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À l'aube de l'indépendance

Christian Rioux   16 février 2008  Proche-Orient
Photo : Agence Reuters
Paris — Demain ou lundi, Jeta Xharra devrait quitter à pied son quartier en périphérie de Pristina pour se rendre au centre-ville. Comme des milliers d'autres Kosovars, elle devrait y graver son nom sur une sculpture monumentale. Des lettres géantes, composant un mastodonte de trois mètres par vingt et pesant 900 kilos, qui formeront le mot «nouveau-né». Ce «nouveau-né», c'est évidemment le Kosovo, qui, à moins d'un imprévu, devrait proclamer son indépendance demain ou lundi, à la veille de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne.

Directrice du bureau de Pristina du Balkan Investigative Reporting Network (BIRN), Jeta Xharra fait partie de ceux qui attendent depuis longtemps l'indépendance de cet ancien territoire autonome serbe composé à 90 % d'Albanais. «Nous avons été patients, dit-elle. L'indépendance aurait pu être proclamée il y a une décennie. Elle a été reportée des dizaines de fois. Mais, cette fois, nous y sommes!»

Patients, les Kosovars? Peut-être. Hier encore, le premier ministre Hashim Thaçi maintenait le mystère et refusait de confirmer à la presse la date exacte de ce jour tant attendu. «Ils ne veulent rien brusquer et surtout préserver le calme», dit Jeta Xharra.

Pourtant, les préparatifs vont bon train. L'orchestre philharmonique de Pristina répète depuis plusieurs jours le concert qu'il donnera pour l'occasion. C'est l'Hymne à la joie de Beethoven, l'hymne européen, qui tiendra lieu de chant national. La Galerie d'art du Kosovo, seul musée d'art de ce petit pays de deux millions d'habitants, a annoncé un programme culturel de 72 heures. Les clubs de nuit et les discothèques de Pristina devraient laisser entrer les clients gratuitement jusqu'à l'aube. Un site Internet se prépare déjà à faire le décompte instantané des pays qui reconnaîtront le Kosovo indépendant. Une cinquantaine d'États susceptibles de le faire rapidement, dont le Canada, sont déjà colorés en jaune sur la mappemonde du site (www.kosovothanksyou.com). Sans perdre une seconde, la Fédération de boxe du Kosovo a décidé de demander son admission aux Jeux olympiques de Pékin, qui se tiendront en août. Il serait surprenant qu'elle puisse être admise à temps.

Des appels au calme

À Pristina, capitale du futur Kosovo indépendant, c'est sur un ton enjoué mêlé de gravité que la population se prépare donc à célébrer, dit Jeta Xharra. Mais elle reconnaît que, dans les municipalités serbes du nord et du sud du pays, l'atmosphère n'est pas vraiment à la fête. «Les Serbes de ces régions sont inquiets. C'est certain qu'ils ne sont pas heureux. Mais les messages de paix se sont multipliés depuis peu et je crois qu'il n'y aura pas d'affrontements.»

Depuis quelques jours, toutes les parties ont multiplié les appels au calme. Le premier ministre kosovar, Hashim Thaçi, a convié les 100 000 Serbes du nord et du sud du Kosovo à participer à la nouvelle république. Thaçi, qui ne fait pas un geste sans s'être concerté avec les Européens et les Américains, a aussi invité les 200 000 Serbes qui avaient quitté le pays en 1999 à revenir.

Après la vaine tentative de la Russie de soulever à nouveau le débat au Conseil de sécurité de l'ONU, même la Serbie semble résolue à l'inévitable. Tout en répétant qu'il n'abandonnera jamais le Kosovo, le premier ministre serbe Vojislav Kostunica a convié ses compatriotes à ne pas quitter le Kosovo. La Serbie, qui a symboliquement reporté la signature d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne, n'aurait rien à gagner à se retrouver avec des dizaines de milliers de réfugiés sur ses terres. Plus tôt cette semaine, le général serbe Zdravko Ponos a déclaré que, si l'indépendance du Kosovo était un «événement politique malheureux», il ne pouvait pas y avoir de «solution militaire».

