«ADN»: les vengeances électroménagères de Yrsa Sigurdardottir

Yrsa Sigurdardóttir est l’une des figures marquantes de la littérature islandaise.
Photo: Lilja Birgisdóttir Hodder Stoughton Yrsa Sigurdardóttir est l’une des figures marquantes de la littérature islandaise.

L’Islande compte moins de 350 000 habitants, dont la moitié, dit-on, sont des écrivains. Plusieurs d’entre eux — surtout des auteurs de polars comme Arnaldur Indridason et Arni Thorarinsson — sont déjà traduits dans des dizaines de langues et les exemplaires vendus de leurs oeuvres se comptent en millions.

 

Yrsa Sigurdardóttir est l’une de ces figures marquantes, dont un cinquième livre est traduit aujourd’hui en français. ADN est en fait le premier volet d’une série réunissant un inspecteur de police (Huldar) et une psychologue (Freyja) autour d’une sombre affaire d’héritage génétique, on s’en serait douté.

 

Le roman s’amorce en 1987, alors que trois jeunes enfants sont séparés puis donnés en adoption après ce que l’on devine être un tragique crime passionnel. Puis, sans transition et presque 30 ans plus tard, une jeune mère de famille est assassinée sauvagement sous nos yeux, à l’aide d’un aspirateur. Sa fille de sept ans, cachée sous le lit, est bien involontairement la seule témoin de la scène.

 

Avec l’aide de l’équipe de la psychologue Freyja de la Maison des enfants, l’inspecteur Huldar interroge la fillette à la recherche d’une piste permettant de retrouver le criminel. Mais il aura à peine le temps de mener quelques interviews avec la petite Magrét qu’une autre femme est bientôt assassinée dans des circonstances presque similaires, avec un fer à friser cette fois-ci. Aucun indice, sauf, comme la première fois, une suite de chiffres sur un bout de papier. La police piétine. Encore plus lorsque l’on trouve un troisième cadavre, la tête tout aussi scotchée que les deux premiers, avec un fer à souder planté dans l’oreille…

 

Le lecteur, lui, sait que les énigmatiques séries de chiffres représentent des messages codés reçus également par Karl, un étudiant en chimie passionné des ondes CB. Névrosé, solitaire et boutonneux, le personnage de Karl est une des clés du roman puisque c’est lui que l’assassin a choisi comme bouc émissaire. Grâce à ses copains aussi empêtrés que lui, le tueur plante autour de Karl toute une série d’indices que la police ne pourra que trouver. Bingo… Ce n’est en fait qu’à la toute dernière minute que Huldar comprendra qu’il a été piégé et que l’on verra surgir celui qui se cache derrière tout cela lorsque le lien se fait avec l’amorce de toute l’histoire, 30 ans plus tôt.

 

L’intrigue est serrée, touffue, bien menée, et les personnages de Sigurdardóttir — de Magrét aux amis de Karl et aux inspecteurs de police — tout aussi crédibles que solidement campés. Tout le non-dit, par exemple, qui flotte entre Freyja et Huldar est particulièrement bien rendu. The Reckoning, qui vient tout juste de paraître en anglais, se présente comme la suite d’ADN et tourne autour des deux mêmes personnages. Et on est déjà impatient de voir à quoi cela va mener.

Extrait de « ADN »

« Qu’est-ce que c’était que ça ? Encore une invention de la correction automatique ? Elle envoyait des nombres maintenant ? 2, 116, 53, 22, 16.22, 19, 49.90, 49. Ça ne lui disait rien. Ce n’était pas un numéro de téléphone ni un numéro de carte de crédit. […] Peut-être un virus informatique ? C’était possible avec son smartphone. »

 

ADN

★★★

Yrsa Sigurdardóttir, traduit de l’islandais par Catherine Mercy, Actes Sud/Actes noirs, Arles 2018, 413 pages