«La petite fille en haut de l’escalier»: l’énigme de la mère

Devrait-on se sentir obligé d’aimer sa mère? C’est la question — terrible, il va sans dire — que pose timidement François Gravel.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Devrait-on se sentir obligé d’aimer sa mère? C’est la question — terrible, il va sans dire — que pose timidement François Gravel.

Devrait-on se sentir obligé d’aimer sa mère ? C’est la question — terrible, il va sans dire — que pose timidement François Gravel avec La petite fille en haut de l’escalier, un récit dans lequel il jette un regard plutôt critique sur la vie de sa mère. Enseignant, prolifique auteur jeunesse et romancier (Ostende, Adieu, Betty Crocker), Gravel retrace le parcours de cette femme née en 1916, élevée par un oncle prêtre après la mort de sa mère, déménageant d’un presbytère à l’autre jusqu’à un mariage sans joie qui se résume à peu de choses : six enfants et une peau de renard dans une boîte de carton.


Dans un style simple, à travers une série de chapitres courts relatant différents épisodes de la longue existence de sa mère, morte à 100 ans et des poussières, l’auteur tente d’exhumer les failles et de saisir les motivations de cette femme résignée, « spécialiste du déni » et incapable de compassion, avec qui toute vraie communication semblait impossible.

Une vie coupée en deux entre ses rares souvenirs heureux ressassés à l’infini et ses sempiternelles jérémiades domestiques, alimentées par son « monopole absolu du malheur ».

Un récit un peu décousu nourri d’amertume, qui prend par moments des airs de règlement de comptes envers une femme demeurée jusqu’à la fin une parfaite énigme pour son fils.

Si le livre suscite parfois un certain inconfort de lecture, l’auteur aurait sans doute pu explorer avec plus de force cet héritage de rancoeur et d’incompréhension.

Extrait de « La petite fille en haut de l’escalier »

« On me conseille de pardonner. Il paraît que ça permet de voyager plus léger. Je veux bien. Mon seul problème, c’est que je n’ai jamais su ce que ça signifie vraiment. S’il suffisait de dire “Je pardonne”, rien ne serait plus facile. Je pardonne. Voilà, c’est fait. Je peux même le répéter trois fois, comme on le fait avec les prières et les formules magiques : “Je pardonne, je pardonne, je pardonne.” Est-ce que je devrais me sentir mieux ? »

 

La petite fille en haut de l’escalier

★★★

François Gravel, Québec Amérique, Montréal, 2018, 128 pages