Irak: 34 000 civils tués en 2006
Photo : Agence Reuters
Une des victimes du double attentat commis hier à l’Université de Bagdad est transportée vers une ambulance. Un rapport des Nations unies rendu public hier estime que les violences ont tué 34 452 civils en Irak en 2006, des chiffres presque trois f
Plus de cent personnes ont péri, hier, dans une série d'attentats à Bagdad, alors que les Nations unies rendaient public un rapport évaluant à plus de 34 000 le nombre de civils tués l'année dernière en Irak et prévenant que la violence allait «probablement se poursuivre» faute d'une justice fonctionnelle.
L'attentat le plus meurtrier a frappé l'Université de Bagdad. Deux bombes, l'une portée par un kamikaze, l'autre placée dans une voiture piégée, ont explosé presque simultanément à deux entrées de l'université, alors que les étudiants sortaient de cours en fin d'après-midi, faisant au moins 70 morts et 169 blessés.
Peu après, des dizaines de corps désarticulés jonchaient la chaussée noircie, alors que des téléphones portables sonnaient dans le vide, a constaté un photographe de l'AFP.
La nouvelle série d'attentats, jumelée au rapport onusien, est venue souligner la profondeur du problème sécuritaire auquel font face les troupes d'occupation américaines au moment où les États-Unis s'apprêtent à déployer dans la capitale quelque 17 500 soldats supplémentaires, dont les premiers éléments sont déjà sur place, dans le cadre de la «nouvelle stratégie» du président George W. Bush pour endiguer, en collaboration avec les forces irakiennes, la violence interconfessionnelle et rétablir l'ordre à Bagdad.
Le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a condamné «ce crime horrible contre des innocents étudiants» et promis, dans un communiqué officiel, que «les auteurs de cet acte lâche [...] seront retrouvés et la justice rendue».
Dans la matinée, quinze personnes avaient trouvé la mort dans un double attentat à la bombe, dans le centre de Bagdad, dans un marché de motocyclettes et d'équipements électroniques, non loin d'une mosquée sunnite. Dix autres personnes ont été tuées dans un marché du nord-est de la ville, par des hommes armés qui ont ouvert le feu sur la foule. Il s'agit du bilan le plus sanglant depuis les attentats du 23 novembre dernier à Sadr City, qui avaient fait plus de 200 morts.
Impunité
Le rapport de la Mission d'assistance des Nations unies pour l'Irak s'appuie sur des chiffres fournis par l'Institut médico-légal de Bagdad et les hôpitaux de l'ensemble du pays. Il évalue qu'en 2006, les violences ont tué 34 452 civils en Irak, soit une moyenne de 94 morts par jour, et fait 36 685 blessés. Des chiffres presque trois fois supérieurs à ceux du gouvernement irakien. Au moins 470 094 personnes ont en outre été déplacées sous la contrainte, selon l'ONU, depuis l'attentat en février 2006 contre la mosquée chiite de Samarra (nord de Bagdad), qui avait provoqué une explosion des violences interconfessionnelles.
Près de la moitié des violences concernent Bagdad (16 867 tués), précisent les auteurs de ce rapport bimensuel sur la situation des droits de l'homme dans le pays. «Les groupes armés sunnites et chiites tentent de prendre le contrôle des quartiers mixtes en intimidant et en assassinant les populations civiles», écrivent-ils.
Le Sud à majorité chiite et le Kurdistan, au nord, sont «relativement plus sûrs», encore que la violence s'est récemment accrue dans certaines régions, comme dans les villes ethniquement diversifiées comme Mosoul et Kirkouk. Il y a crise latente à Kirkouk, centre pétrolier du nord de l'Irak, où Arabes et Turcomans feraient l'objet d'intimidations de la part des forces kurdes, indique le rapport. «Ils sont de plus en plus exposés à des menaces, des intimidations et des arrestations [arbitraires], souvent dans des locaux [...] administrés par les renseignements et les forces de sécurité kurdes», dit le document.
Le chef de mission, Gianni Magazzeni, a fait valoir que le cycle des violences et des représailles allait en s'aggravant faute d'un système judiciaire impartial et efficace. «À moins que la population n'ait le sentiment que justice est faite, il est malheureusement à prévoir que la violence va se poursuivre, a déclaré M. Magazzeni à des journalistes. La réalisation de progrès au chapitre de l'imputabilité aiderait grandement à renverser la tendance.»
