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Et pourtant, on construit !

Normand Thériault   22 septembre 2007  Loisirs
Photo : Jacques Grenier
Branle-bas sur le pont de la finance américaine! Les Américains sont surendettés. Les prix immobiliers chutent. Les banques qui ont pris le risque du prêt hypothécaire à risque sont en panne de liquidités (et, avec elles, tous les organismes de placement qui ont aussi misé dans cette aventure du profit rapide). De là à dire qu'il n'y avait qu'un pas à franchir pour annoncer la fin de la grande aventure immobilière des dernières décennies. Mais pourtant, au Québec...

Les journalistes et autres employés du journal Le Devoir ne reconnaîtront bientôt plus leur lieu de travail. Dans le secteur Bleury-Président-Kennedy, il faut dire que le décor change. À l'est, le petit restaurant vietnamien n'est plus qu'un souvenir: il a été rasé au profit d'un immeuble résidentiel de neuf étages. À l'ouest, certains ont perdu leur place de stationnement: une autre tour de 18 étages occupe maintenant le site. Au nord, le mont Royal ne sera plus qu'un souvenir visuel: un complexe hôtelier et résidentiel est en cours d'érection et les 35 étages annoncés formeront tantôt un solide écran bétonné et vitré. Au sud, plus de percée visuelle vers le Vieux-Montréal: le chantier d'une double tour, la plus haute dépassant les 30 étages, débute.

À la vitesse où vont les choses, tout ce beau monde, celui qui produit le quotidien que vous avez entre les mains, pourra donc penser qu'il ne restera bientôt plus que leur seul lieu de travail qui devrait connaître une rénovation radicale (d'autant plus que même les ascenseurs de l'édifice ont été, eux aussi, revampés!).

Allez donc dire que le secteur de la construction fait présentement relâche et vous pourrez ainsi trouver des personnes pour vous contredire. En fait, comme le rapportait l'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ), en veille d'ouverture de son congrès annuel, «bien qu'inférieur à 2006, le nombre de mises en chantier sera plus important que prévu en 2007, en raison notamment des bonnes performances au chapitre de l'emploi et des revenus des ménages». Pour preuve: «Le premier semestre de 2007 affiche une augmentation de 5,1 % des mises en chantier, comparativement à la même période l'an dernier, et ce, pour l'ensemble du Québec».

Effet boomerang

Une telle situation n'est pas sans conséquences, aux résultats moins réjouissants pour d'autres. La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) souligne les difficultés qu'éprouvent ses membres: plus de condominiums sont mis en vente et un plus haut taux de vacance devient affiché dans le réseau locatif.

Après une époque de rareté, il y a de cela trois ou quatre ans, où moins de 0,6 % des logements du parc locatif étaient disponibles, le même taux est aujourd'hui revenu «à la normale»: plus de 3,5 % des logements sont accessibles à qui veut emménager ailleurs (il s'en est ainsi trouvé pour dire que l'époque du premier mois de loyer gratuit serait bientôt de retour). Et qui dit choix dit obligation d'une meilleure qualité de l'offre. La CORPIQ prêche donc pour un programme de rénovation soutenu par l'État qui permettrait aux divers propriétaires de rendre à nouveau attrayantes des constructions qui souvent ont perdu le lustre qu'elles avaient dans les années de l'après-guerre, il y a donc un demi-siècle de cela.

D'autre part, qui quitte pour raison d'achat d'un condominium ne rend pas nécessairement disponible un logement pour les moins bien nantis d'entre nous. Et le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) de monter au créneau pour demander une augmentation du nombre des logements abordables. Et de répondre par la positive la Société d'habitation du Québec, qui inscrit toutefois sous deux bannières distinctes le logement social et le logement abordable. Dans ce dernier cas, il en coûtera toujours près de 800 $ par mois pour se munir d'un toit à Montréal.

Offres variées

Il faut dire que les promoteurs ont, avec les années, peaufiné leur stratégie. Avant, on achetait un terrain, ou, en banlieue proche des grands centres, une terre, et on construisait, en ville, des «blocs», en banlieue, des domaines, et dans ce dernier cas selon les formules les plus diverses.

Aujourd'hui, on construit souvent en fonction des besoins. La Petite-Italie montréalaise voit ainsi apparaître dans son secteur des projets dit «branchés» qui s'adressent à la clientèle jeune. Au centre-ville, les tours deviennent la norme: elles seront résidentielles ou à vocation mixte, à savoir une part commerciale, une part hôtelière et une part résidentielle. Cette même formule prévaut souvent dans les zones touristiques (le projet de développement du parc du mont Orford est ainsi de cette mouture). Et des édifices «spécialisés» surgissent aussi: on s'adresse ainsi aux futurs retraités, comme aux personnes en perte d'autonomie, pour leur offrir des lieux d'habitation où une grille de services s'ajoute au descriptif des espaces.

Dans un tel contexte, il semble qu'il devient difficile de parler d'essoufflement dans le monde de la construction. À moins que la hausse du dollar ne ralentisse tous nos voisins du Sud dans leur précipitation à monter vers le Nord pour y conclure de «bonnes affaires». Cela serait-il qu'il se trouvera toujours des Québécois qui rêveront de devenir propriétaires: n'a-t-il pas été répété à outrance que «le Québec est un pays de locataires». Et si cela changeait...






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