jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 20h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Israël n'épargne aucune région

Alexandre Shields   5 août 2006  Proche-Orient
Les roquettes du Hezbollah sont tombées à seulement 40 kilomètres de la ville symbolique de Tel-Aviv hier, tandis qu'Israël intensifiait encore ses bombardements, décidé à n'épargner aucune région d'un pays de plus en plus coupé du reste du monde par des attaques qui ont fait plus de 50 morts hier. Et les Nations unies, au 24e jour de l'opération militaire de Tsahal, ont continué de répéter qu'un accord permettant de sortir la région de cette crise meurtrière était imminent.

Mettant à exécution ses menaces d'étendre ses bombardements, l'aviation israélienne a mené plusieurs dizaines de raids, dont certains particulièrement violents, contre le fief du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth. Elle avait appelé plus tôt la population à fuir dans des tracts largués par avion.

Quatre ponts, essentiels au trafic entre le Liban et la Syrie, ont aussi été détruits par l'aviation dans une région chrétienne jusqu'ici épargnée, sur une route longeant le littoral et reliant la capitale au nord du pays. En coupant l'acheminement de l'aide humanitaire ou les évacuations vers la Syrie, ces bombardements contribuent à isoler un peu plus Beyrouth.

Des missiles lancés dans la journée par les chasseurs-bombardiers israéliens sur le village de Qaa, dans l'est du Liban, ont coûté la vie à au moins 26 civils, en majorité des ouvriers agricoles syriens. Sept personnes ont aussi péri dans un bombardement à Taïbé, dans le sud du pays. L'État hébreu a aussi perdu trois soldats dans des combats au Liban sud. Le ministre israélien de l'Intérieur, Roni Bar-On, a toutefois dit que les 10 000 militaires déployés y contrôlaient déjà une zone d'une profondeur de trois à huit kilomètres. Mais les espoirs d'une victoire rapide sont vains, les miliciens chiites étant prêts à poursuivre les combats «pendant des mois», selon un ancien général libanais, Amin Hatate. «Ils savent que les ponts et les routes vont être détruits, alors chaque région est autonome», a-t-il expliqué à la BBC.

La milice chiite a riposté aux diverses frappes en lançant au moins deux missiles sur Hadera, à une quarantaine de kilomètres au nord de Tel-Aviv, sans faire de victimes. Jamais le Hezbollah n'avait frappé aussi loin à l'intérieur du territoire israélien. Un haut responsable militaire de Tsahal a déjà prévenu que l'État hébreu anéantirait toutes les infrastructures du Liban si Tel-Aviv, une ville de 1,5 million d'habitants, était touché. Hier, les lance-roquettes du Hezbollah ont fait pleuvoir 220 engins sur le nord du pays, tuant trois civils et en blessant huit. Depuis le début du conflit, 44 militaires israéliens ont en outre péri dans les combats, tandis que 30 civils étaient tués lors des 2200 frappes des roquettes.

La fin de semaine risque par ailleurs d'être longue pour Washington et Paris, qui tergiversaient toujours hier soir sur un projet de résolution visant à arrêter les combats. Leurs diplomates respectifs ont beau répété depuis le début de la semaine qu'une résolution est imminente, que c'est une question de quelques jours, les négociations des deux membres permanents du Conseil de sécurité achoppent toujours sur la nature de la force internationale à déployer et la question de l'avenir des troupes israéliennes engagées au Liban sud.

Le représentant permanent des États-Unis à l'ONU, John Bolton, a fait part d'une évolution dans les débats après plusieurs heures de négociations avec son homologue français, Jean-Marc de la Sablière. Il a précisé qu'un texte avait été envoyé à Washington et à Paris pour vérification et révision. «Il y a encore certaines questions que nous n'avons pas résolues, mais je pense que nous nous sommes un peu rapprochés ce matin [vendredi]. Nous allons continuer à travailler», a-t-il ajouté.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui s'impatiente de la lenteur des négociations au Conseil de sécurité, s'est entretenu au téléphone avec les présidents français Jacques Chirac et américain George W. Bush, les premiers ministres britannique Tony Blair et libanais Fouad Siniora et le ministre russe des Affaires étrangères par intérim Andreï Denisov, au cours des 24 dernières heures. Un haut fonctionnaire de l'ONU, Ahmad Fawzi, a dit que M. Annan était «très, très préoccupé» du fait que les discussions entre membres du Conseil, notamment entre les États-Unis et la France, sur les termes d'une résolution appelant à un cessez-le-feu, «prennent autant de temps».

