Analyse - Hypocrisie internationale autour de Gaza
16 juin 2007
Proche-Orient
Photo : Agence Reuters
Le drapeau palestinien flottait hier à Ramallah.
Les démocraties occidentales, et les États-Unis en particulier, peuvent affirmer leur «soutien entier» à Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne. Les capitales européennes et Condoleezza Rice, secrétaire d'État américaine, peuvent faire part de leur inquiétude devant la dégradation de la situation dans les territoires palestiniens. Tzipi Livni, ministre israélien des Affaires étrangères, peut regretter que la prise de la bande de Gaza par le Hamas, le Mouvement de la résistance islamique, rende plus difficile la conclusion d'un accord avec les Palestiniens et se préoccuper de «la faiblesse des forces palestiniennes modérées». Il est désormais trop tard.
Il est même indécent de venir pleurer sur le sort de Mahmoud Abbas et de se lamenter sur la nouvelle crise qui met à feu et à sang les territoires palestiniens parce que rien n'a été fait pour venir en aide au président de l'Autorité palestinienne et tenter de construire avec lui un processus de paix capable de restaurer une vie digne aux quatre millions d'habitants qui vivent dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.
La responsabilité de la communauté internationale est écrasante. Et cela, pour plusieurs raisons. Elle a demandé la tenue de véritables élections après que Washington et Israël eurent déclaré que Yasser Arafat était «hors jeu» et qu'il n'était pas un interlocuteur valable. Mahmoud Abbas a été élu démocratiquement en janvier 2005. Il a toujours été considéré comme un modéré, mais les Israéliens et les Américains se sont joués de lui en ne lui permettant jamais de faire avancer d'une façon quelconque le processus de paix.
Ensuite, des élections libres et régulières ont porté au pouvoir le Hamas le 25 janvier 2006. Un scrutin, là encore, que la communauté internationale a appelé de ses voeux mais dont elle n'a pas reconnu les résultats parce que l'organisation islamiste avait été cataloguée «mouvement terroriste» bien que ses dirigeants aient, depuis le mois de janvier 2005, décrété une trêve qu'ils ont fait respecter.
Cette consultation avait traduit un fort rejet du Fatah en raison de la corruption et de la mauvaise gestion de l'Autorité palestinienne. Cette volonté du peuple n'a pas été respectée et des sanctions ont immédiatement été mises en place en avril 2006, aboutissant à un étranglement de la population palestinienne et contribuant largement à la radicaliser, la jetant dans les bras de l'Iran et des islamistes purs et durs.
Le Quartet, sous l'impulsion des États-Unis, a exigé que le gouvernement palestinien reconnaisse l'État d'Israël, rejette la violence et reconnaisse tous les accords passés sans jamais exiger quoi que ce soit des autorités israéliennes qui, depuis 40 ans, occupent la Cisjordanie et soumettent — depuis leur retrait de la bande de Gaza, pendant l'été 2005 — ce territoire microscopique à un blocus qui n'a jamais été dénoncé avec suffisamment de force.
Toutes les pressions amicales faites sur le gouvernement de l'État juif pour rendre aux Palestiniens le produit des taxes et des droits de douane illégalement retenus et qui ont asphyxié les finances de l'Autorité se sont perdues dans les sables.
La dizaine de voyages effectués par Mme Rice et les nombreuses navettes des émissaires européens se sont heurtés à l'intransigeance du gouvernement israélien. Non seulement les rencontres entre Mahmoud Abbas et Éhoud Olmert n'ont pas permis d'améliorer les conditions de vie des Palestiniens, elles n'ont pas fait évoluer d'un iota le processus de paix. La dernière rencontre, fixée au 9 juin, a été annulée par M. Abbas, celui-ci n'ayant pas pu obtenir la moindre assurance que les quelque 600 millions de dollars retenus par Israël allaient, au moins en partie, lui être restitués.
Pour compléter ce tableau en forme d'impasse, les nationalistes du Fatah, du moins les vieux caciques, ne se sont jamais résolus à accepter la perte du pouvoir au profit des islamistes.
