Marie-Claire Blais met un point final au cycle de «Soifs»

Dans une prose unique et exigeante, où les longues phrases sont ponctuées par de rares points, Marie-Claire Blais a tenté durant plus de vingt ans d’étancher nos soifs.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Dans une prose unique et exigeante, où les longues phrases sont ponctuées par de rares points, Marie-Claire Blais a tenté durant plus de vingt ans d’étancher nos soifs.

Le dernier roman de Marie-Claire Blais, qui clôt le cycle de dix livres entamés en 1995 avec Soifs, se termine sur un mot : « espoirs ». Pourtant, les personnages qui traversent cette saga tumultueuse font face à un monde à la dérive : menace d’une catastrophe nucléaire, racisme et intolérance sexuelle et religieuse, violence, disparités économiques et sociales.

En entrevue dans un café de la rue Saint-Denis, à l’occasion du lancement de ce livre, intitulé Une réunion près de la mer, toute menue dans sa chemise à carreaux et son veston de cuir, les yeux soulignés de noir, Marie-Claire Blais sourit.

« C’est vrai que nous sommes à une époque où il y a beaucoup de mal et beaucoup de violence. C’est très difficile à vivre pour ceux qui sont sensibles à la souffrance des autres. Mais en même temps, l’espoir, c’est fondamental. Ça nous fait vivre. C’est notre instinct d’éprouver la joie de vivre et de survivre à tous les malheurs. Même si c’est difficile. »

Malgré le passage des ans, à 78 ans, Marie-Claire Blais n’a rien perdu de cette ferveur qui lui fait appeler de toutes ses forces un monde meilleur, dans ses livres comme dans la vie.

Marie-Claire Blais semble avoir tout cédé à la littérature. Dans une prose unique et exigeante, où les longues phrases sont ponctuées par de rares points, elle a tenté durant plus de vingt ans d’étancher nos soifs.

« Nous sommes tous des êtres assoiffés, de justice, d’affection, d’humanisme, de charité. Il y a la soif du mal, aussi », dit-elle, mentionnant la présence d’un suprémaciste blanc qui tue quinze personnes dans son roman précédent, Des chants pour Angel.

Manifestations humaines

Hypersensible à la souffrance comme à la bonté des autres, Marie-Claire Blais vit aux aguets des manifestations humaines, dans l’île de Key West, aux États-Unis. Elle a d’ailleurs désormais le statut de citoyenne américaine et a voté pour Hillary Clinton aux dernières élections. Ses personnages, que ce soit de jeunes prostitués, des toxicomanes, des travestis ou des artistes fortunés, sont des gens qu’elle rencontre et observe. Parmi eux, elle revisite la violence et l’exclusion, mais aussi l’implication et l’engagement sociaux.

Ces personnages, elle les a rencontrés, pour la plupart, sans nécessairement qu’ils sachent qu’elle était écrivain. « Ils l’ont su à un moment donné quand j’ai dû leur poser des questions, dit-elle. La plupart des gens ne savent pas que je suis écrivain, explique-t-elle. Je préfère être un écrivain anonyme. » Même si son travail est unique en son genre, Marie-Claire Blais demeure résolument modeste. Parmi ses nombreux personnages — on en retrouve plus de cent dans ce cycle romanesque —, elle dit s’identifier davantage à Renata, l’avocate engagée, à Mélanie, l’activiste, ou encore à Daniel, l’écrivain.

Pour écrire le roman Mai au bal des prédateurs,qui fait partie de la série entamée avec Soifs, Marie-Claire Blais a longuement fréquenté un bar de travestis, qu’elle appelle dans son livre le Saloon Porte du baiser, et en a tiré plusieurs personnages de romans. Bien qu’elle ait mis un point final au cycle de Soifs, elle pense consacrer de nouveaux livres à certains de ses personnages, comme Petites Cendres, un jeune prostitué.

« La qualité fondamentale de ces êtres, c’est qu’ils peuvent survivre à tout. Ils sont très conscients des dangers et des souffrances de notre époque, mais ils ont confiance, non pas une confiance naïve, mais une confiance naturelle en leur avenir. »

L’île sur laquelle se déroulent ces joies et ces drames n’est jamais nommée, et pourrait bien représenter l’univers.

Marie-Claire Blais est originaire de la ville de Québec, elle a vécu aux États-Unis, en Europe, puis de nouveau aux États-Unis, où elle a entre autres été marquée par la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis. « Le racisme est hélas partout, dit-elle encore aujourd’hui. C’est pour ça qu’on n’ouvre pas la porte aux réfugiés. » Une réunion près de la mer met d’ailleurs en scène Donna Africa, une politicienne afro-américaine qui pourrait bien, qui sait, devenir présidente des États-Unis. Vision prémonitoire ?

2 commentaires
  • Roger Cornet - Abonné 17 janvier 2018 15 h 32

    La légende de la photo.
    Dans une prose unique et exigeante, " où les longues phrases sont ponctuées par de rares points…".
    N'avez-vous pas honte d'écrire cela dans le compte rendu d'une œuvre littéraire.

  • Denis Paquette - Abonné 17 janvier 2018 15 h 45

    peut-être

    elle dit que nous sommes des être qui des notre naissance avons soif, mais ajoute aussitôt peut-être avons nous également soif du mal, je ne le crois pas mais je comprends sa préoccupation, peut être croit-elle que le monde s'en va chez le diable