Douleureux lendemains en Israël
Photo : Agence Reuters
Après la peine et la peur, la colère. Alors que les deux tiers des Israéliens se disent mécontents de l’issue du conflit, on constate que les critiques vont dans toutes les directions. On reproche tout à la fois au gouvernement Olmert d’avoir é
Plusieurs voix se sont élevées en Israël pour critiquer la conduite d'une guerre qui, en un mois, n'a pas produit les résultats promis, soit la libération des deux soldats capturés par le Hezbollah dans le nord du pays le 12 juillet et le désarmement définitif de la milice chiite libanaise.
Des politiciens de l'opposition ont réclamé cette semaine à la Knesset, le Parlement israélien, la tenue d'une commission d'enquête, ce que souhaite une majorité d'Israéliens. Depuis une semaine, certains commentateurs dans la presse sont allés jusqu'à réclamer la démission du gouvernement de coalition dirigé par le chef du parti Kadima, Éhoud Olmert.
Le ministre de la Défense, le travailliste Amir Peretz, a annoncé hier la création d'une commission composée principalement d'officiers à la retraite, alors que certains membres de son parti, faisant corps avec la formation de gauche Meretz, auraient souhaité une enquête «nationale» plus large ou un examen parlementaire. Cela semble exclu dans l'immédiat, faute d'appuis du côté de l'opposition de droite.
L'apparente précipitation avec laquelle le gouvernement Olmert a décidé de bombarder le Liban ainsi que son hésitation à lancer une offensive terrestre quand il est devenu évident que la campagne aérienne n'empêchait pas les roquettes de pleuvoir sur le nord d'Israël ont particulièrement alimenté les critiques. Une quarantaine de civils israéliens ont perdu la vie dans ces circonstances, en plus des 117 militaires morts au combat au Liban.
Le premier ministre, le ministre de la Défense et le chef d'état-major sont particulièrement visés par ces critiques, qui proviennent de tous les horizons politiques.
«La situation peut être comparée à la période d'examen de conscience qui avait suivi la guerre du Yom Kippour en 1973», croit Harold Waller, professeur de science politique à l'université McGill.
Israël était sorti gagnant de cet affrontement, mais les succès initiaux des armées égyptienne et syrienne avaient alors traumatisé les Israéliens. La Cour suprême avait mené une enquête sur le degré de préparation de l'État hébreu, investigation au terme de laquelle les principaux chefs militaires et responsables du renseignement avaient été blâmés et contraints à démissionner.
Le premier ministre et le ministre de la Défense de l'époque, Golda Meir et Moshe Dayan, n'avaient pas été blâmés par cette commission d'enquête mais, sous la pression populaire, ils avaient eux aussi fini par remettre leur démission, en 1974.
Le premier ministre Éhoud Olmert a reconnu que des «erreurs» ont été commises dans la poursuite de la récente guerre au Liban et promis que des leçons en seraient tirées dans la perspective d'une reprise des hostilités contre le Hezbollah.
Le quotidien Haaretz, qui, la semaine dernière, appelait en éditorial à la démission de M. Olmert, s'est ravisé lundi, reconnaissant que la situation est aujourd'hui «incomparablement meilleure» qu'il y a un mois. Pourquoi? Selon Haaretz, l'issue du conflit est une défaite pour l'Iran qui, après avoir massivement armé et financé le Hezbollah, a vu avec dégoût son protégé accepter le cessez-le-feu prévu par la résolution no 1701 du Conseil de sécurité, qui «annonce [en outre] la fin de "l'État dans l'État" au Liban».
D'autres articles, parus aussi bien dans ce quotidien de gauche que dans le Jerusalem Post, plus proche de la droite israélienne, continuent néanmoins de mettre en exergue les ratés de la politique menée par le gouvernement de coalition porté au pouvoir en mars.
Alors que les deux tiers des Israéliens se disent mécontents de l'issue du conflit, on constate que les critiques vont dans toutes les directions. On reproche tout à la fois au gouvernement Olmert d'avoir été manipulé par les militaires et de ne pas les avoir suffisamment écoutés.
Si, à gauche, on lui en veut surtout d'avoir tardé à accepter un cessez-le-feu, à droite, on en profite pour critiquer la politique des retraits unilatéraux de territoires occupés. Déjà, en 2000, sous le gouvernement travailliste d'Éhoud Barak, Tsahal s'était retiré du sud du Liban. Puis, l'an dernier, Ariel Sharon avait ordonné l'évacuation de la bande de Gaza contre la volonté de son parti, le Likoud, qu'il a quitté pour en fonder un nouveau, Kadima.