Quant aux ministres des Affaires étrangères des pays membres de la Ligue arabe, ils ont décidé de tenir une réunion extraordinaire lundi à Beyrouth pour soutenir le Liban. Et à Bagdad, le Hezbollah a reçu le soutien de centaines de milliers de partisans du chef chiite radical irakien Moqtada al-Sadr, qui avaient bravé l'insécurité pour venir de tout le pays.

Mais, malgré la lenteur des négociations à l'ONU, il serait possible d'offrir une «réponse rapide» à la situation actuelle, selon Walter Dorn, professeur au Collège royal militaire du Canada et spécialiste des Nations unies. «Avant de penser à déployer une nouvelle force internationale, il faudrait étendre le mandat, mais aussi les moyens mis à la disposition de la FINUL [la Force intérimaire des Nations unies au Liban]», a-t-il expliqué au Devoir avant son départ pour le siège des Nations unies, où il suivra de près l'évolution des tractations. «Il faudrait aussi bloquer l'avance d'Israël, avant que son armée ne transforme la zone en un véritable "no man's land" qui ne permettra de toute façon pas d'empêcher le tir de roquettes du Hezbollah», a ajouté M. Dorn.

Les lourdes pertes parmi la population n'étonnent pas l'organisation Human Rights Watch, qui croit que l'armée israélienne fait peu de cas de la présence de civils dans ses frappes et ses incursions, se rendant ainsi coupable de possibles «crimes de guerre», selon un rapport publié hier. «Dans certains cas, la force des attaques, l'absence de cible militaire et les frappes sur les équipes de secours laissent croire que les forces israéliennes ont délibérément visé les civils», indique le document, qui ajoute que «les bavures ne peuvent être réduites à de simples accidents», qu'elles forcent plutôt à entreprendre «une enquête internationale» pour faire toute la lumière «sur ces violations du droit humanitaire».

L'organisme dénonce aussi le bombardement des routes et des véhicules y circulant: «Aucune preuve n'existe que ces attaques aient permis de détruire des armes du Hezbollah. Ces attaques ont plutôt tué ou blessé des civils qui fuyaient leurs maisons, comme les forces israéliennes le leur avaient demandé.»

Dans un pays où des pans importants des infrastructures ont été réduits en poussière et qui manquera d'essence d'ici quatre jours, le bilan des victimes civiles continue de s'alourdir, s'élevant désormais à 955 morts depuis le 12 juillet.