«Nous sommes surtout heureux de constater que la Serbie ne devrait pas multiplier les mesures de représailles», dit Jeta Xharra. Certes, le Parlement serbe a affirmé qu'il annulerait symboliquement toute déclaration d'indépendance. Un plan de rétorsion serait déjà élaboré qui pourrait amener la Serbie à réduire ses liens avec les pays qui reconnaîtront le nouvel État. Mais tout dépend évidemment de leur nombre. On s'attend à ce que quelques douzaines de pays, dont la majorité des membres de l'Union européenne, reconnaissent le Kosovo dans les heures qui suivront la déclaration.

La Serbie songerait à imposer un embargo commercial à la frontière. Mais la suspension des livraisons d'électricité vers le Kosovo serait de moins en moins envisagée. Elle pénaliserait surtout les Serbes du Kosovo et priverait la Serbie de ses exportations vers la Macédoine et la Grèce. La coupure du réseau de téléphonie cellulaire aurait le même effet. Elle ferait surtout souffrir les Serbes du Kosovo, les Kosovars albanais ayant depuis longtemps abandonné les compagnies de téléphone serbes.

Une étincelle suffirait

Les responsables internationaux ont beau contrôler la situation et les Kosovars, suivre méticuleusement les consignes de l'Union européenne, «il suffirait d'un seul incident pour mettre le feu aux poudres», dit Pierre Dufour, un ancien officier de l'armée de l'air française devenu travailleur humanitaire et qui fréquente la région depuis 1992. M. Dufour vient de résumer son expérience du pays en publiant Kosovo, on a marché sur la paix (Thélès). «Il faut surtout craindre la peur panique qui pourrait s'emparer des minorités serbes, dit-il. Les 60 000 Serbes du Sud pourraient se mettre à fuir vers la Serbie et même provoquer la sécession des villages du Nord. Dans les Balkans, tout peut arriver.»

En 2004, la noyade accidentelle ou criminelle de trois enfants albanais avait littéralement enflammé Mitroviça, la capitale du nord du Kosovo, où Serbes et Albanais vivent de part et d'autre de la rivière. En 48 heures, les incidents firent une trentaine de morts, plusieurs centaines de blessés et déplacèrent 3200 personnes. Des églises et des mosquées furent détruites.

Demain, les 16 000 hommes de l'OTAN, regroupés dans la KFOR, seront sur le qui-vive. Comme les 1500 policiers de la UNMIK mandatés par l'ONU et qui seront bientôt remplacés par une mission européenne. Les unités spéciales d'intervention de la jeune police du Kosovo ont d'ailleurs fait un exercice public cette semaine à quelques kilomètres de Pristina afin de montrer leur préparation à toute éventualité.

«Mais la peur est toujours diffuse dans cette région, dit Pierre Dufour. Elle est souvent injustifiée, mais elle est là quand même, et on ne peut pas s'attendre à ce qu'elle disparaisse de sitôt.»

Le plan Martti Ahtisaari, élaboré par l'Union européenne, offre pourtant aux Serbes du Kosovo une forte décentralisation afin d'assurer le respect de leurs droits, dit-il. Les garanties imposées par l'Union comportent une autonomie municipale importante. La police kosovare a embauché de nombreux policiers serbes et la minorité a une représentation garantie au Parlement, sans compter deux ministres d'office dans le gouvernement.

«Si les choses se passent mal, les risques de partition sont réels», dit Dufour. Les quatre municipalités serbes qui bordent la Serbie le long de la rivière Ibar pourraient déclarer leur indépendance même si la Serbie ne semble pas intéressée pour l'instant à favoriser un tel scénario qui lui fermerait pour longtemps la porte de l'Union européenne.

Une région sensible

Ces craintes s'étendent jusqu'en Bosnie, où la région autonome serbe appelée Republika Srpska pourrait elle aussi réclamer son indépendance. Certaines organisations radicales (comme SPONA) affichent ouvertement cette intention même si les responsables de l'ONU se font rassurants en affirmant que les frontières de la Bosnie ne changeront pas.

En Serbie, l'indépendance du Kosovo pourrait aussi avoir d'importantes répercussions. La coalition au pouvoir regroupant quatre partis pourrait être mise à mal. Mais on ne s'attend pas à ce que le premier ministre conservateur Vijislav Kostunica mette radicalement en péril les relations de son pays avec l'Union européenne, qui a promis à la Serbie une intégration rapide.

