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Fin de cavale pour un général croate

Ante Gotovina est recherché depuis quatre ans par le TPIY

Reuters   9 décembre 2005  Europe
Ante Gotovina hier, lors de son arrivée à Madrid.
Photo : Agence Reuters
Ante Gotovina hier, lors de son arrivée à Madrid.
Le général croate Ante Gotovina, recherché depuis plus de quatre ans par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), a été arrêté aux îles Canaries et présenté hier soir à un juge de l'Audience nationale, à Madrid.

Gotovina, dont l'arrestation avait été annoncée à Belgrade par Carla Del Ponte, procureur en chef du TPIY, a été inculpé en juillet 2001 pour atrocités présumées au cours d'une offensive lancée en août 1995 par les forces gouvernementales contre les séparatistes serbes de la Krajina. Il était en fuite depuis lors.

L'incapacité des autorités croates à arrêter Gotovina, considéré par une grande partie de la population comme un héros national, constituait un obstacle au processus d'intégration de la Croatie à l'Union européenne.

À Madrid, on précise de source autorisée que cet ancien membre de la Légion étrangère française a été arrêté en possession d'un faux passeport croate dans un restaurant d'un hôtel luxueux de la Playa de las Americas, à Ténérife.

Transféré dans la journée à Madrid, il a été présenté à un juge de l'Audience nationale, la haute cour de justice espagnole, qui lui a lu les charges retenus contre lui, première phase de la procédure d'extradition. On ignore le calendrier de son transfert au tribunal de La Haye, où un porte-parole a indiqué que les préparatifs étaient en cours.

Gotovina est mis en cause dans la mort d'au moins 150 Serbes tués par des soldats sous son commandement dans la foulée de l'opération Tempête des forces croates. Il a nié toute exaction.

Jusqu'à une date récente, il jouissait d'une popularité telle qu'on voyait dans toute la Croatie des affiches avec sa photo sous laquelle s'étalaient les mots «Héros, pas criminel». Hier soir, quelques centaines de ses sympathisants ont affronté les forces de l'ordre à Zagreb. La police a procédé à plusieurs interpellations.

La Croatie a longtemps fait valoir que Gotovina avait fui son pays avant que son inculpation soit rendue publique. Zagreb avait intensifié les recherches après le report, en mars par Bruxelles, des pourparlers relatifs à son adhésion. Les autorités avaient ordonné aux services de sécurité du pays de faire leur maximum, sans hésiter à coordonner leur action avec celle de services de renseignement étrangers.

L'arrestation de Gotovina devrait accentuer les pressions exercées sur la Serbie pour qu'elle arrête l'ex-dirigeant bosno-serbe Radovan Karadzic et son chef militaire Ratko Mladic. Les deux hommes sont inculpés pour le massacre de 8000 Musulmans à Srebrenica et pour le siège de Sarajevo, qui fit plus de 10 000 morts.

Quatre autres Serbes et Bosno-Serbes mis en accusation par le TPIY sont encore en fuite.

Hier matin, Del Ponte a déclaré qu'il était scandaleux que Karadzic et Mladic n'aient toujours pas été arrêtés: «Je suis encore en colère parce que Karadzic et Mladic restent en liberté et que c'est un véritable scandale.»

Respectivement anciens chefs militaire et politique des Serbes de Bosnie, Mladic et Karadzic sont en fuite depuis leur inculpation en 1995 par le Tribunal pénal international (TPI) de génocide pour leur rôle dans le massacre, la même année à Srebrenica, de près de 8000 Musulmans.

Sur les 161 personnes inculpées par le TPI pour l'ex-Yougoslavie depuis sa création en 1993, six sont encore en fuite.

Le président serbe Boris Tadic mis à part, les principaux responsables de Serbie, visiblement embarrassés, se sont abstenus de commenter l'arrestation de Gotovina.
 
 
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