Avec l'Agence France-Presse,

Associated Press, BBC et Reuters






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    dimanche 6 août 2006 07h57
    Quelle stratégie pour quel but?
    « On peut se poser bien des questions au sujet de la stratégie militaire utilisée par Israël contre le Hezbollah. L'emploi massif de l'aviation tient-il au fait que le chef d'état-major est un général de l'armée de l'air ou le but était-il d'éviter des pertes en anéantissant cet adversaire du haut des airs, à la manière américaine? Les Israéliens espéraient-ils se débarrasser rapidement du Hezbollah, en ayant sous-estimé ses capacités militaires? Ont-ils simplement utilisé un plan préparé de longue date, basé sur des renseignements insuffisants et non actualisés? Par ailleurs, pour la première fois, l'armée d'Israël n'a pas à faire face, comme dans le passé, à une autre armée, dans des combats classiques, mais elle est aux prises avec une guérilla, qui lui pose des problèmes qu'elle n'a jamais connus.
    Le résultat est que le Hezbollah est toujours là, qu'il tire toujours des missiles sur Israël et que, comme vient de le déclarer Shimon Peres, Vice-premier ministre de l'État hébreu : «Il faut donc être patient. Tout cela n'est pas une affaire de jours, mais de semaines». Dans l'immédiat, le résultat en est, côté libanais, plus de 1 000 victimes tuées et plus de 3 000 blessées, des civils en très grande majorité, dont beaucoup d'enfants, qui n'ont rien à voir avec le Hezbollah. D'après des enquêteurs de l'organisation de défense des droits de l'Homme, Human Rights Watch, qui ont parcouru le Liban depuis le début de la guerre « Israël ne cherche pas délibérément à tuer des civils, mais il ne fait délibérément pas de distinction entre les civils et les objectifs militaires ». Outre le fait que ceci est une violation des lois de la guerre, car malheureusement on a dû créer de telles lois (les Conventions de Genève), il en résulte in renforcement des mouvements anti-israéliens.
    « Il est évident qu'après ces événements et les souffrances globales endurées par le peuple libanais, le lien entre l'opinion publique libanaise et le Hezbollah s'est encore plus renforcé, et ce mouvement est en train de devenir non seulement le symbole de la résistance libanaise, mais aussi, plus globalement, le symbole de la résistance arabe contre Israël. Ce qui, du point de vue israélien, est proprement calamiteux. D'une certaine manière, si le but était d'affaiblir le Hezbollah, c'est l'inverse qui se produit. Et je rappellerais que dans la logique des confrontations asymétriques, notamment au Proche-Orient, celui qui n'est pas complètement détruit a gagné. Et là, les 20 jours de guerre qui viennent de se dérouler peuvent déjà être considérés comme une victoire du Hezbollah. » (Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, Paris)
    Alors, où s'en va-t-on? L'image d'Israël est ternie dans une grande partie du monde. La destruction systématique du Liban n'est pas un gage de paix et de sécurité pour cette région du monde. Les armes n'ont jamais réglé cette question dans ce Proche-Orient divisé. La diplomatie, la négociation sont les seules armes efficaces dans de telles situations, mais plus les armes de destruction parlent, et plus la paix s'éloigne. La proposition de cessation des hostilités franco-américaine a-t-elle quelque chance d'aboutir? Probablement pas, en tout cas pas dans l'immédiat, les parties en présence ayant encore des comptes à régler, des munitions à utiliser, des objectifs à atteindre et des conditions à vouloir imposer. On n'a pas fini de compter des victimes innocentes. Alors, à quoi bon cette guerre, qui ne résoudra rien, mais aggravera plutôt les tensions.
    Les États-Unis semblent faire marche arrière en demandant une cessation des hostilités, dans la résolution qu'ils présentent avec la France au Conseil de sécurité. S'ils avaient consacré autant d'énergie et de ressources à régler le problème du Proche-Orient et à contribuer à la création d'un État palestinien viable, qu'ils en ont mis à s'enliser dans le bourbier irakien, les situations conflictuelles qui existent actuellement ne se seraient pas produites. Israël vivrait en sécurité, tout comme les Palestiniens, conformément à la décision de l'ONU partageant la Palestine en deux États (1947). Les erreurs de jugement de l'administration Bush coûtent cher à l'humanité. Et il est navrant de voir un S. Harper répéter comme un perroquet les paroles de Bush sur l'intervention israélienne «mesurée», puisqu'un tel discours n'apporte rien à la construction de la paix (et que le discours américain a changé sur la cessation des hostilités), ce qui devrait être l'objectif premier de la politique canadienne dans cette région. Mais l'alignement du Canada sur la position étatsunienne lui a fait perdre toute crédibilité et la population canadienne en prend de plus en plus conscience, quoiqu'en dise S. Harper, qui tente de se convaincre du contraire en s'appliquant la méthode Coué (une forme d'autosuggestion basée sur la persuasion par la répétition, censée entraîner l'adhésion du sujet aux idées qu'il s'impose). Hélas pour lui, à se convaincre soi-même, on ne convainc pas les autres. Et l'huile sur le feu (les propos de S. Harper) n'a jamais contribué à éteindre un incendie. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
1 réactions
0 votes
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009