«La Serbie va devoir choisir entre ses vieilles obsessions et son avenir, qui est dans l'Union européenne, dit Pierre Dufour. Mais il lui faudra du temps.» Comme il faudra du temps aux Serbes du Kosovo pour accepter leur nouveau statut. Pierre Dufour n'écarte pas la possibilité que, sans sécession formelle, le fossé se creuse à un point tel qu'en pratique, Serbes et Albanais du Kosovo se retrouvent devant une partition de fait.

La reconstruction économique du Kosovo ne sera pas non plus chose facile, dit-il. Le pays vit depuis dix ans sous perfusion de l'aide étrangère. «Les mines ont été abandonnées depuis 15 ans. Sans statut officiel, il était pratiquement impossible de financer le moindre investissement. Et puis, il y a la corruption et les puissantes mafias qui ont profité de la disparition de l'État. L'agriculture est tellement désorganisée que les Kosovars ne produisent même pas le yaourt qu'ils mettent dans leur plat national. Ils l'importent de Slovénie!»

Mais Jeta Xharra ne manque pourtant pas d'optimisme. Les Kosovars veulent diriger leurs affaires et ne plus dépendre de l'aide étrangère. Elle considère cependant que l'OTAN est là pour longtemps. «C'est une question de sécurité. Avec deux millions d'habitants, le Kosovo ne peut pas se doter d'une armée conséquente. Un jour, nous serons membres de l'Union européenne. Dans quelques années, probablement en même temps que nos voisins de Macédoine et de Bosnie. Pour l'instant, nous rêvons seulement de ne plus faire parler de nous à l'étranger.»

Correspondant du Devoir à Paris






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  • Steve Fortin
    Abonné
    vendredi 15 février 2008 22h46
    L'exemple Kosovar... ou le déni canadien
    « Il faudrait être aveugle pour ne pas faire le parrallèle avec le Québec; ce qui explique que dans ce dossier, le gouvernement canadien, par l'entremise du MAECI, édictait un appui tacite à la Serbie et à la Russie. En cela bien entendu pas selon les considérations de la situation dans les Balkans, mais bien pour empêcher tout appui des vélléités souverainistes du peuple québécois.

    "L'indépendance aurait dû être faite il y a dix ans" lit-on dans l'article. Et que dire des commentaires de Pierre Dufour "La Serbie va devoir choisir entre ses vieilles obsessions et son avenir", doit-on ajouter quelque chose ??? Combien de temps encore perdrons-nous à tergiverser avant de déclarer l'indépendance du Québec ??? Nous sommes à la croisée des chemins. Devrait-on demander au PQ de se saborder et imposer le fédéralisme institutionnel (l'assimilation de droit)? Permettre l'enseignement de l'anglais partout, sans contraintes aucunes afin que le Québec devienne au plus vite une province canadienne comme les autres, avec une métropole à très forte majorité immigrante et surtout éliminer une fois pour toute ce bilinguisme aigre-doux qui n'est qu'une relique passéiste de l'ère Trudeau, ce cadeau empoisonné pour la dorer la pilule du fédéralisme (si ces derniers avec le Ti-Clin Chrétien ont imposé le terme "séparatisse" aux souverainistes, ces derniers sont en droit de baptiser les fédéralistes "assimilassionisse")bilingual coast to coast!

    On peut espérer que la situation au Kosovo et dans les Balkans en général montrera que l'indépendance d'un pays ne se fait pas au détriment ou contre un autre mais bien dans l'intérêt de la protection des valeurs, du patrimoine, de la culture disctinctes de la majorité de ceux qui aspirent, dans la non-violence de préférence, à entrer dans le concert des nations sans être obligés d'exister "à condition d'être uni à quelqu'un d'autre"... »

  • Patrick Lépine
    Inscrit
    vendredi 15 février 2008 23h53
    Le Canada sous la loupe des indépendantistes...
    « Je crois que les indépendantistes de toutes les régions du monde auront un intérêt marqué pour la réaction du Canada face à ce nouveau pays... »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 08h18
    Honte au PQ, honte à René Lévesque
    « Après la Lithuanie des Stanké libre
    Après la Slovaquie des Stastny libre
    Après la Slovénie libre, le Timor Oriental Libre, la Croatie libre et le Montenegro libre (à 55%), voici maintenant le Kosovo libre. Les Serbes ont beau etre contre, les Russes ont beau être contre, la minorité serbe (10%, une fois et demi nos Anglos) a beau être terrifiée, who cares? Pas de Loi de la clarté là-bas. On se déclare indépendant et adevienne que pourra.

