Josée Blanchette, une orpheline en colère

Josée Blanchette lance le «Je ne sais pas pondre l’œuf, mais je sais quand il est pourri», vaste enquête sur l’industrie du cancer doublé de témoignages personnels.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Josée Blanchette lance le «Je ne sais pas pondre l’œuf, mais je sais quand il est pourri», vaste enquête sur l’industrie du cancer doublé de témoignages personnels.

Dans un nouveau livre qu’elle lance ce mercredi soir, la chroniqueuse Josée Blanchette plaide pour une médecine intégrative et rejette la religion de la chimiothérapie. Entretien avec une orpheline de la santé.

« Me donnez-vous deux secondes pour me verser un thé ? » Il s’agira de l’unique pause que prendra Josée Blanchette au cours de notre conversation. Suffit de lâcher le mot — chimiothérapie — pour que les vannes s’ouvrent.

Vous vous en souvenez sans doute : en juin 2014, la populaire chroniqueuse du Devoir confiait entre ces pages, avec la salutaire ouverture qu’on lui connaît, avoir abandonné les traitements de chimio qu’elle subissait (un verbe douloureusement juste) pour un cancer du côlon. « Les aiguilles et le Folfox » provoquerait un torrent dans sa boîte courriels.

Survivants de ce poison qui sauve parfois mais qui ravage au moins aussi souvent, veuves et veufs de cancéreux poussés hâtivement au bas du précipice par des cocktails mortifères, médecins inquiets : les correspondants de Joblo avaient tous en commun de ne plus croire en cette religion qu’est devenue la chimio.

« Plus j’avançais dans ma recherche, plus j’étais fâchée », se souvient-elle au bout du fil, en déballant quelques-unes des statistiques ahurissantes dont fourmille Je ne sais pas pondre l’oeuf, mais je sais quand il est pourri, vaste enquête sur l’industrie du cancer doublé de témoignages personnels et d’un guide bienveillant adressé aux futurs hôtes d’un crabe.

Il n’est pas rare, par exemple, que l’on propose une chimio préventive à une femme se remettant d’un cancer du sein, afin de réduire les risques de récidives de seulement 3 % ou 4 %. Pire : les médicaments constitueraient la troisième cause de mortalité dans les pays riches.

« Je n’en revenais pas de l’omertà dans le milieu de la santé, poursuit-elle. La petite Josée Blanchette allait contre l’ordre établi en se mettant le nez là-dedans, mais à un moment donné, quand tu as frôlé la mort, quand on t’a fait un procès sur la place publique parce que tu as abandonné la chimio, rien ne peut t’arrêter. De toute façon, je ne peux pas perdre mon droit de pratique, moi. C’est quand même fou que les médecins qui acceptent de parler soient pour la plupart à la retraite ou débarqués du système. Vous ne trouvez pas ? Vous voyez comment je me pompe quand je parle de ça ! »

De l’utilité des questions niaiseuses

« Les journalistes, on oublie souvent de poser des questions niaiseuses, des questions d’enfant de six ans », pense Josée Blanchette. À quoi ça sert un oncologue ? demande-t-elle au psychiatre Yves Quenneville dans Je ne sais pas pondre l’oeuf… Réponse laconique et sans équivoque : « Chimio. »

« Du moment où j’ai décidé d’arrêter la chimio, je ne voyais plus mon oncologue. Comme si c’est tout ce qu’il avait comme solution à me proposer », s’étonne celle qui plaide pour une médecine intégrative, aménageant de l’espace dans l’arsenal médical traditionnel pour les jus verts ou la méditation, pour peu que ça aide le patient.

Ce pavé dans la mare n’a pourtant rien, insiste son auteure, d’un pamphlet antimédecins. Quelques-unes de ses plus belles pages célèbrent ainsi l’impossible conjugaison d’intelligence et d’humanité que demande le métier de chirurgien. L’obsession monomaniaque de bien des sarraus blancs pour la chimiothérapie comme unique outil permettant de chasser l’envahisseur, elle, ne cesse de la sidérer. Elle retranscrit in extenso plusieurs bouleversants témoignages de malades dont la vie a été ruinée par des protocoles inutiles ou toxiques, quand ce ne sont pas leurs proches qui doivent parler en leur nom, parce qu’ils ne sont plus là.

« Mon deuxième plus grand ennemi, après l’omertà du milieu médical, c’est l’ignorance », explique notre interlocutrice indignée. L’ignorance des patients, à qui on ne dit pas assez qu’il est possible de refuser n’importe quel traitement et, surtout, qu’il n’est pas interdit, au contraire, de faire subir un interrogatoire à son doc avant d’accepter de se faire brancher.