Malgré toutes les tentatives, en dépit de l'accord du 11 septembre 2006 sur un programme d'union nationale, et après les éruptions violentes entre ces frères ennemis, grâce à l'Arabie saoudite et à la Ligue arabe, un accord a finalement été trouvé pour former un gouvernement d'union nationale réunissant à la fois le Fatah et le Hamas ainsi que des personnalités indépendantes.
Un État illusoire
Cette fois encore, Israël s'est refusé à reconnaître cette nouvelle entité et à relâcher son étreinte sur la bande de Gaza. Le cessez-le-feu instauré fin novembre a volé en éclats en avril. Pendant les trois mois de son existence, les ministres palestiniens n'ont reçu que de vagues promesses de la part de la communauté internationale. Seule la Norvège s'est singularisée en reprenant son aide dans le grand concert de l'hypocrisie internationale devant la situation palestinienne.
C'est pourquoi il est désormais trop tard pour se gargariser avec de belles paroles de soutien à M. Abbas. La bande de Gaza est désormais passée sous la tutelle pleine et entière du Hamas.
Il s'agit d'un véritable baril de poudre sur le flanc d'Israël, qui ne va certainement pas tolérer la mise en place d'une structure radicale islamique à ses portes, même si, par le passé, l'État juif avait favorisé l'émergence de ce courant radical pour contrer l'omnipotence du Fatah.
Aujourd'hui, alors que la Cisjordanie est toujours occupée, que les colonies gagnent du terrain, que les Palestiniens sont enfermés dans des réserves et ne contrôlent que partiellement 55 % du territoire, il est totalement illusoire de parler de la création d'un État palestinien.
Quant à l'Autorité palestinienne, création issue du processus de paix d'Oslo, son poids est de plus en plus insignifiant. Il suffit de constater avec quelle rapidité les forces loyales au président Abbas ont été balayées par les unités du Hamas.
«La dissolution de l'Autorité palestinienne a souvent été brandie comme une menace à l'encontre d'Israël de façon à ce que l'État juif assume ses responsabilités en tant que puissance occupante», écrit Alvoro de Soto, ancien représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour le Moyen-Orient, dans son rapport confidentiel de fin de mission.
«Aujourd'hui, ajoute-t-il, cette possibilité radicale ne semble plus entièrement absurde. Si ce n'est pas le résultat d'une implosion du gouvernement palestinien, la poursuite du siège sous les ordres du Quartet rend ce résultat plus que probable. Si cela se produisait, la responsabilité de la population reviendrait à la charge d'Israël en tant que puissance occupante, alors que le principal aboutissement des accords d'Oslo s'évanouirait.»
Il est même indécent de venir pleurer sur le sort de Mahmoud Abbas et de se lamenter sur la nouvelle crise qui met à feu et à sang les territoires palestiniens parce que rien n'a été fait pour venir en aide au président de l'Autorité palestinienne et tenter de construire avec lui un processus de paix capable de restaurer une vie digne aux quatre millions d'habitants qui vivent dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.
La responsabilité de la communauté internationale est écrasante. Et cela, pour plusieurs raisons. Elle a demandé la tenue de véritables élections après que Washington et Israël eurent déclaré que Yasser Arafat était «hors jeu» et qu'il n'était pas un interlocuteur valable. Mahmoud Abbas a été élu démocratiquement en janvier 2005. Il a toujours été considéré comme un modéré, mais les Israéliens et les Américains se sont joués de lui en ne lui permettant jamais de faire avancer d'une façon quelconque le processus de paix.
Ensuite, des élections libres et régulières ont porté au pouvoir le Hamas le 25 janvier 2006. Un scrutin, là encore, que la communauté internationale a appelé de ses voeux mais dont elle n'a pas reconnu les résultats parce que l'organisation islamiste avait été cataloguée «mouvement terroriste» bien que ses dirigeants aient, depuis le mois de janvier 2005, décrété une trêve qu'ils ont fait respecter.
Cette consultation avait traduit un fort rejet du Fatah en raison de la corruption et de la mauvaise gestion de l'Autorité palestinienne. Cette volonté du peuple n'a pas été respectée et des sanctions ont immédiatement été mises en place en avril 2006, aboutissant à un étranglement de la population palestinienne et contribuant largement à la radicaliser, la jetant dans les bras de l'Iran et des islamistes purs et durs.