    Parti avant tout le monde dans les années 60, le Québec de René Lévesque et du PQ va nulle part. Avant d'aller plus loin, si on se demandait POURQUOI l'expérience a échoué ici? Qu'est-ce qui n'a pas marché ici? A qui la faute? Bref, à quand des États généraux sur l'échec de la libération au Québec? Sur le monopole de la souveraineté au PQ et sur le détournement de la cause par René Lévesque? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 16 février 2008 09h06
    Religions, massacres et politique
    « Indépendance, risques d'attentats et de partition, chicanes religieuses, pauvreté, mines fermées. Les Kosovars seraient mieux de lâcher la religion à la place de lâcher la Serbie.

    Ça va leur servir à quoi l'indépendance, pouvoir siéger à l'ONU peut-être ? Ils vont influencer quoi là ?

    On comprend que les Kosovars veulent se préserver des Serbes mais les Serbes du Kosovo, qui va les préserver ? C'est une histoire sans fin "A never ending story"...religieuse, principalement. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 16 février 2008 10h16
    @ M. Jacques Noel
    « Après le Québec libre, on aurait eu probablement, Montréal ouest libre, Westmount libre, la Beauce libre, l'Outaouais libre et les réserves indiennes du Québec libres "probablement rattachés au ROC, devenu le Canada".

    Pour le Kosovo, ça va maintenant les Serbes de ce nouveau pays à vouloir s'en détacher. Ces ethnies sont en danger d'être massacrés comme dans le passé pour des raisons religieuses.

    Fait que, prenons les choses comme elles sont venues et tentons de les diriger vers où ça nous tente pour l'avenir en pensant qu'il n'y a pas une solution pour le Québec qui se fera sans inconvénients à cause des intérêts divergeants au Canada comme au Kosovo qui ont la pauverté en prime, eux. »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 11h05
    Déclarons l'Indépendance !
    « Nous n'avons aucune permission à demander à personne. Si nous avions des leaders qui ont des couilles, une déclaration unilatérale d'indépendance rallierait le peuple. Seulement voilà, notre pseudo-élite est bicéphale et à droite, toute! D'un côté, les collabos et de l'autre, les mollusques ! »

  • Steve Fortin
    Abonné
    samedi 16 février 2008 12h34
    @ M. Bousquet... et aux détracteurs de l'autodétermination des peuples...
    « Non mais je rêve ou quoi??? Et le TPIY (La Haye) et la longue marche vers la reconnaissance de ce qui fut une épuration ethnique reconnue par la communauté internationale en général et par la communauté européenne en particulier, alors que la force d'interposition a réussi a assainir le climat tendu dans les Balkans à un point tel que l'indépendance du Kosovo se fera avec comme seules fausses notes que les réticenses des pays qui tentent de réprimer les vélléités d'indépendance de minorités sur leur territoire (honte aux fédéralistes-assimilationistes qui supportent tacitement la position russe dans ce cas par leur aveuglerie de négation du droit au peuple québécois à l,autodétermination au même titre que les Kosovars d'ailleurs).

    À l'heure d'une mondialisation économique, culturelle, où l'on tente d'inféoder les différents peuples aux impératifs d'une économie mondiale érigée en dictature, il est du devoir de ces mêmes peuples d'affirmer leur autonomie. Ne serait-ce que pour faire un pied de nez à la tendance de ceux qui affirment que l'autodétermination des peuples est dépassée. En ce sens, espérons que les québécois sortiront de leur peur congénitale et arrêterons de prêter oreilles aux colonisés assimilationistes qui portent ombrage à l'inéluctable... »

  • Pierre-E. Paradis
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 16h41
    Le Canada cautionne le partitionnisme
    « Le Kosovo n'a jamais été un État fédéral yougoslave, uniquement une région administrative de la Serbie. Son indépendance « lite » (sans présence envisageable à l'ONU à court terme, vu le veto des Russes) n'est rien d'autre que du partitionnisme - le même genre que prônaient les fêlés du West Island en 1995 advenant un oui au référendum sur la souveraineté du Québec.

