Philosophie - L'État sans la nation...

Manifestation de travailleurs illégaux mexicains à Los Angeles
Photo: Pascal Ratthé Manifestation de travailleurs illégaux mexicains à Los Angeles

Payot & Rivages nous offre sous le titre L'État global la transcription d'une rencontre en séminaire entre Judith Butler et Gayatri Spivak, tenue à l'Université de Californie (Irvine) en 2006 et portant sur la question du post-nationalisme. On y trouve les interventions successives des oratrices, suivi d'un court échange avec le public.

Ce texte, qui n'est malheureusement pas représentatif de la qualité du travail de la théoricienne du genre ni de celui de la penseuse de l'écoféminisme postcolonial, pose néanmoins une question très importante de la philosophie politique contemporaine: quel est l'avenir de l'État-nation comme forme politique? Et plus précisément: comment penser l'État sans la nation? Selon Butler et Spivak, deux phénomènes historiques convergents font de cette question une urgence politique et philosophique.

Dangers et caducité de l'État-nation

Premièrement, comme le propose Butler dans son analyse qui reprend largement les propos de Hannah Arendt, l'État national a été, au XXe siècle, synonyme d'exclusion et d'apatridie. En effet, le mode d'appartenance national à l'État a historiquement fondé la capacité des États à refuser l'accession à la citoyenneté de personnes et de groupes — c'est-à-dire que ce lien entre État et nation a été la formule politique qui a rendu possible le dépouillement du «droit d'avoir des droits». C'est au premier chef l'État-nation, vicié dans son fondement même, qui a créé les conditions contemporaines de l'apatridie. Cette analyse pousse Butler, fascinée par les travailleurs illégaux mexicains en Californie qui ont manifesté en chantant l'hymne national américain en espagnol, à poser la nécessité et l'urgence de réfléchir à des «modes non nationalistes d'appartenance».

Deuxièmement, c'est Spivak qui cette fois le pose ainsi, les conditions actuelles du capitalisme global rendent doublement impossible le lien entre l'État et la nation. D'abord, phénomène connu, les migrations en masse des travailleurs minent la cohérence culturelle des nations. Ensuite, les États se sont déjà de facto dégagés de la nation comme creuset des demandes politiques en devenant des «États gestionnaires aux priorités régulées par la globalisation». Ces États, qui trouvent l'impulsion de leur action politique dans le marché et non dans la nation, créent des conditions dans lesquelles certaines demandes, par exemple «des demandes d'eau potable pour les pauvres», ne sont pas formulées.

Dans ces conditions, Spivak suggère que les entités culturelles pertinentes pour articuler ces demandes sont régionales plutôt que nationales, et que ce contexte est propice à une reformation des identités politiques autour d'une critique du capitalisme global et de la revendication d'un nouveau rôle pour l'État dénationalisé: «L'État est une structure abstraite minimale que nous devons protéger parce qu'elle est notre alliée. Ce devrait être l'instrument de la redistribution. Cette fonction fondamentale a été tronquée dans l'État global.» C'est ce que la théoricienne et militante appelle le régionalisme critique.

Ce dialogue, quoique riche de possibilités théoriques et politiques, nous arrive en un médiocre vaisseau. Le texte des interventions présente des argumentations mal ficelées, des réflexions non abouties, et fait un usage parfois obscur des auteurs. Le texte présente par ailleurs tous les défauts littéraires de la transcription d'une joute orale, de surcroît traduite de l'anglais au français (absence de style, confusion des propos, sens ambigu de certaines phrases). Sans doute l'importance des interlocutrices en présence dans le monde anglo-saxon en général, qui est inversement proportionnelle à la pénétration de leurs écrits chez les publics francophones, justifie-t-elle, à elle seule, la publication de cet ouvrage (il faut tout de même noter que Payot & Rivages, Amsterdam et La Découverte ont fait ces dernières années un travail appréciable à cet égard).

Et par-delà les textes, les questions demeurent.

Collaboratrice du Devoir

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L'ÉTAT GLOBAL

Judith Butler et Gayatri Chakravorty Spivak, Traduit de l'anglais par Françoise Bouillot, Payot & Rivages, Paris, 2007, 112 pages
  • Dominic Pageau - Inscrit 15 mars 2008 01 h 56

    Tout ça est en ligne directe avec le nouvel age, l'avenir des nations de Alice A Bailey

    On veut une religion mondiale, qui englobe toutes les religions qui vont avoir été préalablement aseptisées de tout les éléments qui pourraient causé des frictions entre elles. Il faut aussi un gouvernement mondial, pour éviter tout conflit d'ordre national, un système judiciaire mondial et un système économique mondial.

    Bref, il nous faut un monde sans liberté et sans diversité où tout va être dicté d'en haut. Un monde où on est plus un membre d'une famille, un habitant d'une ville, un habitant d'une province ou d'un état, un habitant d'un pays et membre d'une nation, non, on veut un monde où on est citoyen du monde. On veut atomisé l'homme à sa plus simple expression, l'éloigné de tout sous groupe pour qu'il embrasse le grand groupe, le seul groupe, le tout. Individualisé pour globalisé, pour unifié, pour emprisonné dans une utopie contraignante.

    Et tout va en ce sens, l'école pour les étudiants les plus doués, c'est l'école internationale, n'est-ce pas étrange? On dénigre la famille et on fait en sorte que l'État et la communauté prenne en charge les enfants, on enterre nos racines catholiques et on enseigne toutes les religions épurées de leur ames à l'école. On réécrit notre histoire en y gommant les conflits entre Anglais et Français.

    C'est pas surprenant que cette prise de position vienne d'une ÉCO FÉMINISTE parce que le mouvement vert et le mouvement féministe sont tous les deux des outils de ceux qui veulent le gouvernement mondial. La famille dite traditionnelle est une menace, elle fait en sorte qu'on va privilègier certains au détriment de d'autres personnes. Ça va faire en sorte que d'autres personnes, autres que la communauté vont influencer les enfants. Ça fait en sorte que la famille peut être un coccon pour se couper du monde exterieur. Non, ce qu'on veut, c'est des individus avec des relations sociales instables, ça a moins le temps de réfléchir.

    Pis les verts et bien, on voit bien qu'ils sont centralisateurs, ils veulent que toutes les mesures soient globales et imposées à tous. On décide pour vous et si on déicide que le CO2 est dangereux et qu'on veut lui attribuer un prix, fermez vous là et payez!

    C'est pas l'État nation qui est dangereux et caduc, c'est le gouvernement mondial qui est proposé.

    Les alters mondialistes, c'est des mondialistes quand même !

  • Yvon - Inscrit 15 mars 2008 08 h 06

    Stylo n'est pas style.

    « la penseuse... », mais c'est du Renoir pas de la philosophie? Pour le reste, article mal écrit, trop brouillon.