Le Liban émerge enfin de la crise
Chrétien maronite et garant de la neutralité de l'armée dans la crise politique que le Liban traverse depuis dix-huit mois, le général Michel Sleimane a été élu hier à la présidence du pays par les députés, comme prévu par l'accord de Doha de partage du pouvoir et de réconciliation entre pro et antisyriens. Une nomination qui ouvre la voie à une plus grande stabilité, quoique précaire, au Pays du Cèdre.
Le vote avait été reporté 19 fois depuis le départ du président pro-syrien Emile Lahoud à l'expiration de son mandat, le 23 novembre dernier. Le Parlement n'a plus siégé depuis plus d'un an et demi. Pour autant, cela faisait un certain temps déjà que la majorité au pouvoir et l'opposition s'étaient mises d'accord sur le nom de Sleimane comme candidat de consensus. Le chef des armées a ainsi recueilli les voix de 118 des 127 législateurs votants hier, avec six bulletins blancs et trois nuls, selon le président de l'Assemblée nationale, le chiite Nabih Berri.
Maintenant qu'il est à la présidence, son principal défi sera de tenter de réconcilier la majorité parlementaire et l'opposition. Il devra aussi s'attaquer aux questions en suspens qui menacent la cohésion du Liban, à commencer par le désarmement du Hezbollah. La milice chiite, qui combattait alors la présence israélienne au Sud-Liban, a été la seule autorisée à conserver ses armes après la fin de la guerre civile. Mais ses adversaires réclament aujourd'hui son désarmement.
L'homme neutre
L'annonce de l'élection de Michel Sleimane, vécue par beaucoup de Libanais comme une promesse de normalisation, a été saluée à Beyrouth par des tirs de joie, quelques explosions se faisant également entendre.
À Amchit, le fief du nouveau président au nord de la capitale, où la séance du Parlement était retransmise sur écran géant, des scènes de liesse étaient également signalées.
Élu pour réconcilier deux camps diamétralement opposés — la majorité antisyrienne soutenue par l'Occident et l'Arabie saoudite, et l'opposition conduite par le Hezbollah, proche de l'Iran et de la Syrie —, Michel Sleimane a appelé les Libanais à l'unité dans sa prestation de serment. «Je vous appelle, politiciens et citoyens, à entamer une nouvelle phase appelée le Liban et les Libanais, afin de réaliser les intérêts de la nation», a-t-il lancé, en présence de plusieurs dignitaires étrangers. Des chefs de diplomatie de pays arabes ou européens, parmi lesquels le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, assistaient à la séance.
Il s'est en outre prononcé pour l'établissement de «liens fraternels entre le Liban et la Syrie dans le contexte du respect mutuel de la souveraineté et des frontières de chaque pays, ainsi qu'à des relations diplomatiques qui soient bénéfiques pour les deux pays».
Avant de devenir à 59 ans le seul candidat de compromis à la magistrature suprême du Pays du Cèdre, le général Sleimane aura traversé de nombreuses crises au cours de ses neuf années à la tête de l'armée. Son grand talent aura été de maintenir l'unité et l'impartialité de l'institution ces trois dernières années, alors que le Liban semblait sombrer dans la guerre civile.
Certains membres de la majorité parlementaire ont certes reproché au commandant en chef de l'armée d'abuser de sa neutralité, notamment lorsque le Hezbollah imposait sa loi dans des quartiers sunnites de Beyrouth. Mais le troisième général à accéder à la présidence du Liban depuis l'indépendance en 1943 a fait valoir que sa position avait permis de prévenir d'autres bains de sang et de préparer le terrain à l'accord de Doha. La majorité antisyrienne et l'opposition emmenée par le Hezbollah sont parvenues à un accord mercredi au Qatar pour tenter de sortir le Liban de sa crise politique aiguë. Le pays a failli basculer de nouveau dans la guerre entre factions, comme en 1975-90, lors de combats de rue qui ont fait 67 morts la seule semaine dernière.
