Entente unanime à l'ONU
Après des semaines d'un bal diplomatique infructueux, le Conseil de sécurité de l'ONU a finalement adopté hier une résolution qui appelle notamment à la cessation immédiate des hostilités entre Israël et le Hezbollah, au retrait des forces israéliennes «le plus tôt possible», et qui prévoit d'augmenter jusqu'à 15 000 hommes les effectifs de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Un document que l'État hébreu avait déjà accepté, mais en ajoutant que son armée poursuivrait son offensive au pays du Cèdre au moins jusqu'à demain.
Le texte déposé hier après-midi au Conseil de sécurité, et qui a été adopté à l'unanimité par les 15 membres du Conseil en début de soirée, demande à Israël de «retirer toutes ses forces du Liban sud le plus tôt possible, après la cessation des hostilités». Il exige également du Hezbollah l'arrêt immédiat de toutes ses attaques. Après l'arrêt des combats, qui durent depuis maintenant un mois, Beyrouth devrait «déployer ses forces armées dans le sud en même temps que l'armée israélienne se retire derrière la Ligne bleue [frontière israélo-libanaise], et ce en coordination avec le déploiement de la FINUL».
Selon la résolution, approuvée également par le Liban, la force de l'ONU verra ses effectifs passer de 2000 à 15 000 militaires. Elle aura la tâche délicate de veiller à la trêve et d'aider l'armée libanaise à assurer le contrôle du sud du Liban, jusque-là accaparé par le Hezbollah. Les militaires onusiens devront aussi assurer l'acheminement de l'aide humanitaire. Le texte stipule que la FINUL pourra «prendre toute action nécessaire» à l'accomplissement de sa mission.
La France, qui a joué un rôle déterminant depuis le début de la crise, devrait en théorie prendre la tête de cette force et une réunion des pays qui y contribueront devrait avoir lieu aujourd'hui. «Nous allons tâcher d'obtenir le déploiement [de cette force] le plus vite possible», a d'ailleurs souligné hier une haute responsable du département d'État américain.
Le Conseil tentera ainsi de presser le pas, après des semaines de tergiversations. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a d'ailleurs insisté sur la lenteur de la diplomatie dans le dossier. Il a insisté sur le caractère meurtrier d'un conflit au cours duquel «davantage d'enfants que de combattants sont morts», a-t-il illustré. Et au final, cette crise a, selon M. Annan, «donné de nouvelles munitions aux extrémistes» et a «ébranlé la confiance du monde envers» les Nations unies.
Les modalités de ce document ont en effet été chaudement débattues ces dernières semaines. En raison de l'insistance du Liban, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont accepté de retirer du projet la référence au chapitre 7 de la Charte de l'ONU, qui autorise le recours à la force en dehors des cas de légitime défense. Le Liban rejetait un mandat prévoyant le recours à la force de peur que les Casques bleus ne soient perçus comme une armée d'occupation.
Israël avait pour sa part demandé le déploiement d'une force internationale «musclée» capable de contenir la milice chiite du Hezbollah. Mais l'ambassadeur britannique à l'ONU, Emyr Jones Parry, a souligné que le texte accorderait justement un mandat musclé à la force internationale. Autre élément modifié pour plaire à Beyrouth, la version précédente ne prévoyait pas de retrait des troupes israéliennes, contrairement à celle adoptée hier. Les États-Unis ont de leur côté pesé de tout leur poids pour que le texte impose un embargo sur les livraisons d'armes ou d'équipements militaires «à toute organisation ou individu au Liban», une disposition qui s'adresse directement au Hezbollah. Selon la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, la milice chiite, qui a deux ministres au sein du gouvernement libanais, sera obligée de suivre la décision de son gouvernement et d'accepter le texte. «Nous avons travaillé avec le gouvernement libanais, en nous assurant qu'il s'engage de manière certaine à ce que toutes les parties représentées au sein de son gouvernement respecteront le cessez-le-feu», a-t-elle ajouté.
La résolution appelle également à la libération inconditionnelle des deux soldats israéliens, dont l'enlèvement par le Hezbollah avait déclenché le conflit le 12 juillet dernier. Sur le sujet controversé des fermes de Chebaa, le texte donne au secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, la mission de travailler à des propositions de tracés fixes entre Israël, la Syrie et le Liban. Le projet presse enfin Israël et le Liban à envisager une solution à long terme, notamment avec la mise en place d'une zone-tampon interdite aux milices dans le Sud-Liban. Kofi Annan a d'ailleurs affirmé que la résolution de cette crise était primordiale pour pouvoir «régler les autres crises sous-jacentes dans cette région», une référence directe au conflit israélo-palestinien.
