Bagdad enquête
Photo : Agence Reuters
Les manifestations dénonçant l’exécution de Saddam Hussein continuent de se dérouler un peu partout dans le monde arabe, attirant des milliers de personnes entre autres au Yémen, en Tunisie, dans les territoires palestiniens et en Jordanie, où l
Les autorités irakiennes ont ordonné hier l'ouverture d'une enquête pour découvrir l'identité de l'auteur d'une vidéo pirate particulièrement éloquente de la pendaison de Saddam Hussein qui a circulé à la vitesse de l'éclair dans Internet. Sur les images, on peut entendre des gens invectiver l'ancien raïs, scander le nom du chef radical chiite Moqtada al-Sadr et lancer des appels à la vengeance immédiatement après sa mort. Très embarrassantes, ces images ont attisé l'indignation au sein de la communauté sunnite irakienne et du monde arabe, faisant peser la menace d'une aggravation de la violence interconfessionnelle dans le pays.
«Une enquête a été ouverte pour déterminer qui a filmé, avec son téléphone portatif, la vidéo de l'exécution de l'ancien président irakien», a indiqué une source proche du premier ministre Nouri al-Maliki. Les autorités veulent connaître également le nom de celui ou de ceux qui sont responsables de la diffusion de ces images dans Internet.
Khoudaïer al-Khouzaï, qui assure l'intérim du ministre de la Justice présentement en déplacement à l'étranger, a déclaré que certains gardiens semblaient avoir enfreint les instructions de ne pas filmer l'exécution avec des téléphones portatifs. «Le gouvernement va enquêter sur ce qui s'est passé. Cette opération aurait dû avoir lieu conformément aux critères les plus élevés de discipline et de respect pour le condamné, à la fois avant et après sa mort», a-t-il déclaré, ajoutant que «des comptes devront être rendus».
La crise est d'autant plus grave, selon Salim al-Djibouri, un des responsables du Front de la concorde, principale formation politique sunnite, que cet incident fait planer un doute sur la volonté de réconciliation nationale affichée par le premier ministre al-Maliki.
Cette vidéo pirate complète de l'exécution a été diffusée dans Internet le lendemain de l'exécution. De médiocre qualité, elle montre des images pour le moins inquiétantes: des cris de haine communautaire adressés au chef sunnite et des scansions du nom de Moqtada al-Sadr, le plus radical des chefs chiites qui se partagent actuellement le pouvoir à Bagdad, dont Saddam Hussein avait fait exécuter l'oncle, l'ayatollah Mohammed al-Baqr, et torturer à mort la tante, Bent Houda. L'enquête ordonnée par le gouvernement doit d'ailleurs déterminer l'identité des auteurs de ces cris.
Un porte-parole de Moqtada Sadr, Nassar al-Roubaïe, a qualifié hier de «réaction personnelle» d'un des témoins l'invocation du nom de «Moqtada» lors de l'exécution. «Nous avons tous été surpris. C'était un acte terrible», a pour sa part expliqué un conseiller du premier ministre irakien Nouri al-Maliki, Sami al-Askari, qui assistait à la pendaison. «Nous souhaitions tout faire en accord avec la loi. Et puis à la dernière minute, l'un des gardes a commencé à crier ces mauvaises choses», a déclaré M. Askari. «C'était l'un des gardes masqués. Tous les témoins dans l'assistance ont été choqués», a-t-il accusé.
Selon le procureur général Mounqeth al-Faroun, également présent à la pendaison, seuls deux témoins disposaient de téléphones portatifs parmi la vingtaine de personnes présentes. «Tous deux étaient des hauts responsables du gouvernement», a-t-il souligné sur la chaîne al-Jazira, refusant cependant de les nommer. De son côté, le président Jalal Talabani a affirmé qu'il s'était «tenu à l'écart» de l'exécution, assurant qu'il «ne savait pas à l'avance» la date de la pendaison de l'ex-dictateur.
Les images de la haine
Très embarrassantes pour le premier ministre Maliki et la coalition chiite au pouvoir, ces images ont encore accru l'indignation au sein de la communauté sunnite irakienne et du monde arabe, alors que des milliers d'Irakiens continuaient hier à venir rendre hommage à l'ancien président dans son bastion de Tikrit (180 km au nord de Bagdad) et dans son village natal d'Aouja, où repose sa dépouille.
