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Detlev Mehlis dépose son rapport à l'ONU - La Syrie et le Liban sont impliqués dans le meurtre d'Hariri

N/A ZZZN/A   21 octobre 2005  Proche-Orient
New York — Des responsables syriens et libanais de haut rang, voire même le président libanais Émile Lahoud, sont impliqués dans l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, estime le rapport de la commission indépendante d'enquête de l'ONU rendu public hier.

Il y a des «preuves concordantes» d'une implication des deux pays, indique le rapport publié sous la direction du procureur allemand Detlev Mehlis et chargé de faire la lumière sur l'attentat au camion piégé qui a coûté la vie à Hariri et 20 autres personnes le 14 février dernier.

L'enquête a établi que «de nombreux indices désignent directement des responsables syriens de la sécurité comme étant impliqués dans l'assassinat», lit-on dans le rapport présenté au Conseil de sécurité des Nations unies.

En conséquence, estiment les enquêteurs dirigés par Detlev Mehlis, il incombe maintenant à la Syrie «de clarifier une très grande partie des questions non résolues».

Les gouvernements syriens et libanais n'ont pas réagi dans l'immédiat. La semaine dernière, le président syrien Bachar Al Assad avait affirmé que son pays était «100 % innoncent».

La commission Mehlis indique que les éléments qu'elle a pu rassembler montrent que l'attentat qui a tué Hariri et des membres de son escorte à Beyrouth avait été mené par un groupe disposant d'une organisation et de ressources «considérables».

«Le crime avait été préparé sur une durée de plusieurs mois», lit-on encore dans le rapport qui a été remis hier matin au secrétaire général des Nations unies Kofi Annan qui l'a transmis dans la soirée aux 15 membres du Conseil de sécurité et au gouvernement libanais.

«On peut vraisemblablement penser que la décision d'assassiner [Hariri] n'aurait pas pu être prise sans l'approbation de hauts responsables syriens de la sécurité et n'aurait pas pu être ensuite organisée sans la connivence de leurs homologues des services de sécurité libanais», affirme le rapport. «C'est un fait bien connu que le renseignement militaire syrien a eu une présence envahissante au Liban au moins jusqu'au retrait des forces syriennes à la suite de la résolution 1559. Les anciens hauts responsables de la sécurité au Liban étaient désignés par lui», dit-il.

«Vu l'infiltration des institutions et de la société libanaises par les services de renseignement syrien et libanais oeuvrant en tandem, il serait difficile d'imaginer un scénario où un complot en vue d'un assassinat aussi complexe aurait pu être mené à leur insu», ajoute-t-il.

«On peut raisonnablement penser que la décision [d'assassiner Rafic Hariri] n'aurait pu être prise sans l'approbation de responsables de haut niveau de la sécurité syrienne et n'aurait pu être organisée sans la complicité de leurs homologues au sein des services de sécurité libanais», poursuit M. Mehlis.

«Le motif de l'assassinat était probablement politique», ajoute-t-il. «Toutefois, comme le crime n'a pas été l'oeuvre d'individus mais plutôt d'un groupe aux moyens perfectionnés, il est fort possible que la fraude, la corruption et le blanchiment d'argent aient également constitué des raisons pour certaines personnes de participer à l'opération», poursuit le texte.

Parmi les noms des personnes citées par le rapport comme ayant participé au complot figurent Ahmad Abdel-Al, membre du groupe islamiste Ahbach au Liban dont les liens avec les autorités syriennes sont anciens et étroits.

Ahmad Abdel-Al a eu de nombreux contacts avec la sécurité publique libanaise le jour de l'attentat, et notamment avec le brigadier général Fayçal Rachid,

responsable de la sécurité publique à Beyrouth.

«Il a passé un appel quelques minutes avant l'explosion, à 12h47, sur le téléphone mobile du président libanais Émile Lahoud», indiquent les enquêteurs.

Les mouvements et les horaires de l'escorte d'Hariri avaient été étroitement surveillés et enregistrés en détail avant l'attentat, indique le rapport.

«Grâce à la mise sur écoute permanente des lignes téléphoniques de M. Hariri, les services de sécurité et de renseignement syriens et libanais étaient restaient informés de ses déplacements et de ses contacts.»

M. Mehlis affirme également que des responsables syriens, y compris le ministre des Affaires étrangères, Farouk al-Chareh, ont «tenté d'égarer ses recherches».

«Tandis que les autorités syriennes, après une hésitation initiale, ont coopéré dans une certaine limite, [...] plusieurs personnes interrogées ont tenté d'égarer nos recherches», dit-il.

«La lettre adressée à la commission par le ministre des Affaires étrangères de la République arabe syrienne s'est révélée contenir des informations fausses», accuse-t-il.

L'assassinat de Rafic Hariri avait plongé le Liban dans la crise. De nombreux Libanais avaient imputé le crime à la Syrie, pays voisin du Liban qui a exercé une tutelle sur son petit voisin pendant trois décennies. Damas a toujours nié toute implication.

Le crime avait également causé un tollé dans le monde et accéléré le départ des forces syriennes du Liban, ce qui était l'une des exigences de la résolution 1559 du Conseil de sécurité.

Le rapport Mehlis a été transmis hier aux 15 pays membres du Conseil de sécurité, ainsi qu'au Liban, a indiqué l'ONU. Dans une lettre d'accompagnement, M. Annan indique son intention de demander au Conseil l'extension jusqu'au 15 décembre du mandat de la commission Mehlis, comme l'a demandé le gouvernement libanais. Le Conseil a prévu une réunion publique ainsi que des consultations à huis clos sur le Liban mardi.






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