Les pays arabes sermonnent Ottawa
3 août 2006
Proche-Orient
Photo : Agence Reuters
Des enfants jordaniens ont participé hier à une vigile près d’Amman pour manifester leur solidarité avec les enfants libanais et palestiniens.
Ottawa — Inquiets de l'alignement du Canada avec Israël dans la crise qui afflige le Liban, les ambassadeurs des pays arabes en poste à Ottawa ont rencontré hier le ministre des Affaires étrangères pour lui faire part de leurs préoccupations, a appris Le Devoir. Les représentants des 16 États ont invité Peter MacKay à réclamer un cessez-le-feu immédiat, ce qu'il a refusé de faire jusqu'à présent, de même qu'à revenir à la position canadienne traditionnelle afin de conserver sa crédibilité dans la région.
La rencontre s'est tenue hier matin, à huit heures, et aurait duré environ une heure. Les 16 représentants formant le Conseil des ambassadeurs arabes auraient alors exprimé leurs réserves au sujet de la position actuelle du Canada dans l'affrontement entre Israël et le Hezbollah, au Liban. Au bureau du ministre, on explique que cette rencontre était «importante» mais non «exceptionnelle», et que le ton n'était pas «hostile».
À l'ambassade des Émirats arabes unis, dont le numéro un, Hassan Al-Suwaida, est le doyen du Conseil, on soutient que la rencontre a été positive et que le ton du ministre a réconforté les ambassadeurs. «Ils ont fait état de leurs préoccupations par rapport à ce que les gens qualifient de la position non équilibrée du Canada», a expliqué une source au Devoir.
Le premier ministre Stephen Harper avait, dès le premier jour, jugé «mesurée» la riposte d'Israël à l'enlèvement de deux de ses soldats par le Hezbollah. Le premier bémol est venu mardi de M. MacKay, qui a déclaré devant le Comité des affaires étrangères que «la plus grande retenue est nécessaire de la part d'Israël pour éviter le plus possible les morts de civils».
L'ambassadeur de la Jordanie, Nabil Barto, était présent à la rencontre d'hier matin. Il raconte pour sa part que le ministre a surtout répété ses propos catégoriques de la veille à propos du Hezbollah; il souhaite que la démarche de son groupe le fera changer d'avis.
«Le Canada est respecté [dans les pays arabes], nous avons de bonnes relations avec le Canada; mais ce changement de position a déjà commencé à changer l'opinion des gens et j'espère que le gouvernement canadien s'en rend compte, dit M. Barto dans un entretien téléphonique. Se ranger derrière Israël n'aidera pas la paix au Moyen-Orient.»
Selon lui, l'influence canadienne dans la région tumultueuse diminue «d'heure en heure». L'ambassadeur jordanien croit que le Canada ne doit pas emprunter la même voie que les États-Unis, sans quoi il deviendra persona non grata au Moyen-Orient. «Dès qu'un pays, n'importe lequel, croit que le juge a pris fait et cause pour une des parties, il perd son statut d'"honest broker". C'est exactement ce qui est arrivé aux États-Unis. Je ne crois pas qu'ils soient tellement les bienvenus dans cette partie du monde désormais.»
Le délégué général de l'Autorité palestinienne à Ottawa, Amin Abou-Hassira, aimerait lui aussi comprendre quel objectif poursuit le Canada en soutenant la stratégie militaire israélienne. «Le ministre défend sa politique en disant que la campagne israélienne fait partie de la lutte contre le terrorisme, raconte M. Abou-Hassira au Devoir. Le terrorisme a frappé l'Arabie Saoudite, il frappe l'Irak, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Égypte. Il a frappé beaucoup de pays arabes. Nous avons autant intérêt à lutter contre le terrorisme que le Canada, mais [cela ne se fera pas] en encourageant les va-t-en-guerre au Proche-Orient. Chaque fois qu'Israël a un problème, il détruit tout devant lui.»
Le représentant palestinien conteste entre autres l'affirmation du ministre MacKay selon laquelle l'actuelle position canadienne sur la crise au Liban est «classique». «Ce n'est pas une position classique, lance-t-il. La position classique aurait été d'appeler à un cessez-le-feu immédiat et de demander aux différents partenaires de négocier et non pas d'appuyer une campagne de destruction massive.»
L'ambassadeur de la Jordanie craint de son côté que la lutte contre le Hezbollah ne donne naissance à d'autres groupes encore plus extrêmes. M. MacKay a qualifié mardi le groupe Hezbollah de «cancer» qui ronge le Liban et de «groupe de tueurs sans pitié».
C'est à l'occasion de cette comparution en comité parlementaire que la rencontre avec le Conseil des ambassadeurs arabes aurait été ficelée. Au bureau de M. MacKay, on explique que, le ministre n'ayant pas le temps de rencontrer chaque diplomate individuellement, de telles rencontres régionales sont organisées. «On a déjà rencontré l'Europe en mai», explique le porte-parole André Lemay.
