Crèches du monde
Pierre Joosten
Après 20 ans d'existence, l'exposition « Crèches d'ici et d'ailleurs » est devenue une véritable tradition à Québec. Parés de beaux tissus d'Europe, de costumes inuit ou de curieux habits de papier, Jésus, Marie, Joseph et les autres se révèlent sous toutes sortes de représentations amusantes par-delà les pays et les styles.
L'exposition attire en moyenne 10 000 personnes chaque année, dont plusieurs groupes scolaires. Pour eux, il s'agira d'un rare contact avec la Sainte Famille qui, même en miniature, a presque déserté nos maisons.
Voilà tout un revirement de l'histoire lorsqu'on songe au fait que la mode des crèches de Noël est née d'un repli de la foi dans la sphère privée, à la suite de la Révolution française, qui avait complètement évacué le religieux de la vie publique.
Les temps ont bien changé puisque, dans ce cas-ci, c'est l'épouse d'un politicien, Jean Pelletier, maire de Québec de 1977 à 1989, qui a voulu remettre les crèches au goût du jour. Hélène Bhérer-Pelletier avait acheté une première crèche au Mexique, puis une seconde en Martinique, à la fin des années 1970 : « Je les trouvais mignonnes. À l'époque, je n'aurais jamais pensé en faire une collection », se rappelle-t-elle aujourd'hui. Mais voilà qu'en 1980, un quotidien local publie un reportage sur une certaine Françoise Lapointe et sa collection de 70 crèches de Noël. « Le journal avait donné son adresse. Vous vous rendez compte ! Il y avait foule à son deuxième étage. Les gens débarquaient avec les enfants, les bottes ! »
Trois ans plus tard, Mme Bhérer-Pelletier, qui a eu le temps de garnir sa collection, convainc Mme Lapointe de présenter une exposition conjointe, à la nouvelle bibliothèque centrale, pendant le temps des Fêtes.
Le Petit Jésus du Far West
Clarifions d'abord une chose : l'exposition n'a aucune prétention en matière historique ou artistique. La plupart des crèches ne sont pas très anciennes et certaines — dont on taira l'identité par charité chrétienne — sont si affreuses que même le Petit Jésus ne les aurait pas voulues chez lui. Ici, on a surtout voulu privilégier diversité et distraction. À ce titre, l'exposition est tout à fait réussie et cadre bien dans le créneau des activités-des-Fêtes-pour-enfants-de-7-à-77 ans.
Il faut imaginer, par exemple, cette crèche du Texas où, devant un immense cactus, une vierge Marie, à la carrure d'un boxeur, protège l'enfant béni couché dans un chapeau de cow-boy. Les variations d'un pays à l'autre sont frappantes. Au Portugal, Joseph est vêtu comme un prince ; en Suède, Marie est une grande blonde et en Côte d'Ivoire, les rois mages sont remplacés par de maigres femmes transportant des pots sur leurs têtes.
Sur une centaine de crèches, près de la moitié proviennent de pays étrangers, du Burkina Faso à Taïwan en passant par de nombreux pays latino-américains. L'exposition donne aussi la place qu'ils méritent aux classiques santons de Provence, où la naissance du Christ est un prétexte à présenter tout le village.
Mme Bherer, dont la collection personnelle s'élève aujourd'hui à plus de 200 crèches, s'intéresse aussi aux matériaux utilisés pour représenter la Sainte Famille. Elle a notamment obtenu pour l'exposition une magnifique crèche de papier de Claude Lafortune, qui fut animateur de l'émission Parcelles de soleil à Radio-Canada.
À noter aussi : des personnages en verre, en cristal, en bois de caribou et même en arêtes de poisson !
- Bibliothèque Gabrielle-Roy, 350, rue Saint-Joseph Est, Québec, jusqu'au 4 janvier 2004. % (418) 529-0924, bibliothequesdequebec.qc.ca.
L'exposition attire en moyenne 10 000 personnes chaque année, dont plusieurs groupes scolaires. Pour eux, il s'agira d'un rare contact avec la Sainte Famille qui, même en miniature, a presque déserté nos maisons.
Voilà tout un revirement de l'histoire lorsqu'on songe au fait que la mode des crèches de Noël est née d'un repli de la foi dans la sphère privée, à la suite de la Révolution française, qui avait complètement évacué le religieux de la vie publique.
Les temps ont bien changé puisque, dans ce cas-ci, c'est l'épouse d'un politicien, Jean Pelletier, maire de Québec de 1977 à 1989, qui a voulu remettre les crèches au goût du jour. Hélène Bhérer-Pelletier avait acheté une première crèche au Mexique, puis une seconde en Martinique, à la fin des années 1970 : « Je les trouvais mignonnes. À l'époque, je n'aurais jamais pensé en faire une collection », se rappelle-t-elle aujourd'hui. Mais voilà qu'en 1980, un quotidien local publie un reportage sur une certaine Françoise Lapointe et sa collection de 70 crèches de Noël. « Le journal avait donné son adresse. Vous vous rendez compte ! Il y avait foule à son deuxième étage. Les gens débarquaient avec les enfants, les bottes ! »
Trois ans plus tard, Mme Bhérer-Pelletier, qui a eu le temps de garnir sa collection, convainc Mme Lapointe de présenter une exposition conjointe, à la nouvelle bibliothèque centrale, pendant le temps des Fêtes.
Le Petit Jésus du Far West
Clarifions d'abord une chose : l'exposition n'a aucune prétention en matière historique ou artistique. La plupart des crèches ne sont pas très anciennes et certaines — dont on taira l'identité par charité chrétienne — sont si affreuses que même le Petit Jésus ne les aurait pas voulues chez lui. Ici, on a surtout voulu privilégier diversité et distraction. À ce titre, l'exposition est tout à fait réussie et cadre bien dans le créneau des activités-des-Fêtes-pour-enfants-de-7-à-77 ans.
Il faut imaginer, par exemple, cette crèche du Texas où, devant un immense cactus, une vierge Marie, à la carrure d'un boxeur, protège l'enfant béni couché dans un chapeau de cow-boy. Les variations d'un pays à l'autre sont frappantes. Au Portugal, Joseph est vêtu comme un prince ; en Suède, Marie est une grande blonde et en Côte d'Ivoire, les rois mages sont remplacés par de maigres femmes transportant des pots sur leurs têtes.
Sur une centaine de crèches, près de la moitié proviennent de pays étrangers, du Burkina Faso à Taïwan en passant par de nombreux pays latino-américains. L'exposition donne aussi la place qu'ils méritent aux classiques santons de Provence, où la naissance du Christ est un prétexte à présenter tout le village.
Mme Bherer, dont la collection personnelle s'élève aujourd'hui à plus de 200 crèches, s'intéresse aussi aux matériaux utilisés pour représenter la Sainte Famille. Elle a notamment obtenu pour l'exposition une magnifique crèche de papier de Claude Lafortune, qui fut animateur de l'émission Parcelles de soleil à Radio-Canada.
À noter aussi : des personnages en verre, en cristal, en bois de caribou et même en arêtes de poisson !
- Bibliothèque Gabrielle-Roy, 350, rue Saint-Joseph Est, Québec, jusqu'au 4 janvier 2004. % (418) 529-0924, bibliothequesdequebec.qc.ca.
Haut de la page

