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12e nuit d'émeutes - La France instaure l'état d'urgence

9 novembre 2005  Europe
Paris — Le gouvernement français a instauré hier l'état d'urgence afin de pouvoir décréter un couvre-feu dans les banlieues, en exhumant une loi de 1955 datant de la guerre d'Algérie, après la 12e nuit d'émeutes embrasant la région parisienne et la province.

Lors d'une réunion extraordinaire en présence du président Jacques Chirac, le Conseil des ministres a décidé de réactiver les dispositions de cette loi, soulignant ainsi la gravité de la situation.

Des incidents ont éclaté hier soir entre un groupe de plusieurs dizaines de jeunes et les forces de l'ordre à Toulouse. Mais les forces de l'ordre ont relevé, hier en début de soirée, une «décrue assez sensible» des violences urbaines dans tout le pays, a déclaré le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy.

Évoquant un bilan remontant aux environs de 22h, M. Sarkozy a cité le chiffre de 184 véhicules brûlés en Île-de-France et en province, contre 272 à la même heure la veille. Il a également annoncé que la police avait procédé à 66 interpellations, contre 30 la veille. Sarkozy s'est engagé à mettre en oeuvre les couvre-feux «d'une manière proportionnée à la menace».

Le premier arrêté préfectoral imposant un couvre-feu a été pris pour la ville d'Amiens et sa banlieue, où les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés ne pourront plus sortir la nuit.

Les préfets, qui représentent l'État dans les départements, décideront des zones concernées par ces couvre-feux destinés à «prévenir les violences urbaines».

Près de trois quarts des Français soutiennent l'autorisation de recourir au couvre-feu pour ramener le calme dans les banlieues, en proie à des violences depuis le 27 octobre, selon un sondage.

Le premier ministre Dominique de Villepin a indiqué qu'une loi serait présentée au Parlement pour proroger l'état d'urgence «si les circonstances l'exigent».

Il a, simultanément, annoncé une série de mesures économiques en faveur des banlieues déshéritées, notamment pour y favoriser l'emploi par la création de «zones franches urbaines» incitant les entreprises à s'y installer.

Mais, sur le terrain, les réactions de certains jeunes laissaient penser que la partie était loin d'être gagnée. «Ça va partir en bagarre», entendait-on dans une grande cité de La Courneuve (nord de Paris), parmi des jeunes dont certains affirmaient avoir déjà affronté les forces de l'ordre. Un couvre-feu, «ça veut dire qu'à partir de demain la guerre recommence», lançait Bob, de parents d'origines sénégalaise et mauritanienne.

Du côté de la classe politique, en revanche, l'opposition socialiste s'est gardée de jeter de l'huile sur le feu. Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a estimé qu'«en de telles circonstances, les formations démocratiques doivent savoir concevoir un pacte de non-agression» et qu'un couvre-feu «peut être utile dans certains cas».

En cas d'échec de cette mesure, seul le recours à l'armée semblerait à même de restaurer l'ordre dans des banlieues où s'expriment la colère et le désarroi de jeunes, parfois âgés de 12 à 14 ans. Souvent originaires d'Afrique noire et du Maghreb, ils se sentent victimes de discrimination et exclus de la société française.

Malgré les nombreux appels au calme, les violences entamées le 27 octobre se sont poursuivies dans la nuit de lundi à hier dans de nombreuses banlieues: 173 véhicules ont été brûlés, majoritairement en province, et la police a procédé à 330 interpellations.

Le bilan des destructions, hier, était inférieur à celui de la nuit précédente, où plus de 1400 véhicules avaient été détruits, mais les policiers ont à nouveau été la cible de projectiles et 12 ont été légèrement blessés. Parmi la dizaine de bâtiments incendiés figurent de nouveau des établissements scolaires, une bibliothèque municipale et un gymnase.

Dans certaines banlieues, des habitants montent la garde depuis plusieurs nuits devant des bâtiments municipaux. «Les jeunes, ils viennent, ils discutent avec nous», expliquait Willy Toure, qui participait à une veille citoyenne près de Paris. «À force, ils ont compris que ça ne sert à rien de brûler nos biens, les leurs et ceux de leurs parents», ajoutait-il.

La vente d'essence a été interdite aux mineurs hier dans plusieurs départements français. Plus de 6000 véhicules ont été brûlés dans toute la France depuis le début des violences, ainsi que des dizaines d'autobus et des dizaines d'édifices publics.






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