Le rapport fait état d'«un sentiment croissant d'impunité», en Irak, ce qui «pousse les gens à se faire justice eux-mêmes et à s'en remettre aux milices et aux gangs criminels». Il note que ces milices et ces gangs criminels infiltrent de plus en plus les forces de sécurité irakiennes ou oeuvrent de plus en plus en collusion avec elles.
Le rapport onusien est également critique à l'égard des troupes coalisées, dont les opérations «font gravement souffrir la population locale». Les contraintes à la liberté de mouvement et, donc, à l'accès aux services de base affectent une large part de la population, ajoute-t-il.
Les nouvelles violences mettent en outre à l'épreuve la volonté de coopération de M. Maliki, dont la collaboration sera essentielle à M. Bush si ce dernier veut pouvoir espérer que sa «nouvelle stratégie» donne des résultats, surtout en ce qui a trait au musellement de l'Armée du Mahdi, une milice chiite dont la branche politique est un pilier de l'actuel gouvernement irakien.
Rallier le monde arabe
En tournée au Proche-Orient, la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, poursuivait pendant ce temps ses efforts pour réunir autour du plan Bush l'appui le plus large possible du monde arabe. Résultats mitigés: à Koweït, hier, elle a bien obtenu l'appui des dirigeants arabes au plan Bush, mais sans parvenir à leur arracher d'engagement précis envers le gouvernement irakien pour contrer l'influence de l'Iran en Irak.
Réunis dans la soirée autour de Mme Rice, les chefs de la diplomatie des pays du Golfe, de la Jordanie et de l'Égypte ont appelé l'Iran, entre les lignes de leur communiqué commun, à s'abstenir de toute ingérence dans la région et se sont félicités de la décision du président américain de renforcer le dispositif militaire américain dans le Golfe.
Le fait est que leur communiqué commun, le premier depuis la création en septembre du CCG+2 — le Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Oman), l'Égypte et la Jordanie —, ne mentionne pas nommément l'Iran.
«Les participants affirment que les différends entre États devraient être réglés par des moyens pacifiques et conformément aux normes internationales, et que les relations entre tous les pays devraient être fondées sur le respect mutuel de la souveraineté et l'intégrité territoriale de tous les États, ainsi que sur le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures», indique le document.
Mme Rice a néanmoins reconnu devant les journalistes que les dirigeants de la région doutaient de la capacité et de la volonté de Nouri al-Maliki de mener à bien son programme de réconciliation nationale. «Il y a des inquiétudes sur le fait de savoir si le gouvernement Maliki est prêt à suivre une voie équilibrée, non sectaire, a-t-elle déclaré. Cela ne fait aucun doute.»
Aussi, des centaines de personnes se sont rassemblées sur les tombes de Barzan al-Tikriti, demi-frère de Saddam Hussein et ancien chef des services de renseignement, et d'Awad al-Bandar, ancien président du tribunal révolutionnaire, pendus lundi à Bagdad. Les deux hommes avaient été condamnés à mort en novembre pour le massacre de 148 villageois chiites, en même temps que Saddam Hussein, pendu le 30 décembre dernier. Ils ont été enterrés dès lundi soir à Aouja, village natal de l'ancien président, près de Tikrit.
Pétrole contre nourriture
Enfin, l'ex-directeur de l'ancien programme Pétrole contre nourriture de l'ONU en Irak, le Chypriote Benon Sevan, a été accusé, hier, de corruption par un tribunal new-yorkais qui a lancé un mandat d'arrêt international contre lui.
Selon le chef d'accusation, M. Sevan aurait reçu 160 000 $US du gouvernement irakien de Saddam Hussein par l'intermédiaire d'Ephraim Nadler, autre Chypriote également accusé hier. M. Sevan, âgé de 69 ans, risque 50 ans de prison. Il avait démissionné de l'ONU en août 2005 après avoir été mis en cause par la commission d'enquête dirigée par l'ancien banquier américain, Paul Volcker.
Établi par le Conseil de sécurité, le programme Pétrole contre nourriture avait permis à l'Irak de vendre sous contrôle onusien, de 1996 à 2003, des quantités limitées de pétrole et d'acheter en échange des biens pour sa population, alors que le pays était soumis à un embargo international après l'invasion du Koweït. Dans un scandale révélé en 2004, le gouvernement irakien avait perverti le système et plusieurs milliards de dollars avaient été détournés. À ce jour, la justice américaine a accusé de corruption 14 personnes en rapport avec cette affaire.