Sans vouloir minimiser l'importance de cette rencontre, M. Lemay insiste pour dire qu'elle ne constituait pas une mesure exceptionnelle. «Cela fait partie des fonctions normales du ministre.» Il reconnaît toutefois qu'avec la présente crise au Liban, «le timing était bon». «Ce n'était pas un message hostile. C'est celui d'une ligue arabe qui veut faire connaître son point de vue sur une situation qui la préoccupe».
La rencontre s'est tenue hier matin, à huit heures, et aurait duré environ une heure. Les 16 représentants formant le Conseil des ambassadeurs arabes auraient alors exprimé leurs réserves au sujet de la position actuelle du Canada dans l'affrontement entre Israël et le Hezbollah, au Liban. Au bureau du ministre, on explique que cette rencontre était «importante» mais non «exceptionnelle», et que le ton n'était pas «hostile».
À l'ambassade des Émirats arabes unis, dont le numéro un, Hassan Al-Suwaida, est le doyen du Conseil, on soutient que la rencontre a été positive et que le ton du ministre a réconforté les ambassadeurs. «Ils ont fait état de leurs préoccupations par rapport à ce que les gens qualifient de la position non équilibrée du Canada», a expliqué une source au Devoir.
Le premier ministre Stephen Harper avait, dès le premier jour, jugé «mesurée» la riposte d'Israël à l'enlèvement de deux de ses soldats par le Hezbollah. Le premier bémol est venu mardi de M. MacKay, qui a déclaré devant le Comité des affaires étrangères que «la plus grande retenue est nécessaire de la part d'Israël pour éviter le plus possible les morts de civils».
L'ambassadeur de la Jordanie, Nabil Barto, était présent à la rencontre d'hier matin. Il raconte pour sa part que le ministre a surtout répété ses propos catégoriques de la veille à propos du Hezbollah; il souhaite que la démarche de son groupe le fera changer d'avis.
«Le Canada est respecté [dans les pays arabes], nous avons de bonnes relations avec le Canada; mais ce changement de position a déjà commencé à changer l'opinion des gens et j'espère que le gouvernement canadien s'en rend compte, dit M. Barto dans un entretien téléphonique. Se ranger derrière Israël n'aidera pas la paix au Moyen-Orient.»
Selon lui, l'influence canadienne dans la région tumultueuse diminue «d'heure en heure». L'ambassadeur jordanien croit que le Canada ne doit pas emprunter la même voie que les États-Unis, sans quoi il deviendra persona non grata au Moyen-Orient. «Dès qu'un pays, n'importe lequel, croit que le juge a pris fait et cause pour une des parties, il perd son statut d'"honest broker". C'est exactement ce qui est arrivé aux États-Unis. Je ne crois pas qu'ils soient tellement les bienvenus dans cette partie du monde désormais.»
Le délégué général de l'Autorité palestinienne à Ottawa, Amin Abou-Hassira, aimerait lui aussi comprendre quel objectif poursuit le Canada en soutenant la stratégie militaire israélienne. «Le ministre défend sa politique en disant que la campagne israélienne fait partie de la lutte contre le terrorisme, raconte M. Abou-Hassira au Devoir. Le terrorisme a frappé l'Arabie Saoudite, il frappe l'Irak, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Égypte. Il a frappé beaucoup de pays arabes. Nous avons autant intérêt à lutter contre le terrorisme que le Canada, mais [cela ne se fera pas] en encourageant les va-t-en-guerre au Proche-Orient. Chaque fois qu'Israël a un problème, il détruit tout devant lui.»
Le représentant palestinien conteste entre autres l'affirmation du ministre MacKay selon laquelle l'actuelle position canadienne sur la crise au Liban est «classique». «Ce n'est pas une position classique, lance-t-il. La position classique aurait été d'appeler à un cessez-le-feu immédiat et de demander aux différents partenaires de négocier et non pas d'appuyer une campagne de destruction massive.»
L'ambassadeur de la Jordanie craint de son côté que la lutte contre le Hezbollah ne donne naissance à d'autres groupes encore plus extrêmes. M. MacKay a qualifié mardi le groupe Hezbollah de «cancer» qui ronge le Liban et de «groupe de tueurs sans pitié».
C'est à l'occasion de cette comparution en comité parlementaire que la rencontre avec le Conseil des ambassadeurs arabes aurait été ficelée. Au bureau de M. MacKay, on explique que, le ministre n'ayant pas le temps de rencontrer chaque diplomate individuellement, de telles rencontres régionales sont organisées. «On a déjà rencontré l'Europe en mai», explique le porte-parole André Lemay.
Sans vouloir minimiser l'importance de cette rencontre, M. Lemay insiste pour dire qu'elle ne constituait pas une mesure exceptionnelle. «Cela fait partie des fonctions normales du ministre.» Il reconnaît toutefois qu'avec la présente crise au Liban, «le timing était bon». «Ce n'était pas un message hostile. C'est celui d'une ligue arabe qui veut faire connaître son point de vue sur une situation qui la préoccupe».
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