« Les médecins ont peur des poursuites s’ils ne suivent pas les protocoles établis par les compagnies pharmaceutiques, qui mènent le bal, précise Josée. Les patients, eux, ont peur des médecins et ils ont peur de la mort. Ce n’est pas normal qu’on pose plus de questions avant d’acheter une voiture qu’avant de commencer une chimio. »

Une révolution par la base

Radiographie alarmante de l’arrogant scientisme, rejetant tout traitement alternatif, qui règne dans trop d’hôpitaux, le cri d’alarme de Josée Blanchette se veut aussi un appel à changer nos habitudes de vie, refrain mille fois chanté et mille fois ignoré. Activité physique et alimentation saine devraient devenir les maîtres mots de quiconque craint le cancer et, a fortiori, de quiconque en a traversé un. « Même si je suis guérie, je considère que mon cancer est une maladie chronique », fait valoir madame Zeitgeist. Et elle se comporte comme tel.

« Je n’espère plus grand-chose du sommet, j’ai trop vécu pour ça », poursuit-elle au sujet de l’impact qu’elle aimerait produire avec son livre. « J’espère du changement de la base, que les gens se prennent en main. Une personne sur deux va avoir le cancer et pourtant, ce que Richard Béliveau dit à propos de l’alimentation, ça ne passe pas. »

Conclusion ? « Mon message, c’est que je me sens comme une orpheline de la santé. Je n’ai plus foi en la science qui dépend des compagnies pharmaceutiques, mais je ne me suis pas non plus transformée en fumeuse de patchouli. Je ne signe pas mes messages sur Facebook par “namasté”. »

Je ne sais pas pondre l’oeuf, mais je sais quand il est pourri

Josée Blanchette, Flammarion Québec, Montréal, 2016, 368 pages

42 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 28 septembre 2016 04 h 40

    Ce qui aide les charlatans que sont les compagnies pharmaceutiques, c'est une éducation sur mesure, globale qui entretient des idées toutes faites sur leurs compétences et dont il faudrait parfois douter. Bref, nous sommes éduquer pour nager avec le courant, même si c'est parfois à notre détriment.

  • Gaston Bourdages - Abonné 28 septembre 2016 05 h 11

    Comment, monsieur Tardif, s'abstenir....

    ....de saluer le courage, la probité intellectuelle de madame Blanchette après vous avoir lu ?
    N'ayant pas, à date (Dieu et als, merci!) souffert de cancer, impossible pour moi de commenter sur la partie science-médecine de ce rendez-vous journalistique entre vous vous deux et nous, du public lecteur.
    Je suis à écrire sur la conscience et son antonyme.
    Le Père Didace Beauchemin, de feue la télésérie «Le Survenant», parlant de la conscience, nous lancerait probablement son proverbial «Vaste Monde !»
    Je soupçonne que madame Blanchette est allée sur le terrain de son propre Vaste Monde, l'a examiné, l'a tâté, est allée dans certains de ses propres bas-fonds (vous savez celui que des Gaspésiens appelaient ou appellent encore «les trognons»); qu'elle a fait profonds ?, très profonds? examens de conscience pour en arriver à toucher à du si délicat et oser le mettre ainsi sur la place publique.
    Merci madame Blanchette et si j'osais conclure en vous glissant à l'oreille et au coeur : nous vous aimons. Merci pour votre courage. Puissent le plus de gens possible être sensibles à votre statut «d'orpheline....» Je suis de ces gens. Ce, sans aucune prétention autre que celle de croire dans de nombreux passages de cet interview et d'avoir été (autrement que par le cancer), un jour, de semaines, des mois, très malade.
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

    • Serge Morin - Inscrit 28 septembre 2016 10 h 54

      Probité intellectuelle, vous dites!
      Allez voir mon commentaire du commentaire de M.Parisoto.
      Tant que l'on est en santé, il est de bon ton de "manger" du médecin. Si on est bien malade, on leur mange dans la main.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 28 septembre 2016 06 h 33

    Ben justement...

    "... quand ce ne sont pas leurs proches… »

    Elle perdit connaissance dans la salle d'attente du département d'oncologie en janvier 1999; vers le 7 ou le 8. Nous y étions pour son énième traitement de chimio...

    Branle-bas de combat, on l’amène dans une salle de soins..

