Littérature jeunesse - La bédé fait son entrée à l'École des loisirs

Lâchez une bande d'enfants dans une bibliothèque, et vous retrouverez la très grande majorité d'entre eux à quatre pattes dans le rayon des bandes dessinées. Plantez un enseignant ou un parent du modèle le plus courant dans le décor, et vous l'entendrez pousser un soupir agacé, pestant à l'idée que les jeunes lecteurs ont préféré la facilité à la littérature.

Pourtant, Christian Poslaniec, auteur et chercheur à l'INRP, l'Institut national de recherche pédagogique, en France, ne croit pas que la bédé soit une lecture de paresseux. «La bédé est encore perçue comme un loisir, alors que c'est une lecture aussi complexe que n'importe quel livre, explique-t-il dans une entrevue disponible sur le site de la maison d'éditions l'École des loisirs. La lecture d'i-mages, d'une part, la lecture de la parole dans les bulles, ou phylactères, d'autre part, c'est aussi compliqué que de lire un roman et d'en comprendre les sous-entendus.»

Le monsieur n'est pas seul à penser que le 9e art est davantage qu'un sous-produit commercial du dieu roman épuisant nos forêts pour mieux abêtir notre progéniture. C'est, entre autres, aussi l'avis de la direction éditoriale de l'École des loisirs. À preuve, la maison d'édition jeunesse la plus littéraire de l'Hexagone lance «Mille bulles», collection de bandes dessinées destinée aux 6-10 ans. Pour inaugurer son catalogue, la vénérable maison (dont la crédibilité fait sourire d'aise l'enseignant et le parent du modèle le plus courant) reprend, dans un format poche et une reliure souple, certains titres choisis parmi les publications des plus grands éditeurs de BD jeunesse (Casterman, Delcourt, Dargaud, Dupuis, Le Lombard...).

Critères et standards


Les titres sélectionnés doivent répondre à certains critères de format, puisque les planches originales sont simplement réduites, et non pas remontées, afin de respecter la maquette de la collection, mais il va sans dire que la qualité des textes et des illustrations doit aussi être à la hauteur des standards de la maison. «Mille bulles» entend offrir aux enfants des oeuvres diversifiées, du plus classique au plus contemporain, ouvrant du coup autant de chemins vers le bonheur de lire.

Six titres ouvrent le bal des bulles. Monsieur Blaireau et Madame Renarde, de Brigitte Luciani et Ève Tharlet, et Louisette la taupe. Rapidissimo s'inscrivent dans ce que Christian Poslaniec appelle les fictions anthropomorphiques classiques. Un genre qu'on rencontre très fréquemment dans l'album traditionnel (très prisé par l'enseignant et le parent du modèle le plus courant...). Ludo. Tranches de quartier, de Bailly, Mathy et Lapière, et Max et Zoé dans la grosse bêtise racontent des histoires ancrées dans la réalité qui reflètent les préoccupations quotidiennes des enfants. Étoile, le petit cirque, de Rascal et Peter Elliott, plonge les jeunes lecteurs dans un univers plus poétique où les étranges artistes d'un cirque itinérant recueillent un petit orphelin qu'ils rebaptisent Étoile. Le vieil homme ou le serpent?, de Toni et Slade Morrison et Pascal Lemaître, se rapproche quant à lui du conte philosophique.

Bref, «Mille bulles» propose un éventail d'univers, d'approches narratives et de styles graphiques dont la teneur artistique n'a rien à envier au plus noir et blanc des romans. N'en déplaise à... vous savez qui...

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Arsenul - Inscrit 18 avril 2010 09 h 12

    un grand merci

    Bonjour mme Tremblay,
    Sachez tout d'abord que j'ai fait la rencontre de votre collègue Steve Beshwaty lors de l'Événement LIvres en fête! à la sortie de Floup et le parapluie, quel type sympathique. Autant que votre floup. Cette série chez nous est adulé. Je lis un Floup au moins 5 fois par semaine depuis près de trois ans et je ne m'en lasse pas. Bravo! Je vous écris aussi pour vous remerciez de cet arme de conviction que vous publiez. Voyez vous je suis enseignant responsable de la qualité de la langue pour la commission scolaire René Lévesque. Je tente par tou sles moyens de faire entrer la BD dans les classe de certaines vieilles dames à la réforme difficile. Elles acceptent les séries dont les auteurs sont morts depuis 30 ans, mais les nouvelles séries actuelles, vivantes et tellement intéressantes moins. Avec un article comme le votre, qui sera affiché dans les 33 écoles primaires de notre commission en Gaspésie, j'espère dérider les fesses de ces instutrices et leur donner le goût de changer de rayon à la librairie. Donc encore une fois merci,au plaisir de se rencontrer unjour avec mes enfants qui d'ici là auront le temps de vous lire 2956 fois avec un plaisir toujours renouvellé.
    Dany Arsenault
    enseignant en 6e année, responsable du comité qualité de la langue, collectionneur de BD et père de 4 enfants