dimanche 22 novembre 2009 Dernière mise à jour 11h52


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

De l'Afrique aux Antilles

Mira Cliche   13 octobre 2006  Alimentation
Si la devanture ne capte pas le regard, la musique africaine qu’on diffuse à l’extérieur de La Calebasse lance une sympathique invitation.
Photo : Martin Chamberland
Si la devanture ne capte pas le regard, la musique africaine qu’on diffuse à l’extérieur de La Calebasse lance une sympathique invitation.
À Québec, on parle beaucoup du développement de Saint-Roch, un quartier de la Basse-Ville où les boutiques chic et les tables raffinées ont succédé sans transition aux bars, bineries et autres échoppes décaties. Son voisin direct, un autre saint (Sauveur, celui-là), s'épanouit lui aussi, quoique moins artificiellement. Plus éloigné du centre-ville, à l'abri des spéculations immobilières, ce quartier a une vie commerçante qui suit son propre rythme.

Les amateurs de cuisine asiatique connaissent depuis longtemps la rue Saint-Vallier, qui partage en deux le quartier Saint-Sauveur, puisque une partie de la communauté asiatique s'y est installée. Quelques restos sud-américains y ont plus récemment vu le jour, bientôt suivis de quelques tables maghrébines (dont on aura certainement l'occasion de reparler).

À cela s'ajoute une myriade de petites épiceries qui, dans les rues environnantes, offrent des produits en provenance des quatre coins du monde. Bref, Saint-Sauveur commence à ressembler à un quartier multiethnique et bien vivant.

Ajoutant une couleur qui manquait jusque-là au tableau, le restaurant La Calebasse a posé ses pénates sur Saint-Vallier au printemps dernier. Le mot s'est vite répandu. Il faut dire que, si la devanture ne capte pas le regard, la musique africaine qu'on diffuse à l'extérieur lance une sympathique invitation.

Les deux propriétaires du lieu, l'une camerounaise, l'autre ivoirienne, nous accueillent dans un décor à la fois inventif et sans prétention. L'artisanat traditionnel africain côtoie allégrement des plantes artificielles et des animaux en plastique qui ne prétendent confondre personne. Mais après tout, peu importe qu'un coq et des bananes toc ornent la salle à manger si, dans les assiettes, le plantain frit et le poulet à l'étouffée sont tendres et dorés.

Or c'est le cas. Le kédjénou de poulet qui j'y ai mangé un mardi midi fondait littéralement dans la bouche. En guise d'accompagnement, une semoule de manioc (attiéké) et des légumes plutôt neutres trouvaient une seconde vie dans la sauce délicatement parfumée du poulet.

Assis en face de moi, Rémy Charest, auteur de cette chronique pendant les huit dernières années à Québec, m'expliquait les rudiments du métier en dégustant des cubes de porc marinés dont chaque bouchée lui arrachait une seconde de silence heureux. Cuite lentement, la viande était à la fois tendre et sèche, savoureuse à souhait et rehaussée d'une sauce pimentée.

Jouxtant ce délice, un mélange de riz et de haricots acceptait tranquillement son rôle secondaire. Le service un peu lent nous a fait hésiter à prendre le dessert, mais nous avons cédé à l'insistance aimable de la serveuse. Heureusement, car un tapioca au lait de coco, à peine sucré, et un lait au millet parfumé de citron et de vanille ont ajouté à ce repas une belle touche de fraîcheur.

Le soir, l'atmosphère détendue du midi se dilate. La chaleur ambiante, les odeurs d'épices et de sucs de viande, le sourire des serveuses, tout cela nous a fait bon accueil, à Catherine et à moi, par un jeudi glacial. Malgré l'heure tardive (près de 21h), le restaurant était encore aux trois quarts plein.

Une amie aperçue à une table près de l'entrée m'a gaiement tiré la langue en s'exclamant: «Tu arrives trop tard, j'ai pris la dernière portion de ndolé!» Dans son assiette sans fla-fla, un mélange d'épinards, de crevettes, de boeuf et de pâte d'arachides narguait nos narines avec des pointes de citronnelle et d'indéchiffrables épices. Loin de nous laisser décourager par cette rebuffade, nous lui avons souhaité bon appétit et nous sommes installées dans la partie arrière du restaurant, près des cuisines.

Plus copieux que celui du midi, le menu du soir s'ouvre sur deux entrées: une soupe et un duo de feuilletés de boeuf épicé. La crème du jour étant épuisée, j'ai retrouvé avec plaisir la soupe de plantain goûtée lors de ma première visite. Nous aurions peut-être aimé tremper les feuilletés dans une sauce, mais le jus de gingembre maison qu'on venait de nous apporter a détourné notre attention: très piquant, riche et légèrement vanillé, il obnubilait les papilles au point où nous avons décidé de le garder pour la fin. Servie très rapidement, une épaisse darne de flétan a ravi mon invitée: la chair du poisson avait su prendre les arômes fumés du gril sans y laisser son jus.

Mon matoutou aux fruits de mer (un mélange de riz, de chair de crabe, de crevettes et de morue) réconfortait quant à lui par son goût simple. Des légumes marinés au curcuma coloraient cette assiette un peu tristounette bien que savoureuse.

Quelques gorgées de jus de gingembre plus tard, nous étions repues. Dommage, car le lait vanillé au millet et la brochette de fruits sur coulis de fraise ne méritaient pas d'être boudés.

Un dîner à La Calebasse coûtera une vingtaine de dollars pour deux personnes. Le soir, on s'en tire pour une cinquantaine de dollars, breuvages compris. Un vaste choix de jus exotiques fait contrepoids à la courte liste de bières et de vins.

Fait à noter, le «menu du jour» porte bien son nom: vous ne retrouverez pas le samedi ce que vous avez aimé le mardi. Certains plats sont toutefois offerts à la carte, donc tous les jours, et presque tous peuvent être emportés. Le poulet au djansan, un poulet entier braisé, ne figure d'ailleurs qu'au menu à emporter...

La Calebasse
220, rue Saint-Vallier Ouest
Tél: (418) 523-2959

***

Journaliste littéraire et scénariste, Mira Cliche mange surtout des livres. Elle se tourne cependant vers la cuisine, la sienne ou celle des restaurants, pour trouver les nutriments complémentaires à son régime. Elle tiendra désormais cette chronique «Restos» version Québec.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Articles les plus commentés

Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009