Hussein: la sentence de mort divise l'Occident
Après un long et houleux procès, l'ex-président irakien Saddam Hussein a été condamné hier à la mort par pendaison pour crimes contre l'humanité en raison de son rôle dans l'exécution planifiée de 148 chiites du village de Doudjaïl, en 1982. Si plusieurs ont salué le verdict, notamment les chiites irakiens, la majorité des pays européens ont toutefois profité de l'occasion pour réitérer leur opposition de principe à la peine capitale.
«La Cour a décidé de condamner Saddam Hussein al Madjid à être pendu jusqu'à ce que mort s'ensuive pour crimes contre l'humanité», a déclaré le juge Raouf Abdoul Rahman, passant outre au souhait de l'ex-président, qui avait souhaité faire face à un peloton d'exécution plutôt qu'être pendu. Refusant d'abord de se lever pour entendre la sentence, l'ancien président, âgé de 69 ans, a fini par se redresser avec hésitation dans le box des accusés. Il est presque parvenu à couvrir la voix du président du tribunal lorsqu'il s'est écrié «Dieu est le plus grand!» et «Vive la Nation!». Le Coran à la main, l'ancien raïs a lancé un appel au «pardon» pour les «agresseurs» et les «traîtres».
Saddam Hussein a reconnu avoir ordonné l'exécution à Djoudaïl de 148 hommes, jugeant cet ordre justifié, en pleine guerre contre l'Iran, contre des alliés chiites de Téhéran. Ce massacre avait été ordonné à la suite d'une tentative d'assassinat commise dans ce village contre l'ancien homme fort de Bagdad.
«L'appel contre le verdict démarre [aujourd'hui] et va durer 30 jours», a indiqué le juge Raëd Jouhi, du Haut tribunal pénal. La Chambre d'appel n'a cependant pas de date limite pour rendre sa décision. Si elle estime que l'appel est fondé, un nouveau procès doit avoir lieu. Les avocats de la défense de Saddam Hussein, qui n'attendent pas grand-chose de la procédure d'appel automatique, ont estimé que le procès de leur client était un nouveau cas de «justice des vainqueurs».
L'audience d'hier a duré moins de 40 minutes et clôture un procès qui s'est tenu du 19 octobre 2005 au 27 juillet 2006. Une version plus détaillée du jugement devrait être rendue publique cette semaine. Les forces américaines le détiennent depuis trois ans à l'aéroport de Bagdad, et son exécution, qui pourrait intervenir l'an prochain, se déroulera probablement dans la prison, comme celles d'autres criminels en Irak.
D'ici là, il sera jugé pour génocide contre les Kurdes. Il doit comparaître à nouveau demain dans le cadre de ce procès. Son demi-frère, Barzan al-Tikriti, et l'ancien juge Aouad al Bander ont eux aussi été condamnés à la peine capitale pour les meurtres, les tortures et les déportations commis à Doudjaïl. L'ancien vice-président Yaha Yassine Ramadan a été condamné à la réclusion à perpétuité, trois responsables du parti Baas à 15 ans de prison et une huitième personne, un ancien responsable de moindre envergure, a été acquitté faute de preuves.
Réactions partagées
Dans le pays, l'annonce de la condamnation à mort de l'ancien raïs a donné lieu à des scènes de joie chez les chiites, opprimés sous le régime bassiste, tandis qu'elle a provoqué la colère des sunnites. Le premier ministre Nouri al Maliki, un chiite, a lancé un appel à l'unité après le jugement prononcé à l'encontre de l'ancien président, qui a eu selon lui «la punition qu'il mérite». En revanche, le mutisme est de règle du côté des dirigeants sunnites, que le renversement de Saddam Hussein par les forces sous commandement américain, en 2003, a privé de leur domination politique.
Ailleurs dans le monde, à l'exception des États-Unis et de la Grande-Bretagne, les pays d'Europe occidentale, tout en approuvant le fait que l'ancien dictateur doive rendre compte de ses crimes, ont exprimé leur rejet de principe de la peine de mort. «L'Union européenne est opposée à la peine capitale dans tous les cas et dans toutes les circonstances et appelle à ne pas l'appliquer dans le cas présent, a déclaré la présidence finlandaise de l'UE. [Toutefois], l'établissement de la vérité et de la responsabilité pour les crimes commis pendant le régime passé contribuera à la réconciliation nationale et au dialogue en Irak à l'avenir.»
