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La paix peut-elle s'installer en Irak ?

Claude Lévesque   19 mars 2008  Proche-Orient
Manifestation à Bagdad en septembre dernier contre les murs de béton érigés pour séparer hermétiquement des quartiers de la ville.
Photo : Agence France-Presse
Manifestation à Bagdad en septembre dernier contre les murs de béton érigés pour séparer hermétiquement des quartiers de la ville.
Cinq ans après les premières salves de missiles, l'Irak vit une période de relative accalmie, dont une récente série d'attentats ont cependant révélé la précarité. La paix est-elle en train de s'y installer enfin ou est-ce le proverbial calme avant une nouvelle tempête, faute d'une solution aux clivages politiques, ethniques et religieux qui minent la société irakienne?

Après avoir littéralement obsédé les Américains, la guerre en Irak a presque disparu de l'écran radar des médias depuis l'été dernier. Pour la première fois en cinq ans, il arrive même que des commentateurs se risquent à utiliser des mots comme «succès» pour en parler, en dehors du cercle des admirateurs inconditionnels du président George W. Bush.

Le niveau de violence dans ce pays du Moyen-Orient, qui avait atteint des sommets en 2006 et pendant une bonne partie de 2007, a considérablement diminué depuis ce temps, peut-être des deux tiers. Ainsi, la semaine dernière, le Government Accountability Office, un service de recherche mis à la disposition des élus de Washington, a montré, après analyse de données provenant du renseignement militaire, que le nombre d'«attaques de la part des insurgés» (contre des civils ou des militaires, américains ou irakiens) était passé d'environ 180 par jour en juin 2007 à environ 60 par jour en janvier 2008. La mauvaise nouvelle, c'est que ce chiffre ne baisse plus. Le site Internet Iraq Body Count, qui recense les pertes chez les civils, voit lui aussi la situation évoluer dans le même sens.

Cette relative embellie, qui survient après des années d'enfer, est souvent attribuée à John McCain, celui que le Parti républicain doit officiellement désigner comme son candidat à la présidence des États-Unis l'été prochain. C'est sur ses conseils que M. Bush a décidé, en janvier 2007, d'envoyer 21 000 soldats (ce nombre a ensuite été porté à 30 000) en renfort pour une période indéterminée, mais qu'on a dit limitée, alors que de tous côtés on lui suggérait au contraire de commencer au plus tôt à rapatrier les troupes.

Il s'agit seulement d'une partie de l'équation. Cette stratégie de la «surge», qui semble avoir porté ses fruits jusqu'à présent, a en effet coïncidé avec un certain nombre de facteurs favorables, dont la trêve observée par l'Armée du Mahdi du leader chiite antiaméricain Moqtada al-Sadr et, ce qui est moins rassurant, un découpage hermétique des quartiers de Bagdad sur des bases ethniques.

À l'intérieur de ces arrondissements aujourd'hui entourés de murs hauts de quatre mètres, la sécurité est souvent assurée par des milices confessionnelles. Dans les secteurs sunnites, les responsables américains ont commencé il y a un an à armer de nouveaux groupes obéissant à des chefs de tribu, dans le but de faire échec aux militants d'al-Qaïda.

Désignées par des euphémismes comme «surveillance de quartier» ou «volontaires irakiens pour la sécurité», ces miliciens, qui préfèrent l'appellation «mouvement du réveil», sont dans bien des cas des anciens partisans de Saddam Hussein qui jusqu'alors combattaient l'occupant et le nouveau gouvernement aux côtés d'islamistes se réclamant de l'idéologie de Ben Laden.

«Le pari consiste à faire accéder cette nouvelle force au pouvoir, mais on ne pourra pas intégrer tous les membres des nouvelles milices dans les ministères», note Hosham Dawod, un anthropologue irakien associé à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris et au Centre de recherche sur le développement international d'Ottawa. «L'idée d'assurer la sécurité à partir de Bagdad devait s'accompagner d'une dynamique politique qui tarde à s'enclencher», ajoute-t-il.