Pour le chef actuel du Likoud, Benjamin Nétanyahou, «la doctrine des retraits unilatéraux s'est avérée un échec» car elle accorde «un avantage tactique aux ennemis d'Israël».
Le parti Kadima et ses alliés travaillistes, qui parlaient il y a peu de retirer unilatéralement des troupes de la Cisjordanie, risquent de payer pour une politique que plusieurs jugent complaisante à l'égard des mouvements radicaux en Palestine et au Liban, eux qui, depuis un an, ont multiplié les attaques contre le territoire israélien au moyen de roquettes de divers calibres.
La résolution du conflit avec les Palestiniens paraît plus que jamais bloquée. «On voit mal Éhoud Olmert procéder à un retrait unilatéral en Cisjordanie ou parvenir à un accord avec l'Autorité palestinienne tant que le Hamas sera au pouvoir», note Harold Waller.
Israël est-il tombé dans un piège tendu par le Hezbollah, qui a réussi à ouvrir un deuxième front quelques jours après la réoccupation partielle de la bande de Gaza, consécutive au premier enlèvement d'un soldat? Par le passé, a-t-on noté, des militaires israéliens avaient été capturés en Galilée sans que cela provoque le genre de réaction auquel on vient d'assister. En même temps, l'importance de l'appui populaire au début de l'opération menée au Liban montre qu'au-delà des clivages politiques, celle-ci était perçue comme légitime, sinon pertinente.
Le chef de l'état-major, Dan Haloutz, est tout particulièrement sur la sellette, surtout depuis la publication dans le quotidien Maariv, mardi, d'une information indiquant qu'il avait vendu des actions le jour de l'enlèvement des soldats près du Liban. Ce possible délit d'initié risque à lui seul de lui coûter sa carrière.
En ce qui concerne sa stratégie pendant le conflit, on lui reproche d'avoir surestimé la capacité de l'aviation à détruire l'infrastructure militaire du Hezbollah. Sur la question litigieuse du lancement d'une opération terrestre 48 heures avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, il a rappelé que la décision politique avait été prise le mercredi précédent mais que l'exécution en avait été suspendue en raison des tractations diplomatiques en cours.
Pour sa part, le ministre de la Défense, Amir Peretz, est surtout critiqué pour n'avoir pas vu sérieusement à la protection des citoyens vivant à portée des roquettes du Hezbollah, c'est-à-dire tous ceux qui habitent entre Haïfa et la frontière avec le Liban. Sa cote de popularité (plus de 60 % au début du conflit) est passée à 28 %. Mais c'est celle du premier ministre qui a le plus souffert, passant de 78 % à 40 %.
Avec Associated Press et l'Agence France-Presse
Des politiciens de l'opposition ont réclamé cette semaine à la Knesset, le Parlement israélien, la tenue d'une commission d'enquête, ce que souhaite une majorité d'Israéliens. Depuis une semaine, certains commentateurs dans la presse sont allés jusqu'à réclamer la démission du gouvernement de coalition dirigé par le chef du parti Kadima, Éhoud Olmert.
Le ministre de la Défense, le travailliste Amir Peretz, a annoncé hier la création d'une commission composée principalement d'officiers à la retraite, alors que certains membres de son parti, faisant corps avec la formation de gauche Meretz, auraient souhaité une enquête «nationale» plus large ou un examen parlementaire. Cela semble exclu dans l'immédiat, faute d'appuis du côté de l'opposition de droite.
L'apparente précipitation avec laquelle le gouvernement Olmert a décidé de bombarder le Liban ainsi que son hésitation à lancer une offensive terrestre quand il est devenu évident que la campagne aérienne n'empêchait pas les roquettes de pleuvoir sur le nord d'Israël ont particulièrement alimenté les critiques. Une quarantaine de civils israéliens ont perdu la vie dans ces circonstances, en plus des 117 militaires morts au combat au Liban.
Le premier ministre, le ministre de la Défense et le chef d'état-major sont particulièrement visés par ces critiques, qui proviennent de tous les horizons politiques.
«La situation peut être comparée à la période d'examen de conscience qui avait suivi la guerre du Yom Kippour en 1973», croit Harold Waller, professeur de science politique à l'université McGill.
Israël était sorti gagnant de cet affrontement, mais les succès initiaux des armées égyptienne et syrienne avaient alors traumatisé les Israéliens. La Cour suprême avait mené une enquête sur le degré de préparation de l'État hébreu, investigation au terme de laquelle les principaux chefs militaires et responsables du renseignement avaient été blâmés et contraints à démissionner.
Le premier ministre et le ministre de la Défense de l'époque, Golda Meir et Moshe Dayan, n'avaient pas été blâmés par cette commission d'enquête mais, sous la pression populaire, ils avaient eux aussi fini par remettre leur démission, en 1974.
