«Pistolero»: Camille Bouchard face à la révolution mexicaine

En 2017, l'auteur jeunesse est allé cherché un peu d'inspiration au coeur du White Sands National Park au Nouveau-Mexique.
Photo: Camille Bouchard En 2017, l'auteur jeunesse est allé cherché un peu d'inspiration au coeur du White Sands National Park au Nouveau-Mexique.

Décembre 1910. Benjamin Lavoie, dix ans, quitte la vie paisible de Sainte-Amandine et se retrouve en pleine révolution mexicaine avec son père, un homme libre, qui lui propose cette aventureuse destinée. Rapidement, ils font la rencontre de Pancho Villa — figure emblématique des révolutionnaires — et se lancent à l’assaut de la Ciudad Juárez, place forte que ces pistoleros ont bien l’intention de reprendre.

 

Réalité historique et fiction se superposent dans ce tout nouvel opus signé par l’infatigable et toujours rigoureux Camille Bouchard. Dans un style prenant, un rythme effréné, une écriture forte, teintée de quelques expressions en espagnol, Bouchard nous plonge facilement en pleine guérilla, du côté des rebelles, là où tout est permis pour vaincre l’oppresseur.

 

Stratégies d’attaques, voitures piégées, ruses sont au rendez-vous pour faire monter la tension et conduire l’intrigue vers le triomphe des résistants : « Aux cris de victoire répondaient les hurlements de douleur et les gémissements. »

 

Un passé brûlant

 

Si la trame de fond historique servant le récit dépeint avec aplomb un passé brûlant, le narrateur fictif de Bouchard, en l’occurrence Benjamin, a toutefois tendance à pécher par excès de bienséance.

 

En fait, le père, en rôle d’homme voyou et insouciant assumé, motivé par le désir « d’offrir l’existence la plus passionnante qui soit » à son fils, quitte à ce qu’il « meurt prématurément », reflète l’esprit frondeur de l’auteur du Coup de la girafe.

 

Aux côtés de cette personnalité insoumise, Benjamin, se pose en défenseur des gestes et attitudes de son père, mais s’inquiète aussi de ce que « bien des parents » pourraient en penser.

 

Or, ce double jeu — visant sans doute à ne pas s’attirer les foudres des esprits coincés — détonne au coeur cette intrigue forte, première d’une série intitulée « Le siècle des malheurs » et dont on souhaite, pour la suite des choses, qu’elle soit délestée de cette soudaine intention morale.

Extrait de « Pistolero »

« Lorsque mon père et moi avons quitté Sainte-Amandine, nous nous sommes d’abord retrouvés au port de Montréal. J’ai traversé la grande mer pour la première fois de ma vie. Nous étions montés à bord d’un bateau de marchandises. Moi qui, jusqu’alors, n’avais connu que les soubresauts de la chaloupe de grand-père sur les vaguelettes du lac des Trois Castors, on peut dire que j’ai commencé à goûter la nouvelle expérience dès l’instant où le navire s’est éloigné du quai ».

Pistolero

★★★ 1/2

Camille Bouchard, Boréal, Montréal, 2018, 136 pages.