«L'accalmie observée sur le terrain n'a rien à voir avec une réelle réconciliation entre les Irakiens, dit de son côté Peter Lehman, spécialiste de l'Irak à l'International Crisis Group, un centre de recherche basé à Genève. La "surge" était censée créer les conditions nécessaires pour reprendre l'initiative au niveau politique. De ce point de vue, c'est un échec total, mis à part quelques phénomènes au niveau local.»

«Choc et terreur»

Il y a cinq ans, les premiers missiles «intelligents» ciblant Saddam Hussein et ses lieutenants frappaient l'Irak le 19 mars, tuant plutôt des civils. Les troupes américano-britanniques traversaient la frontière le lendemain et, le 21, le pilonnage de Bagdad, conçu pour inspirer «choc et terreur» selon les mots de l'ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, était montré en direct aux téléspectateurs du monde entier.

La campagne ainsi amorcée a permis de prendre Bagdad en moins d'un mois. Le déboulonnement d'une statue du dictateur en fuite, puis le fameux «mission accomplie» prononcé par le président Bush le 2 mai n'ont pas empêché l'Irak de sombrer dans une guerre civile qu'on a toujours refusé d'appeler par son nom.

Des progrès comme l'élection d'une assemblée constituante puis des élections législatives ordinaires en 2005 ont paru assez minces à côté des images terribles des attentats commis presque quotidiennement à Bagdad et ailleurs et des photos de prisonniers torturés dans la prison d'Abou Ghraïb.

Aujourd'hui, alors que la «paix» dépend en partie de nouveaux acteurs armés échappant à son contrôle, le gouvernement irakien peine toujours à légiférer sur des questions aussi urgentes que l'organisation d'élections locales et le partage des revenus pétroliers.

«On n'arrive pas à créer un espace public et un pouvoir politique avec des symboles partagés», déplore Hosham Dawod, qui ajoute: «Le gouvernement issu des urnes — dans des conditions qui n'étaient pas idéales — représente certes un progrès. Mais il est dominé par des chiites, qui sont eux-mêmes divisés, et des Kurdes, et aucun groupe ne manifeste une capacité d'ouverture aux autres.»

Prestige

Plusieurs enquêtes américaines ont révélé que les accusations officielles au sujet de l'arsenal de Saddam Hussein et de ses liens avec al-Qaïda étaient sans fondement. Les responsables politiques ont eu beau blâmer les agences de renseignement, le prestige des États-Unis dans le monde a subi des dommages considérables, comme l'ont indiqué plusieurs sondages.

Cette guerre lancée sous de faux prétextes a coûté des dizaines, sinon des centaines de milliers de vies. Le chiffre le plus élevé est celui qu'a lancé The Lancet en octobre 2006. Cette revue médicale britannique estimait alors à 655 000 le nombre de victimes directes et indirectes depuis mars 2003. Plus prudent, le site Internet Iraq Body Count, qui recoupe des sources officielles et médiatiques, parle de 82 240 à 89 751 civils tués.

Le coût financier de la guerre en Irak prend aussi pour les Américains des proportions gigantesques, que ses initiateurs avaient d'abord refusé d'envisager. Quelques mois avant son déclenchement, les économistes de la Maison-Blanche se disputaient sur des estimations variant entre 50 et 200 milliards. En octobre 2007, le Congressional Budget Office estimait à 368 milliards les dépenses militaires déjà engagées en Irak, sans compter la prise en charge des blessés américains. Selon cette source, la facture à payer pourrait dépasser les mille milliards en 2017. Un Prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, a avancé une somme trois fois plus élevée, en prenant en compte divers «coûts macroéconomiques», comme la flambée du cours du pétrole.

