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Normand Thériault   19 avril 2008  Loisirs
L’Imprésario de Smyrne, de Carlo Goldoni, mis en scène par Carl Béchard. Photo: Yves Renaud
L’Imprésario de Smyrne, de Carlo Goldoni, mis en scène par Carl Béchard. Photo: Yves Renaud
Nouveau chef d'État ou pas, c'était décidé. Les Italiens, qu'ils soient d'ici ou d'outre-Atlantique, débarquent à Montréal. Ils camperont même dans ce Quartier des spectacles que se donne Montréal, prenant d'assaut la Place des Arts, le Théâtre du Nouveau Monde, la Cinémathèque et la Maison Théâtre.

Si depuis mardi soir, plus d'un heureux s'est déjà envolé avec L'Imprésario de Smyrne, ce Goldoni que met en scène Carl Béchard d'après le texte adapté par un Marco Micone (lui dont le «nous» italien s'affiche fort sur la place publique en devenant un «nous» québécois), ce n'est pourtant qu'une première étape de ce montréalais printemps italien.

Autrefois, et Goethe lui-même en fut le premier publiciste, il était bon temps d'entreprendre un voyage en Italie, lieu d'une naissance et d'une affirmation pour les Européens du temps. Ils furent rejoints plus tard par tous les Occidentaux, pour qui les divers Prix de Rome étaient signes d'une reconnaissance.

Viendra le Piccolo

Les Montréalaises et Montréalais ont de la chance. Ainsi le Piccolo quitte sa salle, sa petite salle milanaise, là où il y a 20 ans encore des colonnes à l'occasion cachaient parfois la scène. Et le grand Soleri lui même, la soixante-dizaine bien avancée, sera ainsi du voyage. Car le Arlecchino, cette pièce mythique du théâtre italien, animera en mai la salle Wilfrid-Pelletier. Et qui y assistera, comme pour ceux qui ont dans le passé vécu une telle expérience, découvrira en fin de soirée qu'il croit lui aussi parler italien.

La vivacité du jeu et les faces anonymes des acteurs dissimulées derrière un masque font qu'à un moment de la représentation, les mots deviennent de simples éléments d'un ballet que l'on regarde autant qu'on écoute. Et on se dit que c'est cela l'Italie. Et qu'un jour on visitera à Venise cette maison qui fut celle du grand dramaturge.

Tourneront Bassani et Taviani

Et l'Italie renaît. Alors on veut être de ceux et celles-là qui se déplaceront aussi à la Cinémathèque pour revoir le Finzi-Contini d'un Vittorio de Sica qu'auparavant avait écrit un Giorgio Bassani. Le film s'inscrit ici en reprise, en double reprise, comme un témoin de la grande aventure que fut le cinéma italien d'un long après-guerre, mais aussi comme partie d'une programmation d'un festival venu d'ailleurs, Annecy Cinéma italien, là où un Jean Gili, professeur à la Sorbonne, propose année après année les dernières pellicules tournées au sud de ses Alpes. Et cette rétrospective ne serait que le début d'une prochaine aventure, s'il faut en croire ce spécialiste: «Si le cinéma italien, dit en effet celui qui prononcera une conférence à 16h le 2 mai dans l'institution du boulevard de Maisonneuve, a retrouvé son statut de prophète en son pays, il finira par reconquérir les écrans internationaux. C'est une hypothèse, mais elle peut tout à fait se réaliser.»

D'ici là toutefois, pourquoi ne pas faire un retour en salle pour revoir, revivre peut-être même, les mondes que les frères Taviani ont rassemblés? Retour alors aux années 1970 avec Allonsanfan, aux années 1980 avec Chaos ou Good Morning Babylonia, avant de déboucher dans le présent siècle avec ce tout récent Mas des alouettes.

Joueront le Tam et Transity

Pour d'autres, ce sera vers d'autres scènes qu'ils guideront leur pas. Avant ou après la Cinémathèque, une rue au nord, ils franchiront alors l'enceinte de la Maison Théâtre sans avoir à laisser le poupon à la maison: AL di LA est une pièce que le Tam Teatromusica a conçue pour les tout-petits, les 2 à 4 ans «Ce sera toutefois notre première fois en Amérique du Nord, se félicite Flavia Bussolotto. Mais comme le spectacle voyage très bien grâce à son langage universel, je suis certaine que la réaction sera bonne aussi de votre côté de l'océan.»

D'autres iront plus loin, jusqu'à Saguenay, mais il faudra attendre les beaux jours venus pour voir le résultat de ce Transity, né d'une collaboration entre ici et la Toscane: «L'an dernier, les créations ont été jouées en Italie, au festival La Luna è Azzurra, mais comme notre événement est une biennale, il a fallu attendre jusqu'à cette année avant de les offrir au public québécois», raconte d'ailleurs Denise Lavoie, directrice générale de ManiganSes.

Dialogueront Italiens et Québécois

Les Italiens débarquent donc. Même s'ils sont depuis longtemps membres à part entière de la communauté montréalaise. Car de leur Petite-Italie, de ce quartier qui dans le monde immobilier est synonyme de joie de vivre, ils ont essaimé. Dans la politique. Dans le sport. Dans le commerce. Ils veulent toutefois aujourd'hui s'identifier encore plus fort au Québec actuel.

Comme le dit Angelo Mazzone, le directeur à Montréal de l'Institut culturel italien, cet organisme par qui toutes ces diverses manifestations arrivent, «nous voulons avec le Québec établir un dialogue qui soit le plus profond et le plus de qualité possible».

L'Institut agit donc dans le secteur culturel. Et un peu d'Italie prend déjà pied dans le hall des pas perdus de la Place des Arts où l'Arlecchino, avec son masque de chat, portant le «batocio» (le bâton), circule ainsi dans les costumes que lui a dessinés Franca Squarciapino. Et le consul de cette Italie à Montréal de souscrire à l'aventure, lui qui se félicite des liens qui se tissent entre le Québec et l'Italie, liens qu'il veut encore plus nombreux. Culturels certes, mais économiques aussi.

D'ici là, laissons les yeux et les oreilles être bousculés par les cascades, la musique des mots et des corps.
L’Imprésario de Smyrne, de Carlo Goldoni, mis en scène par Carl Béchard. Photo: Yves Renaud Les frères Taviani en plein tournage
 






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