Après trois jours de fermeture imposés par le gouvernement, les accès de Tikrit ont été à nouveau ouverts à la circulation automobile et les partisans de l'ancien raïs sont de nouveau venus en nombre, mais dans le calme, pour prier sur sa tombe dans une propriété familiale à Aouja, quatre kilomètres plus au sud. Brandissant des portraits de Saddam Hussein, présenté comme un héros et martyr, des centaines de personnes ont en outre défilé hier à Mossoul, dans le nord de l'Irak, pour protester contre l'exécution de l'ancien président irakien.
Dans ce climat tendu, les images pirates, disponibles notamment sur YouTube, risquent d'attiser la haine interconfessionnelle en Irak. Pour certains, elles tendent en effet à démontrer que la pendaison de l'ex-raïs est non pas un châtiment imputable à ses innombrables crimes, mais beaucoup plus une vengeance à caractère confessionnel. Du temps de Saddam, la justice, tout comme les services de sécurité irakiens ou l'état-major de l'armée, était un apanage sunnite. Désormais, elle semble relever des seuls chiites.
Le lieu où s'est déroulé l'exécution le montre bien: la salle d'une caserne des renseignements militaires de Khadamiyah, dans le nord de la capitale. Non seulement ce quartier est-il majoritairement chiite, mais cette unité de l'armée est notoirement connue pour être infiltrée par les éléments les plus radicaux des partis islamistes chiites, dont l'Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr, qui ont formé en son sein des escadrons de la mort que la communauté sunnite craint tout particulièrement.
Tous les symboles visibles sur la vidéo sont d'ailleurs spécifiquement chiites: la prière des personnes présentes fait référence aux imams historiques du chiisme, les cris de vengeance et les invocations du nom de l'ayatollah Mohammed al-Baqr. Les images témoignent que les chiites ont cherché à faire savoir au dictateur, au moment même où ils lui passaient la corde au cou, qu'ils se vengeaient et que leur communauté était désormais maîtresse de l'Irak.
À l'inverse, Saddam Hussein a endossé l'habit du martyr sunnite, notamment en récitant la chahada, la profession de foi musulmane. Sa dignité au moment de mourir a sans doute ému le «triangle sunnite» du pays. Car si, chez les chiites, l'exécution de Saddam Hussein a été ressentie comme une revanche sur les persécutions du passé et la victoire de leur communauté, elle a été perçue par les sunnites comme une véritable déclaration de guerre.
Certes, la rébellion sunnite, qui lutte pour avoir un avenir dans l'actuel Irak, ne se réclame pas de lui. Mais au niveau symbolique, elle risque d'être analysée comme un acharnement supplémentaire des chiites contre les sunnites. Mais ce ressentiment des sunnites va au-delà de l'Irak pour concerner l'ensemble du monde sunnite.
Même le moment choisi pour l'exécution n'est pas innocent. Elle est en effet intervenue le jour de l'Aïd al-Adha, la fête du sacrifice — chez les chiites, elle ne débute que le lendemain. Il y a dès lors une analogie évidente entre l'exécution de Saddam Hussein et les moutons que l'on tue en mémoire du sacrifice d'Abraham. «Exécuter le martyr Saddam le premier jour de l'Adha, un des mois les plus sacrés de l'année, est un défi au sentiment des musulmans, participe à la lutte sectaire et confirme que la politique de Bush est vindicative», écrivait hier le Syndicat des associations professionnelles d'Amman.
Réactions mitigées
Un avocat de Saddam Hussein, le Français Emmanuel Ludot, a demandé aux Nations unies la création d'une commission d'enquête sur les circonstances de l'exécution de son client. Dans cette lettre adressée au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon,
Me Ludot sollicite «que soit ordonnée une commission d'enquête sous l'égide des Nations unies», estimant que les «conditions de l'exécution» de Saddam Hussein sont «sur le plan des principes, intolérables».
L'avocat a affirmé que l'ancien dictateur «est resté jusqu'à sa mort soumis au statut de prisonnier de guerre et devait bénéficier comme tel de la Convention de Genève de 1949». À ce titre, juge l'avocat, il n'aurait pas dû être pendu mais «passé par les armes». Me Ludot dénonce également les films réalisés de la pendaison. «La photographie par tout support du visage du condamné a violé de manière caractérisée la Convention de Genève», a-t-il assuré, demandant: «Pourquoi l'ONU n'a-t-elle pas pris les précautions indispensables pour s'assurer d'un minimum de dignité au profit du prisonnier de guerre?»
Le vice-premier ministre britannique, John Prescott, a qualifié de son côté de «déplorable» la manière dont l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein avait été exécuté, samedi à Bagdad.
