Bibliothèques - Le club des voleurs de livres napolitain

Il faudra un jour un nouveau livre pour raconter cette histoire de livres anciens : Marino Massimo De Caro, ex-directeur de la plus ancienne bibliothèque de Naples, la Girolamini, a réussi à y subtiliser et à receler « quelques milliers » d’ouvrages.

 

La rapine comprend de très rares et très précieuses éditions des XVe, XVIe et XVIIe siècles de textes signés par Aristote, Descartes, Galilée et Machiavel. Le président de l’Association des libraires antiquaires d’Italie, Fabrizio Govi, parle tout bonnement du « plus grand scandale lié à des livres des 150 ou 200 dernières années ». L’affaire, découverte en 2012, se retrouve de nouveau devant les tribunaux. Le procès regroupe quatorze suspects, dont un prêtre.

 

L’ancien directeur a été condamné pour vol lors d’un procès précédent, l’hiver dernier. M. De Caro aurait été pendant un temps conseiller de l’ancien dirigeant Silvio Berlusconi sur le sujet des énergies renouvelables. Cette connexion politique explique peut-être comment un homme dans la trentaine, bibliophile autodidacte et sans diplôme d’études collégiales, a pu se retrouver l’an dernier à la tête d’une prestigieuse institution multicentenaire qu’il a vite commencé à piller. Marino Massimo De Caro se défend en disant qu’il cherchait à vendre des ouvrages pour financer la restauration de la bibliothèque. Il dit aussi que les vols avaient commencé avant sa nomination. Le total exact des pertes demeure nébuleux et le demeurera probablement, puisqu’il n’existe pas d’inventaire complet des collections de la Girolamini.


Omerta

 

La police a réussi l’an dernier à retrouver des centaines de livres dérobés puis stockés dans un entrepôt de Vérone. D’autres ont à coup sûr été écoulés vers des acheteurs par un vaste réseau de marchands complices. Car cette affaire soulève de sérieuses questions sur l’éthique de la librairie ancienne. « Le marché international, sans même ciller d’un oeil, a absorbé des livres en sachant clairement qu’ils provenaient de la bibliothèque Girolamini, a commenté le procureur napolitain Giovanni Melillo au New York Times. La règle de ne rien demander et de ne rien dire domine le marché des livres rares. »

 

La Biblioteca dei Girolamini, ouverte au public en 1586, contient environ 160 000 livres, principalement anciens. On y retrouve — enfin, on y retrouvait… — quelque 120 incunables et 5000 cinquicentine, ces ouvrages imprimés au XVIe siècle. Le tremblement de terre de 1980 a entraîné la fermeture de l’établissement, qui est depuis laissé dans un état de délabrement.