    Une fois seuls avec une infirmière qui nous était devenue familière je lui ai dit : « Il me semble qu’il y a longtemps que vous n’avez pas fait d’analyse de sang à ma femme. Ne pensez-vous pas que ce serait indiqué? Et, franchement en passant, elle est à bout! »

    Le dossier lu, elle dit : « Vous avez raison, ça date de trop longtemps; et on fera une radio : On commence par ça et on annule la chimio. Allez luncher et vers 14 heures revenez connaître les résultats. »

    De retour à l’heure dite, on nous dirigea dans une salle minuscule : un homme en sarrau est assis à une table avec devant lui ce qui semble être le dossier de ma femme : (D’ici, je citerai au meilleur de mon souvenir :)

    « Bonjour, je suis le docteur Untel, assoyez-vous svp. Les nouvelles sont mauvaises. Je suis désolé mais nous, ici, ne pouvons plus rien pour vous et nous devons vous référer en soins palliatifs. Il y a un très bon centre dans votre région, mais vous pouvez aussi choisir des soins à domicile prodigués par l’équipe de votre CLSC local. Qu’en dites-vous? »

    « Quoi? Vous êtes en train de me dire que je vais mourir! »

    « Je sais madame, c’est terrible… » Et sur ce, il sorti son « pad » et rédigea à son intention une prescription d’Ativan…

    En sanglots, nous avons demandé que le nécessaire soit fait auprès du CLSC…


    « Bonjour, je suis le médecin Untel et je viens voir madame… »

    Ressorti de notre chambre après l’examen, il m’entraina à la cuisine :

    « Foutus oncologues de merde! Ce sont des « tabar… » de guerriers qui croient toujours devoir s’acharner! Cette chimio aurait dû cesser il y a longtemps! Votre femme, monsieur, ne fera pas dix jours! »

    Elle en a fait 19.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 28 septembre 2016 11 h 05

      Z'cusez: Tant qu'à causer médecins et pharmaceutiques, il y a ce détail qui soudain me revient.

      Quand le médecin qui était venu constater le décès est ressorti de la chambre, je pleurais adossé au mur de ladite chambre. Il me dit: "Vous êtes le conjoint? Bon courage! Prenez ceci!"

      C'était une prescription d'Ativan.

      Je l'ai "cri...." dans une poubelle, sa prescription, avant de quitter l'hosto.

    • Daniel Bérubé - Abonné 28 septembre 2016 21 h 14

      @ Mr. Chalifoux : Votre conclusion m'a fait penser à une note que je voyais et qui disait:
      " Attention de ne pas 'médicamenter' des émotions normales ".

      Le monde médical et pharmaceutique veulent enlever toutes formes de souffrance, même psychologique; mais un deuil doit se vivre, en profondeur, en toute conscience, souvent avec une souffrance proportionnel au bonheur vécu avec celle ou celui nous ayant quitté.

      Et moi aussi, je crois qu'il est important de "pouvoir se souvenir" de ces moments, même déchirants... mais qui font partie de la vie.

      Et félicitation pour le geste posé, résolu de vivre l'évènement dans toute sa profondeur.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 29 septembre 2016 08 h 04

      Mon mari qui souffrait d'un cancer au poumon demande au pneumologue s'il pourrait fumer quelques cigarettes et le médecin répond: "Au point où vous en etes, une de plus ou de moins ne changerait rien." et ce médecin se nommait Dr Blanche...

  • Hélène Gervais - Abonnée 28 septembre 2016 06 h 46

    Vous n'êtes pas orpheline ....

    Mme Blanchette, beaucoup pensent comme vous, moi la première. Votre livre réveillera plusieurs consciences j'en suis certaine. La mienne est déjà ouverte en ce qui concerne la chimio, c'est NON et advienne que pourra. Je fais confiance en mon corps.

    • Serge Morin - Inscrit 28 septembre 2016 10 h 47

      Quand vous aurez le cancer, on en reparlera. .....
      Ceux qui savent parlent peu.....

    • Maxime Parisotto - Inscrit 28 septembre 2016 16 h 58

      Si vous avez un cancer du sein hormono-dépendant, vous avez le choix:
      un traitement, donc 85% de chance de survivre.
      pas de traitement, donc 100% de chance de mourir.

      Bonne chance.

      Moi je sais et je vous en parle, madame! Ce n'est pas une opinion, mais des faits.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 29 septembre 2016 08 h 06

      La chimio rend l'agonie plus douce mais ne guérit pas le cancer. Elle fait du bien au porte-monnaie des fabricants tout comme les médicaments.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 29 septembre 2016 10 h 48

      Ça guérit...c'est comique de voir le monde contester des faits scientifiques établis.

      C'est drôle d'ailleurs, car tout le monde parle de chimio alors que la recherche tend à procurer au patients des traitements ciblés plus efficaces et moins toxiques.

      Mais bien sûr vous ne le savez pas...

  • Diane Bouchard - Abonnée 28 septembre 2016 06 h 57

    La médecine curative...

    Chère Josée, vous levez le voile sur une pratique que je dénonce depuis tant d'années.Ce que vous soulevez n'est que la pointe de l'iceberg.Il y a tant et tant à dire sur l'ominipotence d'une certaine médecine.J'ai oeuvré dans le domaine de santé pendant 20ans et ai y ai vu tant d'aberrations.Je salue votre courage.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 septembre 2016 09 h 56

      Alors madame...sans vous blesser...pourquoi seulement aujourd'hui?