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Avec l'Agence France-Presse et The New York Times
L'attentat le plus meurtrier a frappé l'Université de Bagdad. Deux bombes, l'une portée par un kamikaze, l'autre placée dans une voiture piégée, ont explosé presque simultanément à deux entrées de l'université, alors que les étudiants sortaient de cours en fin d'après-midi, faisant au moins 70 morts et 169 blessés.
Peu après, des dizaines de corps désarticulés jonchaient la chaussée noircie, alors que des téléphones portables sonnaient dans le vide, a constaté un photographe de l'AFP.
La nouvelle série d'attentats, jumelée au rapport onusien, est venue souligner la profondeur du problème sécuritaire auquel font face les troupes d'occupation américaines au moment où les États-Unis s'apprêtent à déployer dans la capitale quelque 17 500 soldats supplémentaires, dont les premiers éléments sont déjà sur place, dans le cadre de la «nouvelle stratégie» du président George W. Bush pour endiguer, en collaboration avec les forces irakiennes, la violence interconfessionnelle et rétablir l'ordre à Bagdad.
Le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a condamné «ce crime horrible contre des innocents étudiants» et promis, dans un communiqué officiel, que «les auteurs de cet acte lâche [...] seront retrouvés et la justice rendue».
Dans la matinée, quinze personnes avaient trouvé la mort dans un double attentat à la bombe, dans le centre de Bagdad, dans un marché de motocyclettes et d'équipements électroniques, non loin d'une mosquée sunnite. Dix autres personnes ont été tuées dans un marché du nord-est de la ville, par des hommes armés qui ont ouvert le feu sur la foule. Il s'agit du bilan le plus sanglant depuis les attentats du 23 novembre dernier à Sadr City, qui avaient fait plus de 200 morts.
Impunité
Le rapport de la Mission d'assistance des Nations unies pour l'Irak s'appuie sur des chiffres fournis par l'Institut médico-légal de Bagdad et les hôpitaux de l'ensemble du pays. Il évalue qu'en 2006, les violences ont tué 34 452 civils en Irak, soit une moyenne de 94 morts par jour, et fait 36 685 blessés. Des chiffres presque trois fois supérieurs à ceux du gouvernement irakien. Au moins 470 094 personnes ont en outre été déplacées sous la contrainte, selon l'ONU, depuis l'attentat en février 2006 contre la mosquée chiite de Samarra (nord de Bagdad), qui avait provoqué une explosion des violences interconfessionnelles.
Près de la moitié des violences concernent Bagdad (16 867 tués), précisent les auteurs de ce rapport bimensuel sur la situation des droits de l'homme dans le pays. «Les groupes armés sunnites et chiites tentent de prendre le contrôle des quartiers mixtes en intimidant et en assassinant les populations civiles», écrivent-ils.
Le Sud à majorité chiite et le Kurdistan, au nord, sont «relativement plus sûrs», encore que la violence s'est récemment accrue dans certaines régions, comme dans les villes ethniquement diversifiées comme Mosoul et Kirkouk. Il y a crise latente à Kirkouk, centre pétrolier du nord de l'Irak, où Arabes et Turcomans feraient l'objet d'intimidations de la part des forces kurdes, indique le rapport. «Ils sont de plus en plus exposés à des menaces, des intimidations et des arrestations [arbitraires], souvent dans des locaux [...] administrés par les renseignements et les forces de sécurité kurdes», dit le document.
Le chef de mission, Gianni Magazzeni, a fait valoir que le cycle des violences et des représailles allait en s'aggravant faute d'un système judiciaire impartial et efficace. «À moins que la population n'ait le sentiment que justice est faite, il est malheureusement à prévoir que la violence va se poursuivre, a déclaré M. Magazzeni à des journalistes. La réalisation de progrès au chapitre de l'imputabilité aiderait grandement à renverser la tendance.»
Le rapport fait état d'«un sentiment croissant d'impunité», en Irak, ce qui «pousse les gens à se faire justice eux-mêmes et à s'en remettre aux milices et aux gangs criminels». Il note que ces milices et ces gangs criminels infiltrent de plus en plus les forces de sécurité irakiennes ou oeuvrent de plus en plus en collusion avec elles.
