«Nouvelles»: Clarice Lispector, une sorcière pas comme les autres

Son biographe américain Benjamin Moser décrit Clarice Lispector comme «un Tchekhov au féminin sur les plages de Guanabara» (notre photo).
Photo: Christophe Simon Agence France-Presse Son biographe américain Benjamin Moser décrit Clarice Lispector comme «un Tchekhov au féminin sur les plages de Guanabara» (notre photo).


Née dans une famille juive ukrainienne, arrivée au Brésil à l’âge de deux ans, Clarice Lispector (1920-1977) est aujourd’hui reconnue comme l’un des écrivains les plus importants du Brésil au XXe siècle — sexes et genres confondus. Journaliste de renom, auteure d’une dizaine de romans, dont La passion selon G.H. et Le bâtisseur de ruines, elle a vécu durant une quinzaine d’années à l’étranger avec son mari diplomate.

 

La publication de l’intégralité de ses nouvelles, longtemps disséminées à travers plusieurs recueils (et auxquelles viennent s’ajouter une dizaine de textes inédits en français), marque en quelque sorte l’événement.

 

Depuis sa première publication à 19 ans, jusqu’à un texte inachevé paru de façon posthume, ce sont 85 textes dans lesquels la Brésilienne, que son biographe américain Benjamin Moser décrit comme « un Tchekhov au féminin sur les plages de Guanabara », partage sa vision singulière du monde et de la littérature.

 

Sans être autobiographiques, ni former la meilleure partie de son oeuvre, ces textes composent le récit d’une vie de femme à travers ses âges.

 

Méditatives ou mystiques, tendues entre aléas de la vie domestique et tyrannies de l’acte créateur, ses nouvelles sont aussi autant de tentatives de saisir toute l’étrangeté du monde. Mais toujours avec un mélange d’orgueil et de liberté, comme dans Pour pardonner à Dieu : « Tant que j’invente Dieu, Il n’existe pas. »

Extrait de « Tant de douceur »

« En plein jour il faisait nuit, et cette chose que je ne veux toujours pas définir est une lumière tranquille à l’intérieur de moi, on l’appellerait la joie, une joie douce. Je suis un peu désorientée comme si on m’avait enlevé un coeur et qu’à la place de celui-ci se trouvât maintenant l’absence soudaine, une absence presque palpable de ce qui était autrefois un organe baignant dans l’obscurité de la douleur. Je ne sens rien. Pourtant c’est le contraire d’une torpeur. C’est une manière plus légère et plus silencieuse d’exister. »

 

Nouvelles

★★★ 1/2

Édition complète. Clarice Lispector, traduit du portugais (Brésil) par Jacques et Teresa Thiériot, Claudia Poncioni et Didier Lamaison, Sylvie Durastanti et Claude Farny, Geneviève Leibrich et Nicole Biros, Éditions des Femmes-Antoinette Fouque, Paris, 2017, 484 pages