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«Ce n'est qu'un début»

26 août 2005  Proche-Orient
Photo : Agence Reuters
Gaza — Alors que l'armée israélienne a évacué l'ensemble des civils vivant dans les colonies de Gaza, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dit Abou Mazen, répond aux questions de Libération.

— Le retrait de Gaza est-il une victoire palestinienne ou une décision stratégique israélienne?

Le retrait n'est une victoire ni palestinienne ni israélienne. C'est une victoire de la paix, pour tous, Israéliens comme Palestiniens, car nous avons repris le dialogue, remis le processus de paix sur ses rails. Ce retrait n'est qu'un début.

— Rien n'est pourtant prévu quand à l'avenir des colonies de Cisjordanie.

Nous aurons des discussions sur ce point. Les colonies sont illégales en Cisjordanie comme elles le sont à Jérusalem et à Gaza. Elles sont illégales au regard des résolutions des Nations unies et de la Feuille de route [plan de paix soutenu par le quartette États-Unis, Russie, UE et ONU]. Si on dit vouloir mettre fin à l'occupation, cela implique de poursuivre le retrait. Quand la communauté internationale parle d'un État palestinien indépendant, elle y inclut la Cisjordanie. Cela signifie que les Israéliens doivent en retirer leurs colonies.

— Des responsables israéliens disent abandonner Gaza pour mieux conserver les colonies de Cisjordanie.

S'ils croient cela, ce serait une grosse erreur. Si les Israéliens veulent la paix, ils doivent comprendre qu'ils doivent mettre fin à l'occupation des territoires palestiniens pris en 1967. C'est d'ailleurs la position de George W. Bush, qui a critiqué l'extension des colonies et réclamé la fin de l'occupation des territoires de 1967. Nous devons travailler avec les Américains à convaincre les Israéliens.

— D'autres terres viennent d'être saisies pour étendre la barrière de sécurité.

C'est l'un de nos problèmes essentiels. Nous devons absolument discuter de l'avenir de la Cisjordanie avec les Israéliens via les Américains car les États-Unis ont annoncé leur détermination à voir un gel de la colonisation. C'est exactement ce qu'a déclaré Bush, rappelant leurs promesses aux Israéliens. Nous devrons bien sûr parler avec les Israéliens, mais la pression doit venir des États-Unis et de l'Europe.

— Un tabou a-t-il été brisé avec le retrait de Gaza?

Cela dépendra du comportement du gouvernement israélien à l'avenir.

— Pensez-vous que Sharon peut aller plus loin sans heurter son opinion?

Je ne sais pas. Je sais qu'il doit faire face à des difficultés. Je comprends ses difficultés. Mais je ne sais pas s'il utilisera ces difficultés comme une excuse ou pas. Je pense qu'il peut aller plus loin. Il a prouvé qu'il pouvait le faire. Mais je ne sais pas jusqu'où il peut aller.

— Comment revenir aux négociations, à la Feuille de route?

Nous reprendrons les discussions quand les soldats israéliens auront fini d'évacuer Gaza. Pour l'heure, les troupes sont toujours là, peut-être pour un mois. Elles pourraient partir plus vite. Nous retournerons à la Feuille de route dès leur départ. Nous avons beaucoup à faire pour appliquer l'accord de Charm el-Cheikh, qui prévoit le retrait des villes de Cisjordanie, le retour des exilés et la libération des prisonniers.

— Êtes-vous prêts à prendre le contrôle des terres évacuées et que comptez vous en faire?

Bien sûr, nous sommes prêts. Nous avons de nombreux projets économiques. Nous avons besoin de l'aide de la communauté internationale pour améliorer le quotidien des Palestiniens, surtout les chômeurs. Nous avons des projets immobiliers et agricoles. La population doit sentir une amélioration rapide.

— Avez-vous obtenu la garanties que Gaza dispose d'un aéroport, d'un port et d'accès à l'Égypte ou Israël?

Il est crucial pour nous d'obtenir le contrôle de ces points de passage, ou cela signifiera que Gaza restera une grande prison. En ce qui concerne le port, pas de problèmes. Les Israéliens en acceptent la construction et nous allons commencer les travaux d'ici quelques semaines. L'aéroport est toujours en discussion. Les Israéliens sont toujours réticents et ne veulent pas nous laisser le reconstruire. Nous avons aussi des négociations sur l'ouverture d'un terminal international à Rafah. Les Égyptiens vont nous aider et les Américains nous ont assuré que c'était leur objectif et qu'ils nous soutiendraient. Nous avons donc des garanties, au moins de la part des États-Unis. Nous avons suggéré que les Palestiniens contrôlent ce côté de la frontière et les Égyptiens l'autre. Si Israël a encore des doutes, nous pourrons demander l'aide d'un troisième partenaire.

— Et si Sharon veut une position de la communauté internationale disant qu'il a commencé à appliquer les résolutions de l'ONU?

Est-ce suffisant? Je ne le crois pas. Ce n'est qu'un début. Il lui reste beaucoup à faire pour revenir à la Feuille de route. Démanteler vingt et une colonies ici et quatre là en disant que c'est désormais à notre tour de tout faire, ça ne marchera pas.

— La communauté internationale vous demande de désarmer le Hamas.

Nous traitons avec le Hamas et les autres factions à notre façon. Le Hamas respecte le cessez-le-feu, a accepté de participer aux législatives, s'est présenté aux municipales. Ses dirigeants s'intègrent à la vie politique palestinienne. Je pense qu'à l'avenir, ils vont transformer le mouvement en un parti. C'est notre objectif quand nous plaidons pour que soit reconnue une autorité unique disposant de l'exclusivité de la force et de la légalité.

— Le Hamas dit avoir perdu confiance en vous et votre gouvernement.

Nos rapports n'ont rien à voir avec la confiance ou la méfiance. La question est de savoir dans quel cadre nous agissons. Depuis cinq ans, nous avons établi des bases de travail. Les chefs du Hamas sont parfois furieux contre une chose ou une autre, mais dans la pratique, ils participent au comité que nous avons mis en place avec l'ensemble des partis et factions pour gérer le processus de retrait. Et ça marche.

— Si les islamistes remportent les législatives, entreront-ils au gouvernement?

Le Hamas participera aux élections et, s'il les remporte, pourquoi pas? Si nous voulons bâtir une démocratie, nous devons accepter toutes ses conséquences.






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