Si le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, a accueilli favorablement le texte tant attendu, un porte-parole de son gouvernement a tout de même souligné que Tsahal mettra en oeuvre ses projets d'extension de l'offensive au sol et qu'il entend poursuivre au moins jusqu'au conseil des ministres de demain. Mais cette offensive n'avait pas commencé dans la soirée, a indiqué un porte-parole militaire. M. Pazner avait toutefois indiqué que, si un projet de résolution était adopté en donnant satisfaction aux demandes israéliennes, «l'opération militaire pourrait être arrêtée à tout moment». Plus tôt dans la journée, un porte-parole du gouvernement israélien, Avi Pazner, avait estimé qu'une précédente mouture du projet de résolution était «inacceptable en l'état». Le feu vert de l'État hébreu aurait été arraché de justesse à la suite des modifications survenues au dernier moment dans son libellé, ce qui a permis de prendre en compte certaines des exigences d'Israël.
Opérations intenses
Pendant que les diplomates se félicitaient à New York du projet de résolution adopté, les combats et les frappes aériennes se poursuivaient au pays du Cèdre.
Au Liban sud, les combats se sont poursuivis entre unités israéliennes et combattants du Hezbollah dans les secteurs frontaliers, où un soldat israélien a été tué. Selon une source militaire israélienne, 16 soldats de Tsahal ont été blessés dans des accrochages.
Des unités israéliennes se heurtaient dans la soirée à une forte résistance du Hezbollah entre les villages d'Aïnata et de Quonine, au Liban sud, selon la police libanaise.
Par ailleurs, un raid de l'aviation israélienne contre un convoi de plusieurs centaines de voitures transportant des Libanais qui fuyaient le sud du pays a fait sept morts et 36 blessés hier, a-t-on appris auprès de témoins et de secouristes. Selon eux, au moins un drone a attaqué le convoi près du village de Kefraya, dans l'est du Liban. «Les convois humanitaires doivent être protégés», a insisté M. Annan hier.
Ce convoi était constitué de quelque 3000 civils et 350 membres des forces libanaises ayant quitté la ville de Marjayoun, passée jeudi sous le contrôle des troupes israéliennes. L'armée israélienne a dit hier tout ignorer de cette frappe meurtrière. Mais selon un porte-parole de la FINUL, «les forces israéliennes avaient été prévenues» du passage du convoi, «et avaient donné leur feu vert».
Dans la foulée des nombreuses bavures de Tsahal depuis le début de ce conflit, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté hier à Genève une résolution dénonçant les opérations militaires israéliennes et demandant une enquête sur les attaques «systématiques» par Israël contre les civils.
L'offensive israélienne au Liban a fait plus de 1100 morts, en majorité des civils, causé des destructions dévastatrices et entraîné une grave crise humanitaire avec plus de 900 000 personnes déplacées, un quart de la population libanaise. Côté israélien, 38 civils et 82 soldats ont été tués.
Avec Associated Press, l'Agence France-Presse, CNN, Le Monde et Reuters
Le texte déposé hier après-midi au Conseil de sécurité, et qui a été adopté à l'unanimité par les 15 membres du Conseil en début de soirée, demande à Israël de «retirer toutes ses forces du Liban sud le plus tôt possible, après la cessation des hostilités». Il exige également du Hezbollah l'arrêt immédiat de toutes ses attaques. Après l'arrêt des combats, qui durent depuis maintenant un mois, Beyrouth devrait «déployer ses forces armées dans le sud en même temps que l'armée israélienne se retire derrière la Ligne bleue [frontière israélo-libanaise], et ce en coordination avec le déploiement de la FINUL».
Selon la résolution, approuvée également par le Liban, la force de l'ONU verra ses effectifs passer de 2000 à 15 000 militaires. Elle aura la tâche délicate de veiller à la trêve et d'aider l'armée libanaise à assurer le contrôle du sud du Liban, jusque-là accaparé par le Hezbollah. Les militaires onusiens devront aussi assurer l'acheminement de l'aide humanitaire. Le texte stipule que la FINUL pourra «prendre toute action nécessaire» à l'accomplissement de sa mission.
La France, qui a joué un rôle déterminant depuis le début de la crise, devrait en théorie prendre la tête de cette force et une réunion des pays qui y contribueront devrait avoir lieu aujourd'hui. «Nous allons tâcher d'obtenir le déploiement [de cette force] le plus vite possible», a d'ailleurs souligné hier une haute responsable du département d'État américain.
Le Conseil tentera ainsi de presser le pas, après des semaines de tergiversations. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a d'ailleurs insisté sur la lenteur de la diplomatie dans le dossier. Il a insisté sur le caractère meurtrier d'un conflit au cours duquel «davantage d'enfants que de combattants sont morts», a-t-il illustré. Et au final, cette crise a, selon M. Annan, «donné de nouvelles munitions aux extrémistes» et a «ébranlé la confiance du monde envers» les Nations unies.
Les modalités de ce document ont en effet été chaudement débattues ces dernières semaines. En raison de l'insistance du Liban, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont accepté de retirer du projet la référence au chapitre 7 de la Charte de l'ONU, qui autorise le recours à la force en dehors des cas de légitime défense. Le Liban rejetait un mandat prévoyant le recours à la force de peur que les Casques bleus ne soient perçus comme une armée d'occupation.
