Revue de presse - Les suites d'une crise
La crise au Moyen-Orient continue de faire les manchettes. Comment peut-il en être autrement alors que les frappes continuent de part et d'autre, que les morts inutiles se multiplient et que les discussions diplomatiques n'aboutissent toujours pas? Au Canada anglais, le soutien à Israël ne se dément pas, même s'il y a de plus en plus de bémols. Personne ne nie à Israël le droit de se défendre, mais le choix des moyens soulève un nombre croissant de questions assorties d'appels au cessez-le-feu.
Pour le gouvernement Harper, cela ne présage rien de bon, comme le lui a appris un sondage paru cette semaine. Malgré tout, Stephen Harper persiste et signe. Lawrence Martin, du Globe and Mail, voit pourtant dans le dossier du Liban un cas où la détermination et la rapidité d'action du premier ministre jouent contre lui. Après les hésitations du gouvernement Martin, le ton décidé de Harper lui a valu bonne presse durant les premiers mois de son gouvernement. «Mais un caractère décidé peut nuire tout autant que l'hésitation», écrit Martin en évoquant le cas du Moyen-Orient. «Avec seulement un peu de circonspection, [Harper] aurait pu éviter ses problèmes tout en appuyant avec force Israël.» Martin relève en particulier le commentaire «peu judicieux» de Harper selon lequel la réponse israélienne était «mesurée». Il lui aurait suffi par la suite de reculer un peu pour limiter les dégâts mais il ne l'a pas fait. Martin souligne que Harper et son ministre Peter MacKay sont des débutants sur la scène internationale. Or, la tradition canadienne de «modération multilatérale et non de neutralité» n'est pas une chose avec laquelle les «premiers venus» peuvent chipoter. «Les recrues ont fait un pas de trop», en se rangeant dans le camp de la polarisation des Bush et Cheney. Selon le chroniqueur, les conservateurs en paient maintenant le prix.
Cette crise a fait naître une autre controverse, celle-là autour de la citoyenneté canadienne. Plusieurs commentateurs ont remis en question le fait que le gouvernement canadien se lance à la rescousse de gens ayant la double citoyenneté canadienne et libanaise et qui vivent maintenant en permanence au Liban. À leurs yeux, ces gens en sont venus à traiter leur citoyenneté canadienne comme une «citizenship of convenience», une simple commodité. Paul Stanway, du Edmonton Sun, a lui-même la double citoyenneté. Il avoue qu'il n'a jamais vu le problème mais les événements des dernières semaines lui ont montré que cela peut en devenir un pour le pays d'adoption. Il se demande quelle est la responsabilité d'Ottawa à l'égard de ces citoyens expatriés. À son avis, le gouvernement Harper n'avait pas d'autre choix moral ou pratique que d'aider tous les Canadiens désireux d'évacuer le Liban. Stanway n'en croit pas moins qu'il serait raisonnable de limiter cette responsabilité. Cette décision ne peut cependant être prise au beau milieu d'une crise, dit-il. Elle doit être débattue à tête reposée et, une fois ces limites adoptées, il revient au gouvernement de s'assurer qu'elles sont bien comprises par les Canadiens qui choisissent de vivre à l'étranger.
Pendant ce temps...
Cette chronique dépend en grande partie du travail des multiples chroniqueurs du Canada anglais. Le départ d'un d'entre eux, surtout s'il est le plus expérimenté, laisse inévitablement un vide. C'est ce qui s'est produit cette semaine avec le départ du vétéran de la colline parlementaire: Douglas Fisher, chroniqueur de la chaîne Sun Media. Discret comme toujours, il a choisi un torride dimanche estival pour publier sa chronique d'adieu et dresser un bilan des 45 années qu'il a passées à observer la scène politique fédérale. Simple soldat durant la Seconde Guerre mondiale, ancien député néo-démocrate, Fisher a commencé sa carrière de «columnist» en 1961 alors qu'il était encore député. Il raconte qu'il avait besoin de ce revenu supplémentaire pour éponger ses dettes et payer ses énormes dépenses de député. Il a pris goût à la plume et est devenu chroniqueur à temps plein dès 1965. Il avoue qu'il a exercé son métier avec la mentalité d'un député d'opposition, pas nécessairement néo-démocrate cependant.