Le premier ministre Éhoud Olmert a reconnu que des «erreurs» ont été commises dans la poursuite de la récente guerre au Liban et promis que des leçons en seraient tirées dans la perspective d'une reprise des hostilités contre le Hezbollah.
Le quotidien Haaretz, qui, la semaine dernière, appelait en éditorial à la démission de M. Olmert, s'est ravisé lundi, reconnaissant que la situation est aujourd'hui «incomparablement meilleure» qu'il y a un mois. Pourquoi? Selon Haaretz, l'issue du conflit est une défaite pour l'Iran qui, après avoir massivement armé et financé le Hezbollah, a vu avec dégoût son protégé accepter le cessez-le-feu prévu par la résolution no 1701 du Conseil de sécurité, qui «annonce [en outre] la fin de "l'État dans l'État" au Liban».
D'autres articles, parus aussi bien dans ce quotidien de gauche que dans le Jerusalem Post, plus proche de la droite israélienne, continuent néanmoins de mettre en exergue les ratés de la politique menée par le gouvernement de coalition porté au pouvoir en mars.
Alors que les deux tiers des Israéliens se disent mécontents de l'issue du conflit, on constate que les critiques vont dans toutes les directions. On reproche tout à la fois au gouvernement Olmert d'avoir été manipulé par les militaires et de ne pas les avoir suffisamment écoutés.
Si, à gauche, on lui en veut surtout d'avoir tardé à accepter un cessez-le-feu, à droite, on en profite pour critiquer la politique des retraits unilatéraux de territoires occupés. Déjà, en 2000, sous le gouvernement travailliste d'Éhoud Barak, Tsahal s'était retiré du sud du Liban. Puis, l'an dernier, Ariel Sharon avait ordonné l'évacuation de la bande de Gaza contre la volonté de son parti, le Likoud, qu'il a quitté pour en fonder un nouveau, Kadima.
Pour le chef actuel du Likoud, Benjamin Nétanyahou, «la doctrine des retraits unilatéraux s'est avérée un échec» car elle accorde «un avantage tactique aux ennemis d'Israël».
Le parti Kadima et ses alliés travaillistes, qui parlaient il y a peu de retirer unilatéralement des troupes de la Cisjordanie, risquent de payer pour une politique que plusieurs jugent complaisante à l'égard des mouvements radicaux en Palestine et au Liban, eux qui, depuis un an, ont multiplié les attaques contre le territoire israélien au moyen de roquettes de divers calibres.
La résolution du conflit avec les Palestiniens paraît plus que jamais bloquée. «On voit mal Éhoud Olmert procéder à un retrait unilatéral en Cisjordanie ou parvenir à un accord avec l'Autorité palestinienne tant que le Hamas sera au pouvoir», note Harold Waller.
Israël est-il tombé dans un piège tendu par le Hezbollah, qui a réussi à ouvrir un deuxième front quelques jours après la réoccupation partielle de la bande de Gaza, consécutive au premier enlèvement d'un soldat? Par le passé, a-t-on noté, des militaires israéliens avaient été capturés en Galilée sans que cela provoque le genre de réaction auquel on vient d'assister. En même temps, l'importance de l'appui populaire au début de l'opération menée au Liban montre qu'au-delà des clivages politiques, celle-ci était perçue comme légitime, sinon pertinente.
Le chef de l'état-major, Dan Haloutz, est tout particulièrement sur la sellette, surtout depuis la publication dans le quotidien Maariv, mardi, d'une information indiquant qu'il avait vendu des actions le jour de l'enlèvement des soldats près du Liban. Ce possible délit d'initié risque à lui seul de lui coûter sa carrière.
En ce qui concerne sa stratégie pendant le conflit, on lui reproche d'avoir surestimé la capacité de l'aviation à détruire l'infrastructure militaire du Hezbollah. Sur la question litigieuse du lancement d'une opération terrestre 48 heures avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, il a rappelé que la décision politique avait été prise le mercredi précédent mais que l'exécution en avait été suspendue en raison des tractations diplomatiques en cours.
Pour sa part, le ministre de la Défense, Amir Peretz, est surtout critiqué pour n'avoir pas vu sérieusement à la protection des citoyens vivant à portée des roquettes du Hezbollah, c'est-à-dire tous ceux qui habitent entre Haïfa et la frontière avec le Liban. Sa cote de popularité (plus de 60 % au début du conflit) est passée à 28 %. Mais c'est celle du premier ministre qui a le plus souffert, passant de 78 % à 40 %.
Avec Associated Press et l'Agence France-Presse
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