Israël avait pour sa part demandé le déploiement d'une force internationale «musclée» capable de contenir la milice chiite du Hezbollah. Mais l'ambassadeur britannique à l'ONU, Emyr Jones Parry, a souligné que le texte accorderait justement un mandat musclé à la force internationale. Autre élément modifié pour plaire à Beyrouth, la version précédente ne prévoyait pas de retrait des troupes israéliennes, contrairement à celle adoptée hier. Les États-Unis ont de leur côté pesé de tout leur poids pour que le texte impose un embargo sur les livraisons d'armes ou d'équipements militaires «à toute organisation ou individu au Liban», une disposition qui s'adresse directement au Hezbollah. Selon la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, la milice chiite, qui a deux ministres au sein du gouvernement libanais, sera obligée de suivre la décision de son gouvernement et d'accepter le texte. «Nous avons travaillé avec le gouvernement libanais, en nous assurant qu'il s'engage de manière certaine à ce que toutes les parties représentées au sein de son gouvernement respecteront le cessez-le-feu», a-t-elle ajouté.
La résolution appelle également à la libération inconditionnelle des deux soldats israéliens, dont l'enlèvement par le Hezbollah avait déclenché le conflit le 12 juillet dernier. Sur le sujet controversé des fermes de Chebaa, le texte donne au secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, la mission de travailler à des propositions de tracés fixes entre Israël, la Syrie et le Liban. Le projet presse enfin Israël et le Liban à envisager une solution à long terme, notamment avec la mise en place d'une zone-tampon interdite aux milices dans le Sud-Liban. Kofi Annan a d'ailleurs affirmé que la résolution de cette crise était primordiale pour pouvoir «régler les autres crises sous-jacentes dans cette région», une référence directe au conflit israélo-palestinien.
Si le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, a accueilli favorablement le texte tant attendu, un porte-parole de son gouvernement a tout de même souligné que Tsahal mettra en oeuvre ses projets d'extension de l'offensive au sol et qu'il entend poursuivre au moins jusqu'au conseil des ministres de demain. Mais cette offensive n'avait pas commencé dans la soirée, a indiqué un porte-parole militaire. M. Pazner avait toutefois indiqué que, si un projet de résolution était adopté en donnant satisfaction aux demandes israéliennes, «l'opération militaire pourrait être arrêtée à tout moment». Plus tôt dans la journée, un porte-parole du gouvernement israélien, Avi Pazner, avait estimé qu'une précédente mouture du projet de résolution était «inacceptable en l'état». Le feu vert de l'État hébreu aurait été arraché de justesse à la suite des modifications survenues au dernier moment dans son libellé, ce qui a permis de prendre en compte certaines des exigences d'Israël.
Opérations intenses
Pendant que les diplomates se félicitaient à New York du projet de résolution adopté, les combats et les frappes aériennes se poursuivaient au pays du Cèdre.
Au Liban sud, les combats se sont poursuivis entre unités israéliennes et combattants du Hezbollah dans les secteurs frontaliers, où un soldat israélien a été tué. Selon une source militaire israélienne, 16 soldats de Tsahal ont été blessés dans des accrochages.
Des unités israéliennes se heurtaient dans la soirée à une forte résistance du Hezbollah entre les villages d'Aïnata et de Quonine, au Liban sud, selon la police libanaise.
Par ailleurs, un raid de l'aviation israélienne contre un convoi de plusieurs centaines de voitures transportant des Libanais qui fuyaient le sud du pays a fait sept morts et 36 blessés hier, a-t-on appris auprès de témoins et de secouristes. Selon eux, au moins un drone a attaqué le convoi près du village de Kefraya, dans l'est du Liban. «Les convois humanitaires doivent être protégés», a insisté M. Annan hier.
Ce convoi était constitué de quelque 3000 civils et 350 membres des forces libanaises ayant quitté la ville de Marjayoun, passée jeudi sous le contrôle des troupes israéliennes. L'armée israélienne a dit hier tout ignorer de cette frappe meurtrière. Mais selon un porte-parole de la FINUL, «les forces israéliennes avaient été prévenues» du passage du convoi, «et avaient donné leur feu vert».
Dans la foulée des nombreuses bavures de Tsahal depuis le début de ce conflit, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté hier à Genève une résolution dénonçant les opérations militaires israéliennes et demandant une enquête sur les attaques «systématiques» par Israël contre les civils.
L'offensive israélienne au Liban a fait plus de 1100 morts, en majorité des civils, causé des destructions dévastatrices et entraîné une grave crise humanitaire avec plus de 900 000 personnes déplacées, un quart de la population libanaise. Côté israélien, 38 civils et 82 soldats ont été tués.
Avec Associated Press, l'Agence France-Presse, CNN, Le Monde et Reuters
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