Fisher s'est toujours inquiété de l'arrogance du gouvernement, du contrôle excessif qu'il exerce sur le Parlement et de la faiblesse de l'opposition. Il part en constatant que, depuis son arrivée au parlement sous John Diefenbaker, le gouvernement est devenu plus énorme, que le bureau du premier ministre est encore plus omniprésent et puissant, que les chefs et surtout le premier ministre accaparent toute l'attention et que la Chambre des communes est devenue insignifiante. Les députés ne sont pas moins compétents, écrit-il. Ils ont au contraire un meilleur niveau et offrent davantage de services que par le passé, mais leur rôle s'est paradoxalement amenuisé sous l'effet d'une discipline de parti excessive et du contrôle étouffant exercé par des cadres toujours plus nombreux dans les bureaux des chefs.
Diefenbaker et Lester B. Pearson passaient beaucoup de temps aux Communes, raconte-t-il. Ils étaient présents quand des projets de loi de premier plan étaient débattus. Pierre Trudeau voyait les choses autrement, disant franchement qu'il s'ennuyait et perdait son temps en Chambre. Ses ministres ont suivi son exemple. Les séances ont été écourtées, la camaraderie s'est évanouie. Aujourd'hui, peu de gens écoutent les débats. Les médias en parlent rarement, préférant se concentrer «sur la mêlée théâtrale, parfois grotesque, de la période des questions». L'influence des ministres a décliné. Le gouvernement est le gouvernement du premier ministre, avec ses centaines d'employés.
Fisher se défend d'être nostalgique et amer. Il note que les gouvernements qui se sont succédés depuis 1957 ont fait preuve d'imagination, d'audace et d'initiative. Si les Communes ne comptent plus quand vient le temps de débattre d'enjeux importants, d'autres forums ont vu le jour dans la société civile et aux niveaux provincial et municipal. Regardant vers l'avenir, Fisher se permet quelques prédictions. Selon lui, le Québec ne quittera pas la fédération, même s'il a cru que ça y était il y a dix ans. Il constate un lent déclin de la francophonie canadienne — sur le plan de la démographie, de l'immigration et du choix linguistique — et une montée en puissance de l'Ouest canadien. À son avis, les Canadiens doivent contenir l'anti-américanisme croissant car il risque de faire naître une hostilité nouvelle entre les deux partenaires. À 86 ans, il dit partir avec un regard tout aussi positif que celui qu'il avait au retour de la guerre. «Ce siècle offre autant d'occasions qu'en offraient, au siècle dernier, l'ouverture de l'Ouest et la promesse d'une meilleure société... À la condition cependant de soigner judicieusement notre régime politique», conclut-il.
mcornellier@ledevoir.com
Pour le gouvernement Harper, cela ne présage rien de bon, comme le lui a appris un sondage paru cette semaine. Malgré tout, Stephen Harper persiste et signe. Lawrence Martin, du Globe and Mail, voit pourtant dans le dossier du Liban un cas où la détermination et la rapidité d'action du premier ministre jouent contre lui. Après les hésitations du gouvernement Martin, le ton décidé de Harper lui a valu bonne presse durant les premiers mois de son gouvernement. «Mais un caractère décidé peut nuire tout autant que l'hésitation», écrit Martin en évoquant le cas du Moyen-Orient. «Avec seulement un peu de circonspection, [Harper] aurait pu éviter ses problèmes tout en appuyant avec force Israël.» Martin relève en particulier le commentaire «peu judicieux» de Harper selon lequel la réponse israélienne était «mesurée». Il lui aurait suffi par la suite de reculer un peu pour limiter les dégâts mais il ne l'a pas fait. Martin souligne que Harper et son ministre Peter MacKay sont des débutants sur la scène internationale. Or, la tradition canadienne de «modération multilatérale et non de neutralité» n'est pas une chose avec laquelle les «premiers venus» peuvent chipoter. «Les recrues ont fait un pas de trop», en se rangeant dans le camp de la polarisation des Bush et Cheney. Selon le chroniqueur, les conservateurs en paient maintenant le prix.