    Le Kosovo rejoint maintenant la trop longue liste d'États plus ou moins reconnus (Taïwan), non reconnus (Somaliland, Abkhazie), mafieux (Transnistrie)...

    Cette reconnaissance du Kosovo par le Canada érode le principe même de souveraineté car il rend encore plus floues les «règles» de reconnaissance des nouveaux États, et va encourager divers partitionnismes un peu partout ailleurs.

    Quant à une éventuelle déclaration d'indépendance unilatérale du Québec, je gage qu'elle sera très vite reconnue par la Russie... qui sera très heureuse de rendre la monnaie de sa pièce à la soi-disant Communauté internationale (des États membres de l'OTAN!) »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 16 février 2008 16h58
    Ne pas savoir
    « Ce que j'aimerais ne pas savoir, c'est que l'indépendance du Kosovo résultera de la révolte d'un peuple musulman contre un peuple grec orthodoxe. Une souveraineté alimentée par le sentiment religieux, comme la montée en popularité d'Obama est alimentée par le sentiment anti-anti-racial des Américains blancs.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Jean-William P. Laliberté
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 17h37
    @Certains interlocuteurs
    « "Nous n'avons aucune permission à demander à personne." -M. Gagnon

    Dans une optique d'autodétermination des peuples, faut-il vous rappeler qu'il faut d'abord demander la permission aux individus concernés, c'est-à-dire la population même de cette province, laquelle a consciemment refusé le projet indépendantiste/séparatiste québécois. Et si j'emploie ces deux termes "durs" pour désigner les dits souverainistes québécois, ce n'est pas sans raison, M. Fortin. Le clan à Chrétien n'a pas imposé le terme "séparatisse" sur le dos des souverainistes, loin de là. C'est simplement le terme exacte. Nier cela fait preuve d'une terrible malhonnêteté intellectuelle. Retraçant la littérature "souverainiste" jusqu'à ses origines, soit bien bien avant le RIN et le PQ, le terme séparatiste était employé bien avant que naisse le mot souverainiste, terme inventé par et pour les défendeurs de cette cause. À une échelle mondiale, dans les cas "comparables" au Québec ( si le Kosovo est réellement comparable au Québec, ce que je doute énormément si on suit le tracé historique de ces deux régions du monde ), rarement ou jamais le terme souverainiste n'est employé. D'ailleurs, l'inexistence du mot "sovereignist" dans la littérature anglophone démontre l'aspect uniquement particulariste de ce mot. Il n'est donc pas universel. Il faut avoir le courage de nommer les choses pour ce qu'elles sont.

    Enfin, M. Noel, vous vous questionnez sur "pourquoi a-t-on échoué ? À qui la faute?". Je prends un "guess" : les millions de québécois qui ont voté contre le projet à 2 reprises ? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 16 février 2008 17h57
    @ Pierre-Étienne Paradis
    « M. Pierre-Étienne Paradis écrit : «Son indépendance « lite » n'est rien d'autre que du partitionnisme - le même genre que prônaient les fêlés du West Island en 1995»

    Vous avez entièrement raison. Le West Island a commencé par obtenir son indépendance "partielle" de nos Liébéraux très provinciaux" et, advenant l'indépendance du Québec, "rest assure", qu'il se servira de l'exemple du Kosovo pour demander la partition pour se joindre au ROC qui aurait un petit penchant pour le lui accorder. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 16 février 2008 18h09
    @ M. Steve Fortin
    « Nous ne sommes pas contre l'indépendance des nations, nous tentons de voir, par les précédents, ce qui peut arriver.

    Monsieur Paradis a raison de penser que le Kosovo qui se sépare c'est comme si le West Island se séparait "partition" du Québec après qu'il se soit séparé du Canada, comme il avait menacé de le faire en 1995.

    La Serbie a commencé à se séparer de la Yougoslavie et maintenant c'est le Kosovo qui se sépare de la Serbie et une partie du Kosovo, ne se sentant pas en sécurité, songe à s'en séparer. Wow !

    C'est comme, ce qui est bon pour pitou donne l'exemple à minou.

    M. Jean "à ce moment-ci" Chrétien a bien écrit dans ses mémoire qu'il n'aurait pas reconnu une courte victoire du OUI au référendum de 1995. Je le crois sur parole.

