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Le Hamas sous pression

30 janvier 2006  Proche-Orient
Jérusalem — Le premier ministre israélien par intérim, Ehoud Olmert, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont affiché hier une position commune sur le Hamas, refusant de traiter avec lui s'il ne renonçait pas à la violence et ne reconnaissait pas le droit d'Israël à exister.

«Nous nous sommes mis d'accord sur les principes qui devront guider la communauté internationale dans ses relations futures avec l'Autorité palestinienne», a déclaré M. Olmert lors d'une conférence de presse avec la chancelière allemande, après des entretiens à Jérusalem axés sur la victoire écrasante du mouvement radical palestinien Hamas aux législatives de mercredi. «Nous pensons qu'il est impossible de négocier avec des organisations ou des gouvernements qui sont impliqués dans le terrorisme et qui ne veulent pas reconnaître l'État d'Israël», a ajouté M. Olmert. «J'apprécie vraiment cette approche commune partagée par des pays européens et les États-Unis», a-t-il dit.

Pour Mme Merkel, le fait que le Hamas, responsable de nombreux attentats suicide meurtriers anti-israéliens et qui prône la destruction d'Israël, ait remporté les élections législatives du 25 janvier ne lui donne pas automatiquement de légitimité internationale.

«La coopération entre Israël et les Palestiniens ne peut être possible que s'ils [le Hamas] répondent favorablement à trois conditions: renoncer au terrorisme et à la violence, reconnaître le droit d'Israël à exister et accepter tous les accords internationaux», a-t-elle dit.

«Cette position est celle de l'Allemagne, et nous la communiquerons à l'Union européenne», a-t-elle ajouté. «Le Hamas doit comprendre que nous avons des principes clairs.»

Selon elle, tant que le Hamas n'aura pas changé sa position envers Israël et le processus de paix, il serait «impensable» pour l'Union européenne de continuer à accorder des fonds à l'Autorité palestinienne.

«Nous devons voir comment le Hamas va agir et s'il ne change pas ses positions, il serait impensable qu'une telle Autorité soit soutenue par des fonds européens», a averti Mme Merkel, soulignant que le Hamas figurait sur la liste européenne des organisations terroristes.

Pressions financières

Cette délicate question de l'aide internationale sera d'ailleurs abordée aujourd'hui par l'UE lors d'une réunion de ses ministres des Affaires étrangères à Bruxelles. Premiers bailleurs de fonds de l'Autorité palestinienne, les Européens ont classé le Hamas sur leur liste des organisations terroristes. La large victoire de ce mouvement radical à l'issue d'un scrutin jugé démocratique et sa probable arrivée au pouvoir plongent donc l'UE dans l'embarras.

Pour l'instant, les responsables européens sont restés plutôt flous en expliquant que des relations de travail étaient possibles avec tous ceux qui veulent la paix. «Le principe de base est que nous travaillerons avec ceux qui recherchent la paix», a déclaré Emma Udwin, porte-parole de l'UE. Selon elle, c'est au Hamas de montrer à la communauté internationale qu'il respectera l'État de droit et oeuvrera en faveur de la paix.

Au même moment, se tiendra à Londres une réunion du Quartet, le groupe international sur le Proche-Orient. Les représentants de l'Union européenne, des États-Unis, de la Russie et de l'ONU évoqueront les répercussions de la victoire du Hamas sur le processus de paix, mais aussi la question du maintien ou non de l'aide financière fournie par ses membres aux Palestiniens.

Les États-Unis, eux, ont déjà tranché la question. Si le Hamas ne renonce pas à la violence et n'accepte pas de reconnaître l'État d'Israël, ils couperont leur aide à l'administration palestinienne. «C'est à eux de prendre la décision, mais nous ne fournirons pas d'aide à un gouvernement qui veut détruire notre allié et ami», a averti le président George W. Bush.

Fermeté

Les États-Unis attendent des Européens la même fermeté à l'égard du Hamas que celle qu'ils ont manifestée en annonçant le réexamen de toute leur aide aux Palestiniens en cas d'accession du mouvement intégriste au pouvoir, a déclaré hier la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice.

«On ne peut pas soutenir le processus de paix d'un côté, ce que nous faisons tous au sein du Quartet, et de l'autre côté soutenir les activités d'un partenaire à ces négociations ne reconnaissant pas l'existence de l'autre partenaire», a expliqué Mme Rice.

Les États-Unis espèrent que la pression financière permettra d'obtenir du Hamas qu'il renonce aux attentats. «Je pense vraiment qu'il est important que le Hamas comprenne les implications de sa présence au gouvernement s'il veut gouverner», a-t-elle déclaré.

Mme Rice a écarté l'hypothèse d'une plus grande implication de l'Iran ou la Syrie dans les territoires palestiniens pour compenser un éventuel arrêt de l'aide internationale aux Palestiniens, soulignant qu'étaient concernées non seulement l'aide de l'UE et des États-Unis, mais aussi celle de l'Asie et des pays arabes modérés. «Cela ferait un gros trou», a-t-elle noté.

Ajoutant sa voix à celles des chefs politiques, l'organisation américaine de défense des droits de l'Homme, Human Wrights Watch (HRW), a demandé hier au mouvement radical palestinien Hamas de s'engager à ne plus prendre pour cible des civils israéliens, soulignant que sa victoire aux élections rendait nécessaire cet engagement.

Dans une lettre aux dirigeants du Hamas, HRW demande que n'importe quel gouvernement formé par le mouvement palestinien exige des autres groupes armés palestiniens de s'engager à mettre un terme aux violences contre les civils.

La victoire électorale du Hamas et son mandat pour former le prochain gouvernement palestinien «fait qu'il est à la fois opportun et essentiel pour vous d'étendre et d'élargir le moratoire que le Hamas avait annoncé au début de l'an dernier et de vous engager sans conditions à garantir que votre organisation n'attaquera en aucun cas des civils à l'avenir», souligne la lettre de HRW.

Avec l'AP






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