Le rapport onusien est également critique à l'égard des troupes coalisées, dont les opérations «font gravement souffrir la population locale». Les contraintes à la liberté de mouvement et, donc, à l'accès aux services de base affectent une large part de la population, ajoute-t-il.
Les nouvelles violences mettent en outre à l'épreuve la volonté de coopération de M. Maliki, dont la collaboration sera essentielle à M. Bush si ce dernier veut pouvoir espérer que sa «nouvelle stratégie» donne des résultats, surtout en ce qui a trait au musellement de l'Armée du Mahdi, une milice chiite dont la branche politique est un pilier de l'actuel gouvernement irakien.
Rallier le monde arabe
En tournée au Proche-Orient, la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, poursuivait pendant ce temps ses efforts pour réunir autour du plan Bush l'appui le plus large possible du monde arabe. Résultats mitigés: à Koweït, hier, elle a bien obtenu l'appui des dirigeants arabes au plan Bush, mais sans parvenir à leur arracher d'engagement précis envers le gouvernement irakien pour contrer l'influence de l'Iran en Irak.
Réunis dans la soirée autour de Mme Rice, les chefs de la diplomatie des pays du Golfe, de la Jordanie et de l'Égypte ont appelé l'Iran, entre les lignes de leur communiqué commun, à s'abstenir de toute ingérence dans la région et se sont félicités de la décision du président américain de renforcer le dispositif militaire américain dans le Golfe.
Le fait est que leur communiqué commun, le premier depuis la création en septembre du CCG+2 — le Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Oman), l'Égypte et la Jordanie —, ne mentionne pas nommément l'Iran.
«Les participants affirment que les différends entre États devraient être réglés par des moyens pacifiques et conformément aux normes internationales, et que les relations entre tous les pays devraient être fondées sur le respect mutuel de la souveraineté et l'intégrité territoriale de tous les États, ainsi que sur le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures», indique le document.
Mme Rice a néanmoins reconnu devant les journalistes que les dirigeants de la région doutaient de la capacité et de la volonté de Nouri al-Maliki de mener à bien son programme de réconciliation nationale. «Il y a des inquiétudes sur le fait de savoir si le gouvernement Maliki est prêt à suivre une voie équilibrée, non sectaire, a-t-elle déclaré. Cela ne fait aucun doute.»
Aussi, des centaines de personnes se sont rassemblées sur les tombes de Barzan al-Tikriti, demi-frère de Saddam Hussein et ancien chef des services de renseignement, et d'Awad al-Bandar, ancien président du tribunal révolutionnaire, pendus lundi à Bagdad. Les deux hommes avaient été condamnés à mort en novembre pour le massacre de 148 villageois chiites, en même temps que Saddam Hussein, pendu le 30 décembre dernier. Ils ont été enterrés dès lundi soir à Aouja, village natal de l'ancien président, près de Tikrit.
Pétrole contre nourriture
Enfin, l'ex-directeur de l'ancien programme Pétrole contre nourriture de l'ONU en Irak, le Chypriote Benon Sevan, a été accusé, hier, de corruption par un tribunal new-yorkais qui a lancé un mandat d'arrêt international contre lui.
Selon le chef d'accusation, M. Sevan aurait reçu 160 000 $US du gouvernement irakien de Saddam Hussein par l'intermédiaire d'Ephraim Nadler, autre Chypriote également accusé hier. M. Sevan, âgé de 69 ans, risque 50 ans de prison. Il avait démissionné de l'ONU en août 2005 après avoir été mis en cause par la commission d'enquête dirigée par l'ancien banquier américain, Paul Volcker.
Établi par le Conseil de sécurité, le programme Pétrole contre nourriture avait permis à l'Irak de vendre sous contrôle onusien, de 1996 à 2003, des quantités limitées de pétrole et d'acheter en échange des biens pour sa population, alors que le pays était soumis à un embargo international après l'invasion du Koweït. Dans un scandale révélé en 2004, le gouvernement irakien avait perverti le système et plusieurs milliards de dollars avaient été détournés. À ce jour, la justice américaine a accusé de corruption 14 personnes en rapport avec cette affaire.
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Avec l'Agence France-Presse et The New York Times
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