Cette crise a fait naître une autre controverse, celle-là autour de la citoyenneté canadienne. Plusieurs commentateurs ont remis en question le fait que le gouvernement canadien se lance à la rescousse de gens ayant la double citoyenneté canadienne et libanaise et qui vivent maintenant en permanence au Liban. À leurs yeux, ces gens en sont venus à traiter leur citoyenneté canadienne comme une «citizenship of convenience», une simple commodité. Paul Stanway, du Edmonton Sun, a lui-même la double citoyenneté. Il avoue qu'il n'a jamais vu le problème mais les événements des dernières semaines lui ont montré que cela peut en devenir un pour le pays d'adoption. Il se demande quelle est la responsabilité d'Ottawa à l'égard de ces citoyens expatriés. À son avis, le gouvernement Harper n'avait pas d'autre choix moral ou pratique que d'aider tous les Canadiens désireux d'évacuer le Liban. Stanway n'en croit pas moins qu'il serait raisonnable de limiter cette responsabilité. Cette décision ne peut cependant être prise au beau milieu d'une crise, dit-il. Elle doit être débattue à tête reposée et, une fois ces limites adoptées, il revient au gouvernement de s'assurer qu'elles sont bien comprises par les Canadiens qui choisissent de vivre à l'étranger.
Pendant ce temps...
Cette chronique dépend en grande partie du travail des multiples chroniqueurs du Canada anglais. Le départ d'un d'entre eux, surtout s'il est le plus expérimenté, laisse inévitablement un vide. C'est ce qui s'est produit cette semaine avec le départ du vétéran de la colline parlementaire: Douglas Fisher, chroniqueur de la chaîne Sun Media. Discret comme toujours, il a choisi un torride dimanche estival pour publier sa chronique d'adieu et dresser un bilan des 45 années qu'il a passées à observer la scène politique fédérale. Simple soldat durant la Seconde Guerre mondiale, ancien député néo-démocrate, Fisher a commencé sa carrière de «columnist» en 1961 alors qu'il était encore député. Il raconte qu'il avait besoin de ce revenu supplémentaire pour éponger ses dettes et payer ses énormes dépenses de député. Il a pris goût à la plume et est devenu chroniqueur à temps plein dès 1965. Il avoue qu'il a exercé son métier avec la mentalité d'un député d'opposition, pas nécessairement néo-démocrate cependant.
Fisher s'est toujours inquiété de l'arrogance du gouvernement, du contrôle excessif qu'il exerce sur le Parlement et de la faiblesse de l'opposition. Il part en constatant que, depuis son arrivée au parlement sous John Diefenbaker, le gouvernement est devenu plus énorme, que le bureau du premier ministre est encore plus omniprésent et puissant, que les chefs et surtout le premier ministre accaparent toute l'attention et que la Chambre des communes est devenue insignifiante. Les députés ne sont pas moins compétents, écrit-il. Ils ont au contraire un meilleur niveau et offrent davantage de services que par le passé, mais leur rôle s'est paradoxalement amenuisé sous l'effet d'une discipline de parti excessive et du contrôle étouffant exercé par des cadres toujours plus nombreux dans les bureaux des chefs.
Diefenbaker et Lester B. Pearson passaient beaucoup de temps aux Communes, raconte-t-il. Ils étaient présents quand des projets de loi de premier plan étaient débattus. Pierre Trudeau voyait les choses autrement, disant franchement qu'il s'ennuyait et perdait son temps en Chambre. Ses ministres ont suivi son exemple. Les séances ont été écourtées, la camaraderie s'est évanouie. Aujourd'hui, peu de gens écoutent les débats. Les médias en parlent rarement, préférant se concentrer «sur la mêlée théâtrale, parfois grotesque, de la période des questions». L'influence des ministres a décliné. Le gouvernement est le gouvernement du premier ministre, avec ses centaines d'employés.
Fisher se défend d'être nostalgique et amer. Il note que les gouvernements qui se sont succédés depuis 1957 ont fait preuve d'imagination, d'audace et d'initiative. Si les Communes ne comptent plus quand vient le temps de débattre d'enjeux importants, d'autres forums ont vu le jour dans la société civile et aux niveaux provincial et municipal. Regardant vers l'avenir, Fisher se permet quelques prédictions. Selon lui, le Québec ne quittera pas la fédération, même s'il a cru que ça y était il y a dix ans. Il constate un lent déclin de la francophonie canadienne — sur le plan de la démographie, de l'immigration et du choix linguistique — et une montée en puissance de l'Ouest canadien. À son avis, les Canadiens doivent contenir l'anti-américanisme croissant car il risque de faire naître une hostilité nouvelle entre les deux partenaires. À 86 ans, il dit partir avec un regard tout aussi positif que celui qu'il avait au retour de la guerre. «Ce siècle offre autant d'occasions qu'en offraient, au siècle dernier, l'ouverture de l'Ouest et la promesse d'une meilleure société... À la condition cependant de soigner judicieusement notre régime politique», conclut-il.
mcornellier@ledevoir.com
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