    Faut avoir un bon pourcentage de OUI, autrement, on est cuits comme l'oiseau qui se fait bouffer par le minou ou le Palestinien par l'Israélien. »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 19h09
    J'ai jamais eu aussi honte d'être québécois
    « La réussite du misérable Kosovo, pays pauvre et damné s'il en est, montre à quel point le PQ de René Lévesque a été un échec spectaculaire, peut-être le pire désastre "démocratique" de tout le 20e siècle.
    Comment un peuple aussi inventif, aussi scolarisé, aussi moderne, aussi riche, a pu se planter à ce point? Au point d'être en train de fondre sur son propre territoire ancêtral sans même pousser le moindre cri d'agonie?

    Je n'ai pas la réponse mais j'ai des pistes.

    D'abord l'incroyable naiveté des péquistes qui s'imaginaient que l'indépendance c'était comme la fleur à Claude Morin: on n'avait pas à tirer dessus; elle allait pousser tout seul
    Puis le kidnapping de la cause par le père fondateur qui, dans un premier temps a tassé tout ceux qui avaient parti le mouvement, avant d'y joindre sa maudite association-maudite, avec ou sans trait d'union, qu'on traine encore dans le décor 40 ans plus tard

    Enfin on n'a jamais mesuré la traitrise de nos petites élites, bien assis dans le statut quo, qui feraient tout pour faire peur au monde (allez lire l'oeuvre de Marcel Sécor Coté: ÉDIFIANT!). Pis si vous n'en avez pas assez, farcez-vous les éditos de La Presse depuis 40 ans. Des pièces d'anthologie au mépris d'un peuple.


    Est-il trop tard? Non. Mais c'est certainement Pauline, incapable de prononcer le mot indépendance et qui souhaite d'enseigner l'histoire nationale en anglais à nos enfants qui va le faire.

    Alors que faire? Des États généraux sur l'indépendance avec une seule question à l'agenda: pourquoi ça n'a pas marché ici? La faute à qui?
    Et qu'on invite des Kosovars, des Slovènes, des Estoniens, des Croates pour éclairer nos lanternes. »

  • Pierre-E. Paradis
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 23h50
    Le Canada cautionne le partitionnisme
    « Le Kosovo n'a jamais été un État fédéral yougoslave, uniquement une région administrative de la Serbie. Son indépendance « lite » (sans présence envisageable à l'ONU à court terme, vu le veto des Russes) n'est rien d'autre que du partitionnisme - le même genre que prônaient les fêlés du West Island en 1995 advenant un oui au référendum sur la souveraineté du Québec.

    Le Kosovo rejoint maintenant la trop longue liste d'États plus ou moins reconnus (Taïwan), non reconnus (Somaliland, Abkhazie), mafieux (Transnistrie)...

    Cette reconnaissance du Kosovo par le Canada érode le principe même de souveraineté car il rend encore plus floues les «règles» de reconnaissance des nouveaux États, et va encourager divers partitionnismes un peu partout ailleurs.

    Quant à une éventuelle déclaration d'indépendance unilatérale du Québec, je gage qu'elle sera très vite reconnue par la Russie... qui sera très heureuse de rendre la monnaie de sa pièce à la soi-disant Communauté internationale (des États membres de l'OTAN!) »

  • jacques noel
    Inscrit
    dimanche 17 février 2008 10h25
    La logique de Stéphane...
    « «Le parallèle entre le Canada et le Kosovo est absurde», tranche le père de la loi sur la clarté, le chef libéral Stéphane Dion.

    «Au Kosovo, la population a été victime d'exactions graves qui ont nécessité une intervention armée, et il y a une majorité claire en faveur de l'indépendance», fait-il valoir. En d'autres termes: les Québécois sont plus ambivalents, ils n'ont pas connu les souffrances des Kosovars, et jamais les avions de l'OTAN n'ont dû voler à leur secours, comme c'est arrivé au Kosovo en 1999.

    Donc, selon notre pied de Sillery, les exactions d'un peuple, sa souffrance, justifient amplement une déclaration nationale d'indépendance, sans référendum ni négocation avec l'État occupant?