L'accord de Doha est avantageux pour le Hezbollah, qui obtient 11 ministres dans un nouveau gouvernement d'unité nationale contre 16 à la majorité antisyrienne, et bénéficiera d'un droit de veto sur les décisions du gouvernement. Il prévoit la formation d'un gouvernement d'union nationale et l'élaboration d'une nouvelle loi électorale avant les élections législatives de 2009. Le départ des six ministres proches du Parti de Dieu avait marqué un tournant dans la crise en juin 2006, paralysant l'exécutif.
Nommé commandant en chef de l'armée libanaise en décembre 1998, alors que la Syrie contrôlait le Liban, Sleimane a été étroitement associé aux préparatifs du retrait, sous la pression libanaise et internationale, des forces syriennes en 2005 après l'assassinat de Rafic Hariri et a supervisé le redéploiement de l'armée dans tout le Liban. Parlant couramment l'anglais et le français de même que l'arabe, Sleimane est né dans le village chrétien d'Amchit.
Réactions positives
La communauté internationale a salué l'arrivée de M. Sleimane à la présidence libanaise. Malgré son opposition à cet accord qui fait, selon lui, la part trop belle au Hezbollah, le président américain, George W. Bush, a félicité Michel Sleimane pour son élection. «Je suis sûr que le Liban s'est choisi un leader soucieux de protéger sa souveraineté, d'étendre l'autorité du gouvernement sur tout le [pays] et de se conformer aux résolutions du conseil de sécurité des Nations unies», a-t-il souligné dans un communiqué.
De son côté, le président français, Nicolas Sarkozy, se «réjouit vivement que cette élection mette un terme à la période difficile que le Liban vient de traverser» et espère se rendre «très prochainement» à Beyrouth. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, a espéré que cette élection présagera d'un retour au dialogue et d'un renouveau des institutions libanaises.
Le Canada a dit pour sa part soutenir le président Sleimane et le gouvernement du Liban devant les «défis» de «la stabilité, de la sécurité, de la croissance économique et de la pleine mise en oeuvre de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU telles que le désarmement de tous les groupes non gouvernementaux», selon ce qu'a affirmé Stephen Harper, en référence au mouvement chiite Hezbollah considéré comme une organisation terroriste par Ottawa.
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Le vote avait été reporté 19 fois depuis le départ du président pro-syrien Emile Lahoud à l'expiration de son mandat, le 23 novembre dernier. Le Parlement n'a plus siégé depuis plus d'un an et demi. Pour autant, cela faisait un certain temps déjà que la majorité au pouvoir et l'opposition s'étaient mises d'accord sur le nom de Sleimane comme candidat de consensus. Le chef des armées a ainsi recueilli les voix de 118 des 127 législateurs votants hier, avec six bulletins blancs et trois nuls, selon le président de l'Assemblée nationale, le chiite Nabih Berri.
Maintenant qu'il est à la présidence, son principal défi sera de tenter de réconcilier la majorité parlementaire et l'opposition. Il devra aussi s'attaquer aux questions en suspens qui menacent la cohésion du Liban, à commencer par le désarmement du Hezbollah. La milice chiite, qui combattait alors la présence israélienne au Sud-Liban, a été la seule autorisée à conserver ses armes après la fin de la guerre civile. Mais ses adversaires réclament aujourd'hui son désarmement.
L'homme neutre
L'annonce de l'élection de Michel Sleimane, vécue par beaucoup de Libanais comme une promesse de normalisation, a été saluée à Beyrouth par des tirs de joie, quelques explosions se faisant également entendre.
À Amchit, le fief du nouveau président au nord de la capitale, où la séance du Parlement était retransmise sur écran géant, des scènes de liesse étaient également signalées.