L'Allemagne s'est félicitée que les crimes de Saddam Hussein aient été «jugés par un tribunal», mais a rappelé l'existence dans l'UE d'«un refus de principe de la peine de mort». La France a déclaré «prendre acte de la sentence» en rappelant elle aussi son opposition à la peine de mort. L'Italie a estimé que le verdict reflétait «le jugement de toute la communauté internationale» sur l'ancien président, tandis que l'Espagne jugeait que «comme tout autre dirigeant politique, Saddam Hussein doit répondre de ses actes». Moscou a également mis en garde contre les «conséquences catastrophiques» qu'aurait pour l'Irak la pendaison de Saddam Hussein, qui «divisera encore un peu plus la société irakienne».
Amnesty International a estimé que le procès avait été «une affaire glauque, marquée par de graves failles qui remettent en question la capacité du tribunal, tel qu'il est établi actuellement, à administrer une justice juste, en conformité avec les normes internationales». Durant les procédures, trois avocats de la défense ont été assassinés et un juge a démissionné pour interférences politiques. De plus, on a noté plusieurs incohérences dans les preuves présentées en cour.
L'Iran, en guerre entre 1980 et 1988 contre l'Irak, a applaudi. «La République islamique accueille favorablement la sentence», selon le ministère iranien des Affaires étrangères, en demandant de ne «pas oublier que les protecteurs occidentaux de Saddam, en le soutenant, avaient préparé le terrain» pour ses crimes. Au Koweït, occupé par l'armée irakienne il y a 16 ans, il n'y a pas eu de réaction officielle.
D'autres ont toutefois dénoncé un jugement qu'ils perçoivent comme un diktat des Américains. Pour les Frères musulmans égyptiens, les «innombrables crimes commis» par Saddam Hussein sont moindres que les «crimes commis par les occupants» occidentaux en Irak. «Ce verdict a été dicté par la Maison-Blanche qui pense qu'en exécutant Saddam Hussein elle va exécuter la résistance héroïque», a dénoncé Aïcha Kadhafi, fille de Mouammar Kadhafi et qui a contribué à défendre Saddam Hussein.
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Avec l'Agence France-Presse, la BBC et Reuters
«La Cour a décidé de condamner Saddam Hussein al Madjid à être pendu jusqu'à ce que mort s'ensuive pour crimes contre l'humanité», a déclaré le juge Raouf Abdoul Rahman, passant outre au souhait de l'ex-président, qui avait souhaité faire face à un peloton d'exécution plutôt qu'être pendu. Refusant d'abord de se lever pour entendre la sentence, l'ancien président, âgé de 69 ans, a fini par se redresser avec hésitation dans le box des accusés. Il est presque parvenu à couvrir la voix du président du tribunal lorsqu'il s'est écrié «Dieu est le plus grand!» et «Vive la Nation!». Le Coran à la main, l'ancien raïs a lancé un appel au «pardon» pour les «agresseurs» et les «traîtres».
Saddam Hussein a reconnu avoir ordonné l'exécution à Djoudaïl de 148 hommes, jugeant cet ordre justifié, en pleine guerre contre l'Iran, contre des alliés chiites de Téhéran. Ce massacre avait été ordonné à la suite d'une tentative d'assassinat commise dans ce village contre l'ancien homme fort de Bagdad.
«L'appel contre le verdict démarre [aujourd'hui] et va durer 30 jours», a indiqué le juge Raëd Jouhi, du Haut tribunal pénal. La Chambre d'appel n'a cependant pas de date limite pour rendre sa décision. Si elle estime que l'appel est fondé, un nouveau procès doit avoir lieu. Les avocats de la défense de Saddam Hussein, qui n'attendent pas grand-chose de la procédure d'appel automatique, ont estimé que le procès de leur client était un nouveau cas de «justice des vainqueurs».
L'audience d'hier a duré moins de 40 minutes et clôture un procès qui s'est tenu du 19 octobre 2005 au 27 juillet 2006. Une version plus détaillée du jugement devrait être rendue publique cette semaine. Les forces américaines le détiennent depuis trois ans à l'aéroport de Bagdad, et son exécution, qui pourrait intervenir l'an prochain, se déroulera probablement dans la prison, comme celles d'autres criminels en Irak.