Optimisme

Les Irakiens sont relativement optimistes quant à leur avenir, s'il faut en croire un sondage commandé récemment par quatre grandes chaînes de télévision (l'américaine ABC, la britannique BBC, l'allemande ARD et la japonaise NHK). Selon les résultats de cette enquête, 55 % des Irakiens estiment aujourd'hui mener une «bonne existence», contre 39 % en août dernier. À noter, les résultats sont beaucoup plus positifs chez les Kurdes, dont la région jouit d'une grande autonomie dans le nord de l'Irak (73 %), que chez les Arabes chiites (62 %) et, surtout, les Arabes sunnites (33 %).

Un autre sondage présente un portrait moins reluisant de l'évolution récente de l'Irak: selon une enquête de l'organisation américaine Women for Women publiée fin décembre, près des deux tiers des femmes de ce pays affirment que la violence à leur égard a augmenté. Globalement optimistes dans une proportion de plus de 90 % en 2004, les Irakiennes ne le seraient plus que dans une proportion de 30 %.

Les Américains, eux, sont deux fois plus nombreux à considérer l'état de leur économie, plutôt que l'Irak, comme l'enjeu le plus important de la campagne électorale qui bat son plein.






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mercredi 19 mars 2008 05h01
    La paix peut-elle s'installer en Irak ? Mais bien sûr!
    « L'Irak, ce pays libre et démocratique!
    Une véritable démocratie!
    ?00 000 morts.

    Combien Saddam en a-t-il tué?
    On s'est empressé de le pendre avant qu'il parle trop.
    Comme Ali le "chimique" le sera bientôt!

    Et Tarek Aziz?
    Où est-il dans ces prisons de la démocratie?
    Il s'est rendu, il crève comme un chien dans un trou de cette démocratie respectant les droits humains.

    Ben Laden 3000 morts dans les tours.
    Bush 4000 morts US en Irak!
    Plus de un demi-million de morts au Moyen Orient!

    Monsieur Bush!
    Monsieur le Président Bush!
    Les médias lui doivent le plus grand respect.
    Son costume est élégant, il va à la messe et parle de démocratie dans chacune de ses phrases.
    Un être attachant: Monsieur Bush!

    Combien de morts sous Poutine?
    Combien de morts en Chine?
    Combien de morts avec Chávez?
    Et avec Uribe en Colombie?

    Monsieur le Président Bush a dit et dit que tout va bien en Irak. Les violences diminuent à chaque jour! Ne voyez-vous pas?
    S'il le dit..., c'est que c'est vrai!
    Monsieur Bush, un des êtres les plus respectables du monde entier et même de tous les temps.

    Le prix Nobel de la Paix devrait lui être accordé. Après tout depuis Annapolis, la paix ne règne-t-elle pas en Palestine?

    Les États-Unis mènent une lutte acharnée pour la paix!
    Monsieur Bush, cet être sans malice, n'a rien des Poutine, Hu Jintao, Chávez, ces êtres arrogants et belliqueux qui ne veulent que mettre la planète à feu et à sang et qui sont fondamentalement contre la démocratie.

    Les Irakiens et surtout les Irakiennes, à l'instar des Afghans et surrrtout des Afghanes, seront éternellement reconnaissant à Monsieur le Président Bush, de les avoir délivrés du mal.
    Mais que représentent ces quelques morts en regard de la démocratie?

    La paix peut-elle s'installer en Irak ?
    Mais bien sûr!
    Voyez, il y a déjà la démocratie!


    Serge Charbonneau
    Québec

    P.S.: En attendant son Nobel de la paix, Monsieur Bush devrait recevoir un prix Nobel de la démocratie.
    Et l'Iran? Sera-t-elle en paix encore pour longtemps? »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    mercredi 19 mars 2008 09h32
    Un million de morts en Irak
    « Un million de morts en Irak et il n'est à peu près jamais question de cet aspect aux nouvelles d'ici. POURQUOI?

