Gallimard suspend sa réédition des pamphlets antisémites de Céline

Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais n’ont pas été réédités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Photo: Archives Agence France-Presse Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais n’ont pas été réédités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Paris — La maison d’édition Gallimard a annoncé jeudi qu’elle suspendait son projet de publier les pamphlets antisémites de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, objet d’une polémique en France depuis quelques jours.

« Au nom de ma liberté d’éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l’envisager sereinement », a indiqué Antoine Gallimard dans un texte adressé à l’AFP.

Le projet de rééditer les pamphlets antisémites (Bagatelles pour un massacre, L’École des cadavres et Les beaux draps) de Céline avait suscité une levée de boucliers, notamment de la part de Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France.

Les pamphlets de Céline appartiennent à l’histoire de l’antisémitisme français le plus infâme. Mais les condamner à la censure fait obstacle à la pleine mise en lumière de leurs racines.

« Édition critique »

Gallimard souhaitait publier « une édition critique » des pamphlets « sans complaisance aucune ».

« Les pamphlets de Céline appartiennent à l’histoire de l’antisémitisme français le plus infâme. Mais les condamner à la censure fait obstacle à la pleine mise en lumière de leurs racines et de leur portée idéologiques et crée de la curiosité malsaine là où ne doit s’exercer que notre faculté de jugement », a estimé l’éditeur.

Mais, a-t-il ajouté, « je comprends et partage l’émotion des lecteurs que la perspective de cette édition choque, blesse ou inquiète pour des raisons humaines et éthiques évidentes ».

Ces textes constituent « une insupportable incitation à la haine antisémite et raciste », avait estimé mardi le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

Le président du CRIF, Francis Kalifat, avait appelé les éditions Gallimard « à renoncer au projet de réédition de ces brûlots antisémites ».

« Aucune date de publication n’était fixée à ce stade », a rappelé Antoine Gallimard. Les textes concernés ont été rédigés par l’auteur du Voyage au bout de la nuit entre 1937 et 1941.

Ils devraient tomber dans le domaine public en 2031 (soit 70 ans après la mort de l’écrivain en 1961) et seront alors libres de droits.

Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais n’ont pas été réédités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’écrivain lui-même puis sa veuve, Lucette Destouches, âgée de 105 ans, s’y opposaient. Ils peuvent cependant aisément être consultés sur Internet ou achetés chez des bouquinistes, sans appareil critique.

4 commentaires
  • Réal Bergeron - Abonné 11 janvier 2018 16 h 35

    Où est Charlie?

    La censure dessert les causes qu'elle prétend défendre

  • Claire Faubert - Abonnée 11 janvier 2018 16 h 36

    Céline, partout!

    Les pamphlets antisémites de Céline sont facilement accessibles, même dans les bibliothèques publiques et universitaires, sur Internet également. Alors...les republier avec un appareil critique est sans doute la meilleure solution. Les indignés s'y sont opposé et ont obtenu aujourd'hui gain de cause car pour eux cette réédition ne ferait qu'exciter la curiosité malsaine de quelques racistes ou le plaisir des céliniens tous azimuts. Alors...était-ce la solution? Monsieur Gallimard a obéi aux organismes antiracistes et peut-être aussi au lobby juif...ce que Céline dénonçait! Alors...???

  • Jean-Charles Morin - Abonné 12 janvier 2018 10 h 09

    Quelle tartufferie!

    En cherchant à interdire ce que tout le monde peut lire de toute façon, on dessert ultimement la cause que l'on prétend défendre. Pour tous les voyeurs de l'écrit, l'oeuvre polémique de Céline est maintenant parée de l'auréole de la censure. De toute évidence, Serge Klarsfeld, aveuglé par la loi du talion, n'a rien compris.

  • Michel Lebel - Abonné 12 janvier 2018 15 h 10

    Pas fort!


    Pas très courageux Gallimard! C'est quoi cette reculade! Je ne croyais pas que c'était la méthode Gallimard!

    M.L.