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La bande de Gaza s'enfonce dans la guerre civile

N/A ZZZN/A   14 juin 2007  Proche-Orient
Un combattant du Hamas prend position devant le quartier général des services de sécurité palestiniens à Gaza.
Photo : Agence Reuters
Un combattant du Hamas prend position devant le quartier général des services de sécurité palestiniens à Gaza.
La bande de Gaza s'est un peu plus enfoncée dans la guerre civile hier alors que le Hamas semblait en voie de mettre en déroute les services de sécurité palestiniens fidèles au président Mahmoud Abbas, qui a évoqué un «effondrement» de ce territoire où des batailles rangées ont lieu depuis une semaine.

Trente-trois Palestiniens, pour la plupart des combattants des deux camps, ont été tués dans les affrontements hier, ce qui porte à 83 le nombre de morts depuis le début, le 7 juin, de la dernière vague de violences.

Les combattants du Hamas ont concentré leurs attaques contre les quartiers généraux des services de sécurité, dont le contrôle est la principale source de tension ayant dégénéré en plusieurs vagues de combats meurtriers depuis le début de 2006.

Un assaut a été mené contre le QG de la Sécurité préventive à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, que des activistes du Hamas ont fait exploser à l'aide d'une puissante charge. Les combattants se sont ensuite emparés du QG.

Une manifestation contre ces combats fratricides a rassemblé hier matin un millier de personnes dans les rues de la ville de Gaza, mais des hommes armés ont ouvert le feu sur le cortège, tuant deux personnes et en blessant quatre autres.

La branche armée du Hamas s'est assuré le contrôle de la partie nord de la bande de Gaza en s'emparant d'une importante base des forces de sécurité du Fatah et en dressant des barrages sur les principaux axes routiers du secteur. Elle a donné jusqu'à demain soir aux «partisans d'un coup d'État» — voulant ainsi désigner les membres du Fatah — pour déposer les armes.

En réponse à cet ultimatum, les Forces nationales de sécurité, dominées par le Fatah, ont ordonné à leurs hommes de «tenir leurs positions et de défendre sans faiblir leur quartier général». Mais environ 300 hommes du puissant clan familial Baker de la ville de Gaza, allié du Fatah, se sont rendus au Hamas en fin de journée. Six d'entre eux ont ensuite été tué par balles, selon des sources hospitalières. Des membres de ce clan ont accusé le Hamas de les avoir exécutés.

Quelques heures plus tard, le Hamas proposait un nouveau cessez-le-feu, à la condition que toutes les forces de sécurité palestiniennes soient soumises à l'autorité du ministre de l'Intérieur, poste provisoirement occupé par Haniyeh. Cette proposition a été présentée aux médiateurs égyptiens, qui vont la relayer aux dirigeants du Fatah.

Le Hamas semble avoir gagné du terrain lors des derniers combats, qui se sont étendus au centre et au sud de la bande de Gaza.

Deux employés palestiniens de l'UNRWA ont été tués dans les combats alors que l'agence onusienne, chargée de l'aide aux réfugiés palestiniens, a fait savoir qu'elle suspendait ses activités dans le territoire. Les deux victimes auraient été touchées par des balles perdues et n'auraient pas été délibérément prises pour cibles, a précisé un porte-parole de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (UNRWA).

Interrogé en Cisjordanie, territoire palestinien largement épargné par ces combats fratricides, Mahmoud Abbas a dénoncé la «folie» des combats en cours à Gaza et a de nouveau lancé un appel au cessez-le-feu.

Un responsable qui a requis l'anonymat a indiqué hier soir que la présidence palestinienne allait faire une annonce décisive aujourd'hui au sujet du partenariat entre le Hamas et le Fatah au sein du gouvernement d'union mis en place en mars pour mettre fin à la violence. D'autres responsables palestiniens n'ont pas exclu un retrait du Fatah du président Mahmoud Abbas du gouvernement d'union.

Limités jusqu'ici à la bande de Gaza, les accrochages ont gagné hier la Cisjordanie, où des combats, qui n'ont fait aucune victime, ont éclaté. Un groupe armé du Fatah a annoncé avoir enlevé à Naplouse 11 membres du Hamas qui ont été libérés en soirée, selon des sources sécuritaires.

Les ministres des Affaires étrangères arabes tiendront samedi au Caire une réunion extraordinaire consacrée aux combats entre le Fatah et le Hamas, a indiqué hier un haut responsable de la Ligue arabe.

«À l'initiative de l'Égypte, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a convoqué une réunion urgente samedi au niveau des ministres des Affaires étrangères pour examiner la recrudescence des combats dans la bande de Gaza», a déclaré ce responsable sous couvert de l'anonymat.

Israël, qui s'est engagé à ne pas s'ingérer dans ces violences internes, a affirmé que l'issue des combats serait cruciale pour les perspectives d'un accord de paix avec les Palestiniens. À Jérusalem, la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, a déclaré hier que si les islamistes du Hamas prenaient le contrôle de la bande de Gaza, cela remettrait en question les moyens de parvenir à un accord avec les autorités palestiniennes.

En visite à Tokyo, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Ziad Abou Amr, a mis en garde hier contre les risques de propagation des violences à la Cisjordanie et a invité la communauté internationale à fournir davantage d'aide financière. «L'idée est maintenant de voir comment nous pouvons sauver la situation», a-t-il dit, soulignant qu'il fallait remédier au plus vite à une situation économique catastrophique, en particulier dans la bande de Gaza, où le chômage atteint 70 %. «Si vous enfermez deux frères dans une cage en les privant des moyens d'existence élémentaires, ils se battront», a-t-il dit. «Je ne pense pas qu'il faille imputer la responsabilité aux victimes.»

Les forces en présence

Les forces du Fatah disposent d'une supériorité numérique et certaines de leurs unités reçoivent formation et équipements dans le cadre d'un programme échafaudé par les États-Unis. Beaucoup d'analystes estiment cependant que la branche armée et la Force exécutive du Hamas ont le double avantage d'une motivation plus forte et d'une meilleure organisation.

Déployée pour la première fois en mai 2006 dans les rues de Gaza, la Force exécutive du Hamas a vu ses effectifs passer d'environ 3000 à près de 6000.

La Force exécutive se compose principalement de membres de la branche armée du Hamas, les Brigades Izzedine al-Kassam, qui compteraient 15 000 membres, mais on ignore combien d'entre eux font aussi partie de la Force exécutive et d'autres unités.

Avec le soutien des États-Unis, la garde présidentielle d'Abbas, corps d'élite, s'est dotée d'effectifs qui atteignent environ 5000 hommes dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée, contre 2500 à l'arrivée du Hamas au pouvoir, en mars 2006.






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