M. Prescott a également qualifié de «totalement inacceptable» la diffusion dès dimanche dans Internet de la vidéo complète, filmée par un téléphone portatif, de la pendaison de l'ancien raïs. «La manière était vraiment extrêmement déplorable, a déclaré M. Prescott à la BBC Radio Four. Je ne pense pas que quiconque puisse approuver cela, quelle que soit son opinion sur la peine de mort.» «Franchement, voir ce genre de vidéo sortir est totalement inacceptable et je pense que ceux qui sont responsables de ça devraient avoir honte», a-t-il ajouté.
Le nouveau secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a quant à lui causé un début de controverse hier par des propos ambigus sur l'exécution de Saddam Hussein qu'il n'a pas condamnée, semblant ainsi en rupture avec l'opposition traditionnelle de l'ONU à la peine de mort. Il s'est contenté de rappeler que Saddam Hussein avait commis «des crimes odieux et des atrocités innommables contre le peuple irakien», invitant à «ne pas oublier ses victimes». Estimant que la question de la peine de mort était du ressort des États membres, il a émis l'espoir que ceux-ci respectent «tous les aspects du droit international».
Première tuile de 2007 pour Bush
La diffusion de ces images pirates survient aussi à un bien mauvais moment pour le président américain George W. Bush, qui se prépare à dévoiler sa nouvelle stratégie pour l'Irak. La situation est d'autant plus difficile que nombre de ses alliés républicains au Congrès s'opposent publiquement à une escalade militaire pour une guerre de plus en plus impopulaire, et que le nombre de soldats tués depuis l'invasion a franchi le cap des 3000. Dans ce contexte, M. Bush envisage «toutes les options», y compris certaines qualifiées dans la presse américaine de «progression» ou «progression soutenue» du nombre des soldats américains sur le terrain.
Mais la plus grande partie de l'opposition démocrate, certains républicains de premier plan et même le commandant de la force multinationale en Irak, le général américain George Casey, sont opposés à une présence militaire américaine prolongée en Irak. De plus, selon un sondage réalisé par le groupe de presse privé Military Times, qui n'est pas affilié au Pentagone, la majorité des militaires américains en service actif désapprouvent la gestion de la guerre en Irak par M. Bush.
Dans son message du nouvel an, M. Bush a pourtant assuré depuis son ranch du Texas que les États-Unis continueraient à combattre le terrorisme et à oeuvrer pour «un Irak libre et unifié» en 2007. «Vaincre les terroristes et les extrémistes est le défi de notre temps et nous répondrons à l'appel de l'Histoire avec confiance, nous défendrons la liberté sans vaciller», a déclaré le président américain.
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Avec l'Agence France-Presse, Le Monde, Libération, le New York Times et Reuters
«Une enquête a été ouverte pour déterminer qui a filmé, avec son téléphone portatif, la vidéo de l'exécution de l'ancien président irakien», a indiqué une source proche du premier ministre Nouri al-Maliki. Les autorités veulent connaître également le nom de celui ou de ceux qui sont responsables de la diffusion de ces images dans Internet.
Khoudaïer al-Khouzaï, qui assure l'intérim du ministre de la Justice présentement en déplacement à l'étranger, a déclaré que certains gardiens semblaient avoir enfreint les instructions de ne pas filmer l'exécution avec des téléphones portatifs. «Le gouvernement va enquêter sur ce qui s'est passé. Cette opération aurait dû avoir lieu conformément aux critères les plus élevés de discipline et de respect pour le condamné, à la fois avant et après sa mort», a-t-il déclaré, ajoutant que «des comptes devront être rendus».
La crise est d'autant plus grave, selon Salim al-Djibouri, un des responsables du Front de la concorde, principale formation politique sunnite, que cet incident fait planer un doute sur la volonté de réconciliation nationale affichée par le premier ministre al-Maliki.
Cette vidéo pirate complète de l'exécution a été diffusée dans Internet le lendemain de l'exécution. De médiocre qualité, elle montre des images pour le moins inquiétantes: des cris de haine communautaire adressés au chef sunnite et des scansions du nom de Moqtada al-Sadr, le plus radical des chefs chiites qui se partagent actuellement le pouvoir à Bagdad, dont Saddam Hussein avait fait exécuter l'oncle, l'ayatollah Mohammed al-Baqr, et torturer à mort la tante, Bent Houda. L'enquête ordonnée par le gouvernement doit d'ailleurs déterminer l'identité des auteurs de ces cris.
