soif? Prestige de Moingeon, Crémant de Bourgogne (21 $, n° 871277): l'arrivage, d'une contagieuse jovialité, m'a semblé meilleur que jamais. La bulle y est fine et endiablée, tendre et patinée, avec, au palais, cette dominante de chardonnay (pour 80 %) vibrant en état d'apesanteur, tel un colibri au-dessus d'un bosquet de chèvrefeuille. Brillant apéro sur des gougères au fromage (***1/2, 1). Aussi, champagne Jacquesson Brut, Cuvée n° 730 (68 $, n° 10758819): il suffit de lire la contre-étiquette (si si, je vous dis) pour saisir l'«intelligence» de cet excellent champagne qui figure dans mon top-5 des grands mousseux proposés cette année. Ce blanc princier allie la charge savoureuse du fruit à la transparence et à la vibration de l'assemblage juste des trois cépages. Seul hic: la bouteille débouchée est déjà (trop) rapidement éclusée (****, 2).
Des rouges de saison? En voici: Castillo de Molina Reserva, Cabernet Sauvignon 2005, San Pedro, Chili (15,90 $, n° 516633): voilà un «cab» qui agace par sa fugacité, son intrépidité et son sens de la repartie fruitée. Bonne stature, quoique moins concentré que par le passé, le tout étant pourvu d'une fraîcheur immédiate suggérée par des notes herbacées et poivrées qui l'allongent encore davantage. Servez-le sur le plat national du Québec! (***, 1.) Domaine de Boissan Sablet Cuvée Clémence 2004, Côtes du Rhône Villages (18,50 $, n° 712521): j'ai un faible pour le grenache noir, sa fragrance entêtante, sa fragilité fictive, son registre d'herbes... Il trouve ici avec la syrah un support physique à ses arômes, affichant vinosité et rondeur sans excès solaire. La daube provençale ou le lapin à la moutarde le feront jaser plus encore (***, 1). Merlot «F» 2001, Skalli, Vin de Pays d'Oc (25,20 $, n° 508366): ce «F» sait faire en tissant solidement ses liens entre un fruité palpable de haute densité et une fibre tannique verticale mais enveloppante et fort structurante. Couleur profonde, arômes mûrs et fumés, finale longue alliant une pointe animale de cuir à un registre épicé de première fraîcheur. Une daube conviendra ici (***1/2, 2, ©). Crozes-Hermitage 2003, Cuvée Louis Belle, Domaine Belle (26,20 $, n° 917484): à ce millésime solaire s'ajoutent de minuscules rendements avec, au final, un charnu fruité de haute densité. Si la robe tache le verre, attendez de voir ce qu'elle offre aux dents! Quant aux flaveurs, c'est serré, de grande maturité, avec un grain qui s'arrondit comme une bille et file en finale avec fraîcheur et un regain de fermeté. Juteux! (***1/2, 2, ©.) Margrain Pinot Noir 2005, Martinborough, Nouvelle-Zélande (33,25 $, n° 10383261): ce qui frappe avant tout ici, c'est le volume de la texture, comme si tout le fruité logeait dans un spinnaker de voilier gonflé par un vent de velours chaud. Ajoutez l'expression précise du pinot qui maintient le cap avec vigueur, assurance et plénitude, et vous avez là une belle bouteille pour amateur exigeant. Volaille? ***1/2, 2, ©.
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La vinterrogation de la semaine
Bonjour, Mon fils souhaiterait s'initier aux vins par les livres. Pourriez-vous lui en recommander un ou deux?
René Saillant
Québec
Vous tombez pile! Je vous encourage à joindre rapidement la pratique à la théorie avec lui en lui mettant entre les mains le Dictionnaire de la langue du vin de Martine Coutier (CNRS Éditions), puis en l'incitant à «vivre» la dégustation avec ses propres mots. Il aura toujours 476 pages bien tassées et bourrées d'exemples pour lui ouvrir la voie ou le remettre en piste.
Posez vos questions sur www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir.
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Les vins de la semaine
La belle affaire - Col di Sotto
Primitivo 2006 Casa Vinicola Botter, IGT Salento, 12,45 $, n° 571513
Ce gaillard du Sud italien se tire bien d'affaire dans ce millésime avec un fruité particulièrement bien découpé. Doté de corps et de beaucoup de fraîcheur, l'ensemble termine sur des nuances de cerise, d'épices et de bois. À servir sur les pasta avec tomates, olives noires, piment et anchois. (1)
Boutique Signatures
Pour les belles tables qui s'annoncent: Vin Jaune Arbois 1999, Frédéric Lornet (55 $, n° 10813566), un «grand jaune» issu d'un grand millésime, détaillé et profond, pour les esthètes de bouche (****1/2, 3). Aussi, à prix très correct, l'immense et racé Corton-Charlemagne 2004, Dubreuil-Fontaine (87 $, n° 10856591), d'une sève incomparable (****1/2, 3, ©).
La primeur en blanc - Serra Fiorese 2003
Verdicchio dei Castelli di Jesi, Garofoli, 23,95 $, n° 10781980
Le cépage verdicchio est traité aux petits oignons ici: les petits rendements à la vigne ont raffermi sa texture, l'élevage luxueux lui a conféré une juste dimension alors qu'une vinification habile lui a préservé cette pointe d'amande fraîche typique du cépage. Servez-le sur un sauté de veau à la crème (1).
La primeur en rouge - Montefalco Rosso 2003
Colle Grimaldesco, Tabarrini, 28,55 $, n° 10782296
Je ne connaissais pas cette maison, il me faudra dorénavant la suivre de près! Elle livre ici un solide rouge bien tassé, largement parfumé, intensément savoureux, pourvu d'abondants tanins alliant finesse, fraîcheur et détail. Une occasion de se frotter au sagrantino et à un bon sauté de veau forestier. (2)
Le vin plaisir - Dignus 2003
Finca Paso de la Reina, Vina Magana, 16,65 $, n° 864660
Les vins de la Navarre espagnole se rapprochent souvent des crus français par leur éclat et leur élégance. Cette cuvée est un régal à ne pas laisser passer: le robe est riche, les parfums amples, la bouche soyeuse, énergique, chaude et réglissée, de belle densité. À ce prix, mettez six bouteilles de côté. (1)
***
Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin y gagne avec un séjour en carafe.
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
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