    La paix en Irak? Dans 200 ans, peut-être!

    «L'institut de sondage britannique ORB estime à plus d'un million le nombre d'irakiens victimes de la guerre. Sur les quatre millions de familles irakiennes, près d'un quart a perdu au moins l'un de ses membres. 9% des tués auraient été victimes des bombardements aériens américains.»

    Source: http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1238 »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mercredi 19 mars 2008 11h08
    @ Mme Lauzier: Quelle question !!!
    « Pour Mme Lauzier

    Mais voyons, qu'est-ce donc: un million de morts en Irak ?

    Pourquoi les médias n'en parlent pas ici?
    EXCELLENTE QUESTION !!!

    En Irak, c'est la démocratie Madame!

    Regardez plutôt nos vaillants soldats de l'information, comment ils peuvent s'émouvoir des méfaits de cette Chine, méchante, répressive, tueuse de Tibétains.

    L'Irak, Madame est démocratique! Un million de morts... Bah!
    La démocratie vaut bien cela!

    Madame, il faut plutôt pleurer ces Tibétains qui souffrent et commencer à penser à un changement de régime en Chine.
    Il faut aussi penser à un changement de régime en Russie.
    Aussi au Venezuela
    Et en Iran, que dire de l'Iran! Il faut bombarder au plus vite, avant qu'ils nous envoient la bombe atomique.

    Nos soldats de l'information sont ainsi faits, Madame Lauzier.
    Avant que vous ne voyiez un Brousseau ou un Truffaut parler de million de morts au Moyen Orient, ils vous auront fait pleurer sur toutes les terribles répressions que ces régimes antidémocratiques font.

    Nos bons soldats de l'information ne parleront jamais de l'effet de ces manifestations spontanées et hyper médiatisés. En Birmanie, au Tibet, en Russie, partout où l'on veut altérer efficacement l'image du régime.
    Des constantes à travers ses manifestations. Une surmédiatisation, une information non vérifiable mise sur le dos des régimes, une condamnation efficace et sans équivoque des gouvernements "antidémocratiques".

    Ne trouvez-vous pas étrange que des moines prônant depuis des lustres la non-violence, deviennent soudainement violents et même enragés?
    Qui donc les organise? Est-ce possible qu'il reçoive aide et conseils de l'extérieur par des "organismes" ayant des budgets considérables pour défendre "la démocratie". Des organismes comme la National Endowment for Democracy (NED) ou USAID ou plusieurs autres paravents de la CIA?
    La CIA a 100 000 agents "secrets" qui oeuvrent dans le monde entier.
    Il est clair qu'ils oeuvrent plus particulièrement en Chine, en Russie, en Birmanie et partout où le "régime" est «antidémocratique». Il est clair que leur budget n'est pas un problème, ils peuvent facilement financer pancartes T-shirts, slogans, peintures, armes et conseils pour manifester.

    Mais, voyons, qu'est-ce que je dis?
    Je me rends compte que je suis en plein délire (une fois de plus!).
    Si la chose existait, voyons, Messieurs Truffaut et Brousseau nous en auraient sûrement parlé!
    Sûrement, ce sont de vaillants soldats de l'information et leurs enquêtes sont sérieuses et empreintes d'une éthique journalistique irréprochable.

    Voyons Mme Lauzier!
    Quelle questions: POURQUOI ON NE PARLE PAS DE CERTAINES CHOSES???
    Comme du million de victimes du Moyen Orient.

    Voyons, quelle question!


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • JM
    Abonné
    mercredi 19 mars 2008 12h35
    La guerre en Iraq, c'était la guerre de monsieur Georges W. Bush
    « Ce soir à 20h00, à RDI, aux Grands reportages, il y a "Vendre al guerre aux Américains". Dans le cahier du Devoir, on dit à propos de ce reportage que « la vérité, dit le cliché, est la première victime de la guerre. » Pour ceux que ça intéresse! »

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