Un porte-parole de Moqtada Sadr, Nassar al-Roubaïe, a qualifié hier de «réaction personnelle» d'un des témoins l'invocation du nom de «Moqtada» lors de l'exécution. «Nous avons tous été surpris. C'était un acte terrible», a pour sa part expliqué un conseiller du premier ministre irakien Nouri al-Maliki, Sami al-Askari, qui assistait à la pendaison. «Nous souhaitions tout faire en accord avec la loi. Et puis à la dernière minute, l'un des gardes a commencé à crier ces mauvaises choses», a déclaré M. Askari. «C'était l'un des gardes masqués. Tous les témoins dans l'assistance ont été choqués», a-t-il accusé.
Selon le procureur général Mounqeth al-Faroun, également présent à la pendaison, seuls deux témoins disposaient de téléphones portatifs parmi la vingtaine de personnes présentes. «Tous deux étaient des hauts responsables du gouvernement», a-t-il souligné sur la chaîne al-Jazira, refusant cependant de les nommer. De son côté, le président Jalal Talabani a affirmé qu'il s'était «tenu à l'écart» de l'exécution, assurant qu'il «ne savait pas à l'avance» la date de la pendaison de l'ex-dictateur.
Les images de la haine
Très embarrassantes pour le premier ministre Maliki et la coalition chiite au pouvoir, ces images ont encore accru l'indignation au sein de la communauté sunnite irakienne et du monde arabe, alors que des milliers d'Irakiens continuaient hier à venir rendre hommage à l'ancien président dans son bastion de Tikrit (180 km au nord de Bagdad) et dans son village natal d'Aouja, où repose sa dépouille.
Après trois jours de fermeture imposés par le gouvernement, les accès de Tikrit ont été à nouveau ouverts à la circulation automobile et les partisans de l'ancien raïs sont de nouveau venus en nombre, mais dans le calme, pour prier sur sa tombe dans une propriété familiale à Aouja, quatre kilomètres plus au sud. Brandissant des portraits de Saddam Hussein, présenté comme un héros et martyr, des centaines de personnes ont en outre défilé hier à Mossoul, dans le nord de l'Irak, pour protester contre l'exécution de l'ancien président irakien.
Dans ce climat tendu, les images pirates, disponibles notamment sur YouTube, risquent d'attiser la haine interconfessionnelle en Irak. Pour certains, elles tendent en effet à démontrer que la pendaison de l'ex-raïs est non pas un châtiment imputable à ses innombrables crimes, mais beaucoup plus une vengeance à caractère confessionnel. Du temps de Saddam, la justice, tout comme les services de sécurité irakiens ou l'état-major de l'armée, était un apanage sunnite. Désormais, elle semble relever des seuls chiites.
Le lieu où s'est déroulé l'exécution le montre bien: la salle d'une caserne des renseignements militaires de Khadamiyah, dans le nord de la capitale. Non seulement ce quartier est-il majoritairement chiite, mais cette unité de l'armée est notoirement connue pour être infiltrée par les éléments les plus radicaux des partis islamistes chiites, dont l'Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr, qui ont formé en son sein des escadrons de la mort que la communauté sunnite craint tout particulièrement.
Tous les symboles visibles sur la vidéo sont d'ailleurs spécifiquement chiites: la prière des personnes présentes fait référence aux imams historiques du chiisme, les cris de vengeance et les invocations du nom de l'ayatollah Mohammed al-Baqr. Les images témoignent que les chiites ont cherché à faire savoir au dictateur, au moment même où ils lui passaient la corde au cou, qu'ils se vengeaient et que leur communauté était désormais maîtresse de l'Irak.
À l'inverse, Saddam Hussein a endossé l'habit du martyr sunnite, notamment en récitant la chahada, la profession de foi musulmane. Sa dignité au moment de mourir a sans doute ému le «triangle sunnite» du pays. Car si, chez les chiites, l'exécution de Saddam Hussein a été ressentie comme une revanche sur les persécutions du passé et la victoire de leur communauté, elle a été perçue par les sunnites comme une véritable déclaration de guerre.
Certes, la rébellion sunnite, qui lutte pour avoir un avenir dans l'actuel Irak, ne se réclame pas de lui. Mais au niveau symbolique, elle risque d'être analysée comme un acharnement supplémentaire des chiites contre les sunnites. Mais ce ressentiment des sunnites va au-delà de l'Irak pour concerner l'ensemble du monde sunnite.
