Les portraits de lumière de Matthieu Ricard sur le toit du monde

Matthieu Ricard a tiré des images attrapées au hasard de rencontres avec des sages et des mondes hors du temps.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Matthieu Ricard a tiré des images attrapées au hasard de rencontres avec des sages et des mondes hors du temps.

De ses 50 ans passés sur le toit du monde, le moine bouddhiste Matthieu Ricard a rapporté plus que des montagnes de savoirs sur la vie spirituelle des hommes des hauts plateaux. De sa retraite, il a tiré des images uniques, attrapées au hasard de rencontres avec des sages et des mondes hors du temps, presque oubliés par la modernité.

 

 

Dans son tout dernier ouvrage, Un demi-siècle dans l’Himalaya, le philosophe-photographe publie la somme de cinq décennies vécues tant en Inde, au Bhoutan, au Népal qu’au Tibet. Plus qu’un documentaire sur son cheminement personnel dans le monde bouddhiste, ce voyage photographique, qui s’étend de 1967 à 2016, embrasse des moments clés de l’histoire récente et peu connue de ses maîtres élevés au rang de semi-dieux sur les plateaux de l’Himalaya.
 

Plus de 350 photographies explorent autant l’héritage spirituel de ces hommes que l’incroyable expression culturelle du peuple tibétain. Un peuple devenu le propre port d’attache de Matthieu Ricard, depuis 1967.

Photo: Éditions de la Martinière L'œuvre de Ricard est traversée par la pureté cristalline des ciels himalayens et l'unicité d'une civilisation résiliente.
 

« C’est une célébration de 50 ans de vie, présentée comme un partage. Cela montre l’extrême sagesse des visages des maîtres spirituels, et cela donne confiance aussi en la nature humaine », nous expliquait Matthieu Ricard, rencontré lors de son passage à Montréal en octobre dernier.

 

Photographe depuis l’âge de 10 ans et ami du grand photographe Henri Cartier-Bresson, Ricard, sans être un grand technicien, a saisi certains de ces « instants décisifs » qui distinguent les images exceptionnelles des autres. Libéré des contraintes extrêmes posées dans ces lieux reculés par la photographie argentique, l’appareil photo de Ricard se fait d’ailleurs beaucoup plus criant de vérité dans les planches plus récentes.

 

Davantage qu’un hommage à ces mentors, ce demi-siècle témoigne de l’amour profond de Ricard envers cette terre qui frôle les cieux, ce pays où les montagnes et les âmes se nourrissent d’immensité. Le traducteur du dalaï-lama en a tiré des scènes issues d’un autre monde, capturées dans l’intimité de temples centenaires perchés à 4000 mètres d’altitude.

 

« Au Bhoutan, j’ai vécu comme au Moyen Âge, sans aucun indice du monde moderne, mais dans une culture très sophistiquée », souligne Ricard qui a documenté, avec son appareil photo, l’incroyable retour de 30 ans d’exil de son premier maître tibétain, Dilgo Khyentsé Rinpotché.

 

Pèlerinages de maîtres portés sur des palanquins à travers des cols vertigineux, cohortes de cavaliers à cheval, monastères accrochés aux cimes : le monde surréel croqué par Ricard semble issu d’un autre siècle, d’une autre dimension.

Photo: Éditions de la Martinière Matthieu Ricard a tiré des images attrapées au hasard de rencontres avec des sages et des mondes hors du temps.
 

Les photos offrent une incursion rare dans la vie de ses maîtres adulés, mais dévoilent aussi une myriade de portraits aux visages burinés, portant une histoire millénaire. « Il faut vivre quelque part longtemps pour avoir de telles images. Il m’a fallu un an pour capturer 80 moments magiques lors d’un ermitage », soutient le moine français.

 

De cette attente ressort une oeuvre de lumière, traversée par la pureté cristalline des ciels himalayens et l’unicité d’une civilisation résiliente, malgré l’oppression qui a détruit 5800 des 6000 monastères bouddhistes construits au Tibet durant la seule Révolution culturelle chinoise.

 

« Cartier-Bresson disait que ce sont les photos qui nous prennent, pas le contraire », rappelle le moine qui, après 20 ans de conférences données à travers le monde, est retourné sur ses hauts plateaux.

 

C’est bien le monde himalayen qui a capturé l’homme, plus que l’inverse. Et, cette fois, prédit-il, ce sera pour longtemps.

Un demi-siècle dans l’Himalaya

Matthieu Ricard, Éditions de la Martinière, Paris, 2017, 352 pages

1 commentaire
  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 9 décembre 2017 21 h 15

    Étonnante!Très étonnante la photo de cet enfant!!

    J'en suis fasciné!!En connaissance du contexte où elle fut photographiée,l'expression
    de ce visage détonne de celles admiratives l'entourant au seuil de la tente abritant
    le fameux personnage qu'est Dilgo Khyentsi Rimpotché et son retour apès 30 ans
    d'exil.Elle aura d'abord entendu parler,entre les branches de ce mémorable retour;puis
    de plus en plus,au fur et à mesure des préparatifs hors de l'ordinaire pour accueillir
    l'illustre moine.Sa curiosité et son imaginaire piqués au vif dans son innocense,jouant des coudes,elle aura tout fait pour se trouver en première ligne,face à face avec le
    grandiose objet de tous ses désirs de l'instant présent.Que nous révèle l'expression,
    les expressions de ce visage?Quelle est son émotion de l'instant même?Que pense-t-
    elle...que se dit-elle?Nous ne savons pas précisément ce qu'elle ressent;assurément
    pas une béate admiration!D'une vive candeur,son regard nous semble voir quelque
    peu de travers ce qu'elle appréhendait enfin de voir,de ses yeux vu, le si respectable
    personnage.
    Mais, c'est la moue de son expression façiale qui étonne le plus;elle n'a pu retenir
    une moue incrédule et presque désapprobatrice!
    C'est pas clair!C'est intriguant?D'autant plus qu'émane déjà de ce tout jeune visage
    comme une précoce maturité confrontée est-elle à cette flamboyante réalité qui la
    laisse un tantinet perplexe.
    Moment exceptionnel.