D'ici là, il sera jugé pour génocide contre les Kurdes. Il doit comparaître à nouveau demain dans le cadre de ce procès. Son demi-frère, Barzan al-Tikriti, et l'ancien juge Aouad al Bander ont eux aussi été condamnés à la peine capitale pour les meurtres, les tortures et les déportations commis à Doudjaïl. L'ancien vice-président Yaha Yassine Ramadan a été condamné à la réclusion à perpétuité, trois responsables du parti Baas à 15 ans de prison et une huitième personne, un ancien responsable de moindre envergure, a été acquitté faute de preuves.
Réactions partagées
Dans le pays, l'annonce de la condamnation à mort de l'ancien raïs a donné lieu à des scènes de joie chez les chiites, opprimés sous le régime bassiste, tandis qu'elle a provoqué la colère des sunnites. Le premier ministre Nouri al Maliki, un chiite, a lancé un appel à l'unité après le jugement prononcé à l'encontre de l'ancien président, qui a eu selon lui «la punition qu'il mérite». En revanche, le mutisme est de règle du côté des dirigeants sunnites, que le renversement de Saddam Hussein par les forces sous commandement américain, en 2003, a privé de leur domination politique.
Ailleurs dans le monde, à l'exception des États-Unis et de la Grande-Bretagne, les pays d'Europe occidentale, tout en approuvant le fait que l'ancien dictateur doive rendre compte de ses crimes, ont exprimé leur rejet de principe de la peine de mort. «L'Union européenne est opposée à la peine capitale dans tous les cas et dans toutes les circonstances et appelle à ne pas l'appliquer dans le cas présent, a déclaré la présidence finlandaise de l'UE. [Toutefois], l'établissement de la vérité et de la responsabilité pour les crimes commis pendant le régime passé contribuera à la réconciliation nationale et au dialogue en Irak à l'avenir.»
L'Allemagne s'est félicitée que les crimes de Saddam Hussein aient été «jugés par un tribunal», mais a rappelé l'existence dans l'UE d'«un refus de principe de la peine de mort». La France a déclaré «prendre acte de la sentence» en rappelant elle aussi son opposition à la peine de mort. L'Italie a estimé que le verdict reflétait «le jugement de toute la communauté internationale» sur l'ancien président, tandis que l'Espagne jugeait que «comme tout autre dirigeant politique, Saddam Hussein doit répondre de ses actes». Moscou a également mis en garde contre les «conséquences catastrophiques» qu'aurait pour l'Irak la pendaison de Saddam Hussein, qui «divisera encore un peu plus la société irakienne».
Amnesty International a estimé que le procès avait été «une affaire glauque, marquée par de graves failles qui remettent en question la capacité du tribunal, tel qu'il est établi actuellement, à administrer une justice juste, en conformité avec les normes internationales». Durant les procédures, trois avocats de la défense ont été assassinés et un juge a démissionné pour interférences politiques. De plus, on a noté plusieurs incohérences dans les preuves présentées en cour.
L'Iran, en guerre entre 1980 et 1988 contre l'Irak, a applaudi. «La République islamique accueille favorablement la sentence», selon le ministère iranien des Affaires étrangères, en demandant de ne «pas oublier que les protecteurs occidentaux de Saddam, en le soutenant, avaient préparé le terrain» pour ses crimes. Au Koweït, occupé par l'armée irakienne il y a 16 ans, il n'y a pas eu de réaction officielle.
D'autres ont toutefois dénoncé un jugement qu'ils perçoivent comme un diktat des Américains. Pour les Frères musulmans égyptiens, les «innombrables crimes commis» par Saddam Hussein sont moindres que les «crimes commis par les occupants» occidentaux en Irak. «Ce verdict a été dicté par la Maison-Blanche qui pense qu'en exécutant Saddam Hussein elle va exécuter la résistance héroïque», a dénoncé Aïcha Kadhafi, fille de Mouammar Kadhafi et qui a contribué à défendre Saddam Hussein.
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Avec l'Agence France-Presse, la BBC et Reuters
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