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Bernard Kouchner tourne une page diplomatique en se rendant à Bagdad

N/A ZZZN/A   20 août 2007  Proche-Orient
Bagdad — Le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, a entamé hier une visite officielle surprise à Bagdad, la première d'un chef de la diplomatie française depuis l'invasion du pays en 2003 par les troupes américano-britanniques.

Il a répondu à l'invitation de Jalal Talabani, président de la République d'Irak, a fait savoir le Quai d'Orsay dans un communiqué en précisant qu'il s'agissait d'un «projet auquel il réfléchissait depuis sa prise de fonctions».

Le ministre, qui devrait rester dans le pays trois à quatre jours, a dit être venu «écouter, essayer de comprendre ce qui pour certains paraît une direction positive et qui, vu de l'extérieur, nous semble une situation horrible».

L'intervention armée de mars 2003, vigoureusement combattue par la présidence Chirac, avait suscité une brouille diplomatique entre Paris et Washington. Tenue secrète pour des raisons de sécurité avant son commencement, la visite de Bernard Kouchner a été annoncée confidentiellement ces derniers jours aux partenaires diplomatiques de la France, notamment européens.

Il n'est officiellement pas question de revoir par cette visite la position de la France sur l'occupation du pays par les forces américano-britanniques.

«Bernard Kouchner se rend en Irak pour exprimer un message de solidarité de la France au peuple irakien et pour écouter les représentants de l'ensemble des communautés sans exclusive», indique le Quai d'Orsay.

Lors d'une conférence de presse donnée conjointement avec le ministre irakien des Affaires étrangères Hochiar Zebari, l'ancien ministre socialiste de François Mitterrand a déclaré qu'il n'existait pas de solution militaire en Irak et qu'une issue devait émerger sur le plan politique.

«Nous devons maintenant affronter la réalité, en prenant en compte la position américaine [...] mais nous avons affaire à un problème irakien qui doit être résolu par les Irakiens», a dit Bernard Kouchner, qui s'exprimait en anglais pour l'occasion.

On ignore pour le moment si le ministre français a prévu de rencontrer un représentant des États-Unis sur place.

Selon la diplomatie française, cette visite de Bernard Kouchner à Bagdad n'aurait aucun rapport avec la rencontre du 11 août dernier entre Nicolas Sarkozy et le président américain George Bush, dans la propriété de ce dernier.

Les deux présidents avaient alors souligné la primauté de l'amitié sur les désaccords diplomatiques, notamment le dossier irakien. «Dans une famille, on peut avoir des désaccords. On peut être des amis et ne pas être d'accord sur tout», avait dit Nicolas Sarkozy lors de cette rencontre informelle.

Hommage à Vieira de Mello

Ali al Dabbagh, porte-parole du gouvernement irakien, a déclaré à Reuters que la visite durerait trois ou quatre jours. «Le gouvernement irakien considère cette visite comme très importante. Elle ouvre la voie à un développement des relations entre l'Irak et la France. L'Irak n'était pas très satisfait de la position de la France sous Chirac. Maintenant que Sarkozy est en fonction, il essaie de tourner une page dans les relations dans la région et nous en sommes heureux», a-t-il dit.

La visite de Bernard Kouchner intervient au moment où le pays connaît une vague d'attentats particulièrement meurtrière, notamment dans le Nord. Encore hier, dix personnes ont péri dans une attaque au mortier dans un quartier chiite de l'est de Bagdad.

Le Quai d'Orsay a précisé que la date du 19 août avait été choisie parce qu'elle coïncidait avec le quatrième anniversaire de l'attentat contre le QG de l'ONU à Bagdad, où avaient péri une vingtaine de fonctionnaires, dont le Brésilien Sergio Vieira de Mello, ami personnel de Bernard Kouchner et représentant spécial du secrétaire général des Nations unies.

Bernard Kouchner a commencé sa visite par un dépôt de gerbe en hommage à son ami sur les lieux de cet attentat.

Il devait rencontrer dans la soirée le premier ministre Nouri al-Maliki et, aujourd'hui, le président Jalal Talabani ainsi que le vice-président Adel Abdul-Mahdi.

L'armée américaine a lancé la semaine passée une vaste offensive à l'échelle du pays afin de contrer l'influence des combattants sunnites se réclamant d'al-Qaïda et celle des milices chiites. La vaste opération des «boys» était destinée à faire gagner du temps au gouvernement à dominante chiite de Nouri al Maliki, attaqué sur tous les fronts, et aujourd'hui politiquement très affaibli.






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