    Alors on fait la liste de nos exactions:
    1) La Déportation des Acadiens
    2) La Conquête
    3) La répression des Patriotes
    4) L'adoption de la Confédération sans référendum
    5) L'abolition du bilinguisme au Manitoba
    6) La Loi 17 en Ontario
    7) La conscription
    8) Le coup d'État de Trudeau en 1981 et l'imposition de sa Charte des droits individuels
    9) Les politiques d'immigration du Canada qui nous minorisent chaque jour au Québec et au Canada
    10) L'agonie de notre peuple à moins de 50% à Montréal et à moins de 80% au Québec

    Bref, selon notre clown national, on aurait tout pour déclarer notre indépendance en faisant un doigt d'honneur au Canada »

  • William Ryan
    Inscrit
    dimanche 17 février 2008 12h03
    C'est simple pourquoi l'indépendance n'a pas marché au Québec
    « Tous ces nouveaux pays dont on parle ici ont été opprimés par des états violents, par des guerres sauvages, par la discrimination flagrante, par des bombes et des armes et des atrocités. Même ceux qui prônent l'indépendance du Québec - qui est un projet honorable - ne peuvent pas comparer ce que les citoyens de ces régions ont vécu à celle du Québec. Même le discours indépendantiste dans ces états était puni par l'emprisonnement. la torture, le chantage, la mort, etc. Soyons au moins honnêtes, nous n'avons jamais vécu sous un régime staliniste avec ses gulags. C'est difficile de convaincre des gens qu'il faut être libéré dans le contexte canadien. Je crois c'est l'erreur fondamentale des indépendantistes - les gens ne les croient pas. Vouloir un Québec indépendant - c'est tout à fait acceptable et honorable, mais il faut essayer de nous convaincre avec des idées plus réalistes et des images plus justes de notre situation. Les explications de ce rêve qui utilisent des mots qui nous comparent au Kosovo, au Tibet, même à la souffrance et violence qui a vécu la Catalogne - voyons donc!
    Ce n'est pas crédible. Les Québec n'est pas indépendant parce que ceux et celles qui nourrissent ce désir n'ont pas réussi à convaincre la majorité que c'est nécessaire. C'est tout! »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    dimanche 17 février 2008 21h34
    La souffrance qui donne des droits supplémentaires
    « Bien là, on vient d'apprendre par notre boute-en-train national, M. Stéphane Dion, que la souffrance d'un peuple lui donne des droits supplémentaires aux autres, de façon générale. On savait déjà que ça en donnait un aux juif d'Israël de façon particulière comme ignorer les résolution de l'ONU, détruire le Liban "pour 2 soldats enlevés" et être félicité pour ça par le Canada et autres petits privilèges minimes que je ne nommerai pas ici.

    Fait que, comme les Québécois n'ont pas assez souffert depuis la bataille perdue sur les Plaines d'Abraham par nos ancètres, les Québécois n'ont pas le droit à ces droits nouveaux là comme l'indépendance ou l'autonomie du Québec....LOGIQUE ! »

  • Christian Tallon
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 15h27
    Le Droit international pulvérisé
    « Je suis tout à fait d'accord avec les réactions précédentes à part quelques erreurs de fait. En droit international les républiques de l'ex URSS avaient le droit de reprendre unilatéralement leur indépendance, comme l'Ecosse ou le Texas pourraient le faire sans nuire au droit. Le problème du Kossovo est qu'il s'agit, comme la Transnistrie d'une secession unilatérale. Alors qu'aucun pays ne reconnaît l'indépendance de la Transnistrie pourtant votée à une grande majorité (en vertu de la loi de la boite de Pandore), les plus grand pays du Monde reconnaissent le Kossovo alors qu'ils avaient promis de le laisser dans la Serbie. La boite de Pandore est ouverte et plus rien n'arrêtera la fragmentation du Monde.
    En ce qui concerne le Québec, c'est en effet un vrai fiasco mais il est trop tard. Les choix décisifs ont été faits.
    Ne reste plus qu'à laisser la boule de neige rouler le long de la pente. Roumanie, Chypre, Espagne, Royaume-Uni, pourquoi pas Italie du Nord, Flandre, sans parler de l'Afrique, de la Palestine, du Kurdistan. Tout devient possible ! Une frontière a été passé ! On entre dans une autre ère des relations internationales.
    Le Québec est très sympathique mais probablement il ne choisira pas la voie de l'aventure (l'indépendance est en effet un risque). »

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