Même le moment choisi pour l'exécution n'est pas innocent. Elle est en effet intervenue le jour de l'Aïd al-Adha, la fête du sacrifice — chez les chiites, elle ne débute que le lendemain. Il y a dès lors une analogie évidente entre l'exécution de Saddam Hussein et les moutons que l'on tue en mémoire du sacrifice d'Abraham. «Exécuter le martyr Saddam le premier jour de l'Adha, un des mois les plus sacrés de l'année, est un défi au sentiment des musulmans, participe à la lutte sectaire et confirme que la politique de Bush est vindicative», écrivait hier le Syndicat des associations professionnelles d'Amman.
Réactions mitigées
Un avocat de Saddam Hussein, le Français Emmanuel Ludot, a demandé aux Nations unies la création d'une commission d'enquête sur les circonstances de l'exécution de son client. Dans cette lettre adressée au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon,
Me Ludot sollicite «que soit ordonnée une commission d'enquête sous l'égide des Nations unies», estimant que les «conditions de l'exécution» de Saddam Hussein sont «sur le plan des principes, intolérables».
L'avocat a affirmé que l'ancien dictateur «est resté jusqu'à sa mort soumis au statut de prisonnier de guerre et devait bénéficier comme tel de la Convention de Genève de 1949». À ce titre, juge l'avocat, il n'aurait pas dû être pendu mais «passé par les armes». Me Ludot dénonce également les films réalisés de la pendaison. «La photographie par tout support du visage du condamné a violé de manière caractérisée la Convention de Genève», a-t-il assuré, demandant: «Pourquoi l'ONU n'a-t-elle pas pris les précautions indispensables pour s'assurer d'un minimum de dignité au profit du prisonnier de guerre?»
Le vice-premier ministre britannique, John Prescott, a qualifié de son côté de «déplorable» la manière dont l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein avait été exécuté, samedi à Bagdad.
M. Prescott a également qualifié de «totalement inacceptable» la diffusion dès dimanche dans Internet de la vidéo complète, filmée par un téléphone portatif, de la pendaison de l'ancien raïs. «La manière était vraiment extrêmement déplorable, a déclaré M. Prescott à la BBC Radio Four. Je ne pense pas que quiconque puisse approuver cela, quelle que soit son opinion sur la peine de mort.» «Franchement, voir ce genre de vidéo sortir est totalement inacceptable et je pense que ceux qui sont responsables de ça devraient avoir honte», a-t-il ajouté.
Le nouveau secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a quant à lui causé un début de controverse hier par des propos ambigus sur l'exécution de Saddam Hussein qu'il n'a pas condamnée, semblant ainsi en rupture avec l'opposition traditionnelle de l'ONU à la peine de mort. Il s'est contenté de rappeler que Saddam Hussein avait commis «des crimes odieux et des atrocités innommables contre le peuple irakien», invitant à «ne pas oublier ses victimes». Estimant que la question de la peine de mort était du ressort des États membres, il a émis l'espoir que ceux-ci respectent «tous les aspects du droit international».
Première tuile de 2007 pour Bush
La diffusion de ces images pirates survient aussi à un bien mauvais moment pour le président américain George W. Bush, qui se prépare à dévoiler sa nouvelle stratégie pour l'Irak. La situation est d'autant plus difficile que nombre de ses alliés républicains au Congrès s'opposent publiquement à une escalade militaire pour une guerre de plus en plus impopulaire, et que le nombre de soldats tués depuis l'invasion a franchi le cap des 3000. Dans ce contexte, M. Bush envisage «toutes les options», y compris certaines qualifiées dans la presse américaine de «progression» ou «progression soutenue» du nombre des soldats américains sur le terrain.
Mais la plus grande partie de l'opposition démocrate, certains républicains de premier plan et même le commandant de la force multinationale en Irak, le général américain George Casey, sont opposés à une présence militaire américaine prolongée en Irak. De plus, selon un sondage réalisé par le groupe de presse privé Military Times, qui n'est pas affilié au Pentagone, la majorité des militaires américains en service actif désapprouvent la gestion de la guerre en Irak par M. Bush.
Dans son message du nouvel an, M. Bush a pourtant assuré depuis son ranch du Texas que les États-Unis continueraient à combattre le terrorisme et à oeuvrer pour «un Irak libre et unifié» en 2007. «Vaincre les terroristes et les extrémistes est le défi de notre temps et nous répondrons à l'appel de l'Histoire avec confiance, nous défendrons la liberté sans vaciller», a déclaré le président américain.
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Avec l'Agence France-Presse, Le Monde, Libération, le New York Times et Reuters
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