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Israël vit sa journée la plus meurtrière

N/A ZZZN/A , N/A ZZZN/A   7 août 2006  Proche-Orient
Israël a connu hier sa journée la plus meurtrière depuis le début du conflit avec le Hezbollah. Les tirs de roquettes du Hezbollah ont fait 12 morts du côté de Tsahal et tué trois civils à Haïfa, tandis que les bombardements israéliens ont entraîné 17 morts au Liban.

Dans le même temps, Beyrouth a rejeté le projet de résolution franco-américain, présenté samedi au Conseil de sécurité de l'ONU, qui vise à mettre fin au conflit entamé il y a 26 jours.

Le président du parlement libanais, le chiite Nabih Berri, a notamment estimé qu'en l'état le projet permettait à Israël de rester sur le sol de son pays. Le Liban a donc demandé aux 15 membres du Conseil de sécurité, qui discutent actuellement du projet, d'y rajouter un amendement réclamant le retrait des troupes israéliennes.

Le Hezbollah a reçu l'appui de Damas et de Téhéran, considérés comme ses principaux soutiens, qui ont eux aussi rejeté le texte. Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe devraient se prononcer aujourd'hui après une réunion extraordinaire organisée à Beyrouth. Les pays modérés, comme l'Égypte, la Jordanie et l'Arabie saoudite souhaitent la fin des combats, mais devraient rester prudents afin de ne pas s'exposer aux critiques de leur opinion publique qui leur reproche de ne pas soutenir le Hezbollah.

Inspiratrices de la résolution avec les États-Unis, les autorités françaises tentent de convaincre le gouvernement libanais de l'approuver, a fait savoir le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy.

Paris cherche «le plus large accord» sur son texte, une position que le président français Jacques Chirac a réitérée dimanche lors d'un long entretien téléphonique avec le premier ministre britannique Tony Blair. Au cours de cette conversation, M. Chirac a souligné que le texte présenté hier par la France «devait prendre en compte les préoccupations de tous», a-t-on appris auprès de l'Élysée.

La secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a de son côté reconnu que la résolution ne signifiait pas à court terme la fin de toute violence. «J'ose espérer qu'elle sera suivie très vite d'une désescalade de la violence», a-t-elle dit, sans toutefois exclure «des escarmouches pendant quelque temps encore».

Les États-Unis souhaitent d'ailleurs que le Conseil de sécurité adopte dans les jours, et non les semaines, qui viennent une seconde résolution sur le Liban prévoyant l'envoi sur place d'une force internationale, a fait savoir le conseiller à la sécurité nationale, Stephen Hadley.

Le gouvernement israélien n'a pas réagi officiellement au texte, et le premier ministre Éhud Olmert a invité les membres de son cabinet à la discrétion tant que le projet ne serait pas finalisé.

Mais, selon un responsable gouvernemental et les médias israéliens, ce texte autorise Tsahal à riposter aux agressions du Hezbollah même après l'arrêt des hostilités et n'ordonne pas le retrait des 10 000 hommes déployés dans le Sud-Liban.

«Ce qui est important est le principe [...] qu'un cessez-le-feu ne doit pas permettre au Hezbollah de se réarmer, de se regrouper, de se préparer à une nouvelle vague de combats», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mark Regev.

Journée meurtrière

Sur le terrain, la journée a été particulièrement meurtrière. Le Hezbollah a tiré une volée de 80 roquettes vers plusieurs villes du nord d'Israël. Douze militaires, appartenant à une unité d'infanterie de réserve, ont été tués et cinq autres blessés, dont deux grièvement, a annoncé l'armée israélienne. Ils campaient sous des tentes à l'entrée du kibboutz (village collectiviste) de Kfar Giladi, à proximité de la ville de Kyriat Chmona, dans l'extrême-nord de la Galilée.

Ce bombardement de roquettes katiouchas en milieu de journée a été bref — moins d'une demi-heure — et particulièrement intense, frappant une zone découverte où étaient concentrées de nombreuses personnes. Des couvertures ont été jetées sur les cadavres allongés les uns à côté des autres, dans un vacarme de sirènes d'alarme et d'ambulances, non loin du cimetière du kibboutz, ont constaté les journalistes.

Le port de Haïfa a aussi connu son bombardement le plus meurtrier depuis le début des hostilités: trois morts et quelque 160 blessés. Un bâtiment s'est effondré et a pris feu à Wadi Nisnas, un quartier arabe de Haïfa. La télévision a diffusé des images du bâtiment où des habitants tentaient de dégager les décombres à mains nues.

Des avions de chasse israéliens ont par ailleurs attaqué la ville de Cana, au Liban, détruisant les lanceurs d'où ont été tirées les roquettes visant Haïfa, selon Tsahal. Vingt-neuf civils, dont de nombreux enfants, avaient été tués à Cana le 3 août, par une frappe israélienne qui avait déclenché une vague de condamnations dans le monde.

Hier, les avions israéliens ont aussi détruit un second site de lanceurs au nord de Tyr, d'où des roquettes ont également été tirées vers HaJifa, a précisé Jacob Dallal, porte-parole de Tsahal.

Au nord de la frontière, où les soldats israéliens ont pris position, des dizaines de missiles ont touché des villages libanais, et les combats au sol se sont poursuivis. Au moins six nouvelles frappes aériennes ont touché le sud de Beyrouth.

Six militaires libanais ont été tués au cours de deux attaques israéliennes, cinq personnes sont mortes dans une maison touchée près de la ville de Nabatiyeh, au Sud-Liban. La chaîne de télévision al-Jazira a rapporté la mort de trois personnes à Naqoura, sur la côte sud, mais les autorités ne confirmaient qu'un décès. Un drone a tué le conducteur d'une camionnette et, selon un témoin, un jeune civil a également été tué à Tyr alors qu'il buvait un café sur un banc.

Dans la nuit, une frappe a tué trois personnes à al-Jibbain, à 4 km au nord de la frontière israélienne. L'aviation israélienne a aussi bombardé deux camps du FPLP-CG (Front populaire pour la libération de la Palestine-Commandement général), soutenu par Damas, faisant un mort.

Le Hezbollah a déploré la mort de trois de ses membres, mais n'a pas précisé où et quand ils avaient été tués. La milice dit avoir perdu 53 membres, mais le gouvernement israélien en a compté 165 et estime que les pertes se chiffrent à environ 200 morts.

Depuis son début, le conflit a fait au moins 1000 morts au Liban, en majorité des civils. En Israël, le bilan a grimpé à 93 tués, dont 45 soldats, 12 réservistes et 36 civils.






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