Numérisation du patrimoine - La France traitera d'égal à égal avec Google

La tension s'estompe entre la France et Google concernant la numérisation du patrimoine français. Le gouvernement Sarkozy annonçait lundi un investissement de 750 millions d'euros (1,2 milliard de dollars) destiné à cette fin, gardant ainsi le contrôle de la vaste opération de numérisation convoitée par le géant américain.

L'enveloppe réclamée par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, depuis plusieurs semaines servira à numériser tant les oeuvres littéraires que les documents historiques et les archives audiovisuelles.

Elle concrétise aussi la volonté du gouvernement français de ne pas céder la maîtrise de son patrimoine à Google, qui a entrepris de numériser des millions de livres pour sa bibliothèque virtuelle Google Books. La France peut ainsi poursuivre le travail déjà accompli. Selon le ministre de la Culture, le Louvre a déjà numérisé 85 % de ses oeuvres, le Centre national de la cinématographie (CNC) a numérisé 13 000 films et 70 000 oeuvres audio. D'autres établissements ont bien amorcé le travail, comme la Bibliothèque nationale de France avec Gallica.

L'expertise du géant américain n'est toutefois pas complètement exclue puisque le projet de numérisation français sera réalisé en vertu d'un «grand partenariat public-privé», selon les termes du président, et que la France est prête à discuter avec Google, d'égal à égal cette fois.

Les détails de ce partenariat dépendront des résultats de la commission Tessier, chargée d'évaluer les risques et avantages d'un partenariat avec un géant du numérique comme Google ou avec une autre entreprise privée, tout en tenant compte de l'indépendance nationale en matière de culture. La France a une forte tradition de respect envers les droits d'auteur.


Le prérapport favoriserait Google

Selon le quotidien français La Tribune, le prérapport Tessier favoriserait le partenariat avec Google, les solutions alternatives, notamment celles émanant du régime public, ayant été «balayées pour manque de performance». Ce rapport a été commandé dans la foulée de la polémique provoquée en août par l'éventualité d'un accord entre Google et la Bibliothèque nationale de France en vue de numériser ses collections.

L'annonce des 750 millions d'euros destinés à la numérisation du patrimoine français s'inscrivait dans le contexte plus vaste du plan de relance économique du gouvernement français. Le président Nicolas Sarkozy a alors fait part d'investissements de 35 milliards d'euros consacrés à cinq priorités: l'enseignement supérieur et la formation (11 milliards), la recherche (8 milliards), l'industrie et les PME (6,5 milliards), le développement durable (5 milliards) et le numérique (4,5 milliards).
1 commentaire
  • Jean de Cuir - Abonné 16 décembre 2009 11 h 14

    Quelques notes

    Quelques notes sommaires. Il me semble que l’ existence d’ une bibliothèque universelle est doréavant possible. Je profite beaucoup des livres numérisés, car cela favorise énormément la recherche, surtout lorsqu’il s’ agit d’ouvrages des siècles précédents. Tous les volumes qui ne sont pas régis par les droits d’ auteur -- différents selon les pays il semble -- devraient être accessibles. Un des problèmes que je vois, c’ est l’absence d’ une bonne classification. D’ autre part, il y a les questions de fiabilité et de complétude(sic): si on numérise une oeuvre qui comporte plusieurs volumes, on devrait faire en sorte que tous les volumes ou tomes sont accessibles. D’autre part, quelles sont les règles de recherche. Est-ce que le coût de l’accessibilité d’ouvrages régis par les droits d’ auteur est bien réparti si c’ est une entreprise privée qui numérise? De quel droit cette entreprise impose un coût à l’accessibilité sans le consentement des auteurs? Est-ce que l’ industrie du livre-- les librairies en particulier -- souffriront de la vente de livre par , disons Google -- qui a presqu’ un monopole? En somme faut-il refaire l’ histoire des bibliothèques? Faut-il s’ interroger sur qui a autorité pour créer ce type d’”espace” de culture? La question du monopole m’ apparaît fondamental quand il s’agit de l’accès à l’ “information”> Quelle est la nature du livre? Est-ce qu’il y aura un contrôle sur qui lit quoi? Est-ce qu’il y aura censure, et par qui, selon quelle autorité? Finalement, est-ce qu’ il y a un contrôle autocratique par une corporation qui menacerait l’échange libre des idées par les oeuvres ? Peut-on permettre qu’ une seule corporation contrôle une large portion de l’héritage mondial des idées véhiculées par les livres? Voir l’ excellent article de Robert Darnton dans le New York Review of Books, 17 décembre, p. 82-84.