Élu pour réconcilier deux camps diamétralement opposés — la majorité antisyrienne soutenue par l'Occident et l'Arabie saoudite, et l'opposition conduite par le Hezbollah, proche de l'Iran et de la Syrie —, Michel Sleimane a appelé les Libanais à l'unité dans sa prestation de serment. «Je vous appelle, politiciens et citoyens, à entamer une nouvelle phase appelée le Liban et les Libanais, afin de réaliser les intérêts de la nation», a-t-il lancé, en présence de plusieurs dignitaires étrangers. Des chefs de diplomatie de pays arabes ou européens, parmi lesquels le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, assistaient à la séance.
Il s'est en outre prononcé pour l'établissement de «liens fraternels entre le Liban et la Syrie dans le contexte du respect mutuel de la souveraineté et des frontières de chaque pays, ainsi qu'à des relations diplomatiques qui soient bénéfiques pour les deux pays».
Avant de devenir à 59 ans le seul candidat de compromis à la magistrature suprême du Pays du Cèdre, le général Sleimane aura traversé de nombreuses crises au cours de ses neuf années à la tête de l'armée. Son grand talent aura été de maintenir l'unité et l'impartialité de l'institution ces trois dernières années, alors que le Liban semblait sombrer dans la guerre civile.
Certains membres de la majorité parlementaire ont certes reproché au commandant en chef de l'armée d'abuser de sa neutralité, notamment lorsque le Hezbollah imposait sa loi dans des quartiers sunnites de Beyrouth. Mais le troisième général à accéder à la présidence du Liban depuis l'indépendance en 1943 a fait valoir que sa position avait permis de prévenir d'autres bains de sang et de préparer le terrain à l'accord de Doha. La majorité antisyrienne et l'opposition emmenée par le Hezbollah sont parvenues à un accord mercredi au Qatar pour tenter de sortir le Liban de sa crise politique aiguë. Le pays a failli basculer de nouveau dans la guerre entre factions, comme en 1975-90, lors de combats de rue qui ont fait 67 morts la seule semaine dernière.
L'accord de Doha est avantageux pour le Hezbollah, qui obtient 11 ministres dans un nouveau gouvernement d'unité nationale contre 16 à la majorité antisyrienne, et bénéficiera d'un droit de veto sur les décisions du gouvernement. Il prévoit la formation d'un gouvernement d'union nationale et l'élaboration d'une nouvelle loi électorale avant les élections législatives de 2009. Le départ des six ministres proches du Parti de Dieu avait marqué un tournant dans la crise en juin 2006, paralysant l'exécutif.
Nommé commandant en chef de l'armée libanaise en décembre 1998, alors que la Syrie contrôlait le Liban, Sleimane a été étroitement associé aux préparatifs du retrait, sous la pression libanaise et internationale, des forces syriennes en 2005 après l'assassinat de Rafic Hariri et a supervisé le redéploiement de l'armée dans tout le Liban. Parlant couramment l'anglais et le français de même que l'arabe, Sleimane est né dans le village chrétien d'Amchit.
Réactions positives
La communauté internationale a salué l'arrivée de M. Sleimane à la présidence libanaise. Malgré son opposition à cet accord qui fait, selon lui, la part trop belle au Hezbollah, le président américain, George W. Bush, a félicité Michel Sleimane pour son élection. «Je suis sûr que le Liban s'est choisi un leader soucieux de protéger sa souveraineté, d'étendre l'autorité du gouvernement sur tout le [pays] et de se conformer aux résolutions du conseil de sécurité des Nations unies», a-t-il souligné dans un communiqué.
De son côté, le président français, Nicolas Sarkozy, se «réjouit vivement que cette élection mette un terme à la période difficile que le Liban vient de traverser» et espère se rendre «très prochainement» à Beyrouth. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, a espéré que cette élection présagera d'un retour au dialogue et d'un renouveau des institutions libanaises.
Le Canada a dit pour sa part soutenir le président Sleimane et le gouvernement du Liban devant les «défis» de «la stabilité, de la sécurité, de la croissance économique et de la pleine mise en oeuvre de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU telles que le désarmement de tous les groupes non gouvernementaux», selon ce qu'a affirmé Stephen Harper, en référence au mouvement chiite Hezbollah considéré comme une organisation terroriste par Ottawa.
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
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