Le Quartet, sous l'impulsion des États-Unis, a exigé que le gouvernement palestinien reconnaisse l'État d'Israël, rejette la violence et reconnaisse tous les accords passés sans jamais exiger quoi que ce soit des autorités israéliennes qui, depuis 40 ans, occupent la Cisjordanie et soumettent — depuis leur retrait de la bande de Gaza, pendant l'été 2005 — ce territoire microscopique à un blocus qui n'a jamais été dénoncé avec suffisamment de force.
Toutes les pressions amicales faites sur le gouvernement de l'État juif pour rendre aux Palestiniens le produit des taxes et des droits de douane illégalement retenus et qui ont asphyxié les finances de l'Autorité se sont perdues dans les sables.
La dizaine de voyages effectués par Mme Rice et les nombreuses navettes des émissaires européens se sont heurtés à l'intransigeance du gouvernement israélien. Non seulement les rencontres entre Mahmoud Abbas et Éhoud Olmert n'ont pas permis d'améliorer les conditions de vie des Palestiniens, elles n'ont pas fait évoluer d'un iota le processus de paix. La dernière rencontre, fixée au 9 juin, a été annulée par M. Abbas, celui-ci n'ayant pas pu obtenir la moindre assurance que les quelque 600 millions de dollars retenus par Israël allaient, au moins en partie, lui être restitués.
Pour compléter ce tableau en forme d'impasse, les nationalistes du Fatah, du moins les vieux caciques, ne se sont jamais résolus à accepter la perte du pouvoir au profit des islamistes.
Malgré toutes les tentatives, en dépit de l'accord du 11 septembre 2006 sur un programme d'union nationale, et après les éruptions violentes entre ces frères ennemis, grâce à l'Arabie saoudite et à la Ligue arabe, un accord a finalement été trouvé pour former un gouvernement d'union nationale réunissant à la fois le Fatah et le Hamas ainsi que des personnalités indépendantes.
Un État illusoire
Cette fois encore, Israël s'est refusé à reconnaître cette nouvelle entité et à relâcher son étreinte sur la bande de Gaza. Le cessez-le-feu instauré fin novembre a volé en éclats en avril. Pendant les trois mois de son existence, les ministres palestiniens n'ont reçu que de vagues promesses de la part de la communauté internationale. Seule la Norvège s'est singularisée en reprenant son aide dans le grand concert de l'hypocrisie internationale devant la situation palestinienne.
C'est pourquoi il est désormais trop tard pour se gargariser avec de belles paroles de soutien à M. Abbas. La bande de Gaza est désormais passée sous la tutelle pleine et entière du Hamas.
Il s'agit d'un véritable baril de poudre sur le flanc d'Israël, qui ne va certainement pas tolérer la mise en place d'une structure radicale islamique à ses portes, même si, par le passé, l'État juif avait favorisé l'émergence de ce courant radical pour contrer l'omnipotence du Fatah.
Aujourd'hui, alors que la Cisjordanie est toujours occupée, que les colonies gagnent du terrain, que les Palestiniens sont enfermés dans des réserves et ne contrôlent que partiellement 55 % du territoire, il est totalement illusoire de parler de la création d'un État palestinien.
Quant à l'Autorité palestinienne, création issue du processus de paix d'Oslo, son poids est de plus en plus insignifiant. Il suffit de constater avec quelle rapidité les forces loyales au président Abbas ont été balayées par les unités du Hamas.
«La dissolution de l'Autorité palestinienne a souvent été brandie comme une menace à l'encontre d'Israël de façon à ce que l'État juif assume ses responsabilités en tant que puissance occupante», écrit Alvoro de Soto, ancien représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour le Moyen-Orient, dans son rapport confidentiel de fin de mission.
«Aujourd'hui, ajoute-t-il, cette possibilité radicale ne semble plus entièrement absurde. Si ce n'est pas le résultat d'une implosion du gouvernement palestinien, la poursuite du siège sous les ordres du Quartet rend ce résultat plus que probable. Si cela se produisait, la responsabilité de la population reviendrait à la charge d'Israël en tant que puissance occupante, alors que le principal aboutissement des accords d'Oslo s'évanouirait.»
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