L'Allemagne n'a pas tranché
Angela Merkel et Gerhard Schröder réclament tous deux la victoire
Berlin — Ce devait être le couronnement de la première femme et du premier citoyen de l'ancienne Allemagne de l'Est à devenir chancelier. Mais cette première historique a pris hier des allures de défaite. Avec à peine 1 % d'avance sur les sociaux-démocrates (SPD) de Gerhard Schröder, la majorité de la candidate conservatrice Angela Merkel est si faible que son adversaire conteste sa victoire et que les deux partis devront fort probablement se résoudre à former ensemble un gouvernement de coalition.
Au moment de mettre sous presse, Angela Merkel menait de justesse. En moins d'un mois, les 20 points d'avance qu'elle détenait sur le chancelier sortant Gerhard Schröder ont fondu au soleil. Les 35 % de voix (et 226 sièges) de la CDU ne lui permettent cependant pas de former un gouvernement avec son allié naturel, les libéraux du SPD qui obtiennent 10 % (et 61 sièges). Le scénario tant redouté de la «grande coalition» rassemblant des frères ennemis de la CDU et du SPD a donc toutes les chances de se concrétiser d'ici à quelques semaines. «Nous avons un mandat clair pour diriger ce pays, a néanmoins déclaré Angela Merkel. [...] Malgré les conditions difficiles, il faudra négocier et je considère que j'ai un mandat.» La candidate de la CDU dit qu'elle négociera avec tous les partis à l'exception du nouveau parti d'extrême gauche Die Linke formé des néo-communistes du PDS et des déçus du SPD dirigés par Oskar Lafontaine. «Notre responsabilité maintenant, c'est de créer un gouvernement stable pour les Allemands.»
Mais le charismatique Gerhard Schröder, dont le parti enregistre lui aussi une baisse historique (avec 34 % des voix et 220 sièges), n'a pas jeté l'éponge pour autant. Jouant sa carte jusqu'au bout, il dit lui aussi vouloir former un nouveau gouvernement et souligne les faibles résultats de son adversaire.
Défait mais jubilant, il a été acclamé pendant de longues minutes. «Nous avons réussi ce qui semblait impossible à de nombreux professionnels. [...] Malgré des résultats catastrophiques, la CDU prétend à un rôle de leader, mais ça ne marchera pas ainsi. Je suis certain que nous pourrons faire en sorte que l'Allemagne ait un gouvernement stable sous ma direction.»
Ayant lui aussi rejeté toute possibilité d'alliance avec l'extrême gauche, on ne voit pas comment le SPD et les verts pourraient s'allier aux libéraux du FDP. Avec 10 % des voix, les libéraux sont parmi les rares gagnants de ce suspense électoral qui a surtout favorisé les extrêmes. Son candidat, Guido Westerwelle, s'est félicité des résultats qui sont les meilleurs de l'histoire de son parti. Il a rejeté toute possibilité de coalition avec un autre parti que celui d'Angela Merkel. «Nous au FDP, nous souhaitons de véritables réformes. Nous voulons former une coalition avec la CDU et, si ce n'est pas suffisant, nous ne sommes pas disponibles pour dilapider nos forces avec d'autres partis.»
Des négociations intenses entre tous les partis devraient donc s'engager dans les prochaines semaines. «On ne peut pas envisager autre chose qu'une grande coalition», a affirmé le numéro deux de la CDU-CSU, le Bavarois Edmund Stoiber qui, devant le demi-échec de sa rivale, semble pour la première fois prêt à entrer dans le gouvernement. «Le SPD est prêt à participer à une coalition», a déclaré de son côté le président du parti social-démocrate, Franz Müntefering.
Grâce à une campagne de plus d'une centaine d'assemblées dans tous les coins du pays, Gerhard Schröder a presque entièrement remonté une pente abrupte. Il était hier à deux doigts de remporter le défi qu'il s'était fixé en déclenchant ces élections anticipées, événement exceptionnel en Allemagne. À la maison Willy-Brandt, le siège de leur parti, les sociaux démocrates étaient nombreux à dire que, sans la scission des radicaux dirigés par Oskar Lafontaine, ils auraient facilement décroché un troisième mandat.
Les militants du nouveau parti d'extrême gauche Die Linke ne semblaient pourtant pas regretter leur geste. «Pour la première fois, il y aura un véritable parti de gauche au Parlement. Cela modifie le paysage politique en Allemagne», a déclaré le néo-communiste Gregor Gysi. «Les deux grands partis n'ont pas de majorité parce que nous avons décidé de nous lever et de nous présenter», a renchéri Oskar Lafontaine. Si Angela Merkel forme une coalition avec les sociaux-démocrates, plusieurs observateurs craignent que l'extrême gauche n'apparaisse comme le seul parti qui ne sera pas lié d'une façon ou d'une autre au pouvoir.
Avec 8,5 % des voix, les Verts rééditent leur résultat d'il y a trois ans. «Les verts ont toutes les raisons d'être satisfaits, même s'ils ne sont pas au gouvernement», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer.
Les partis fédéraux allemands n'ont formé de «grande coalition» qu'une seule fois. Entre 1966 et 1969, en pleine crise économique, le chancelier chrétien-démocrate Kurt Kiesinger avait dû s'allier au social-démocrate Willy Brandt. Mais, pour plusieurs, ce type de contrat est un passeport pour la stagnation et l'instabilité dans un pays où le chômage atteint 11 % et touche cinq millions de personnes. Il pourrait aussi annoncer de nouvelles élections dans un proche avenir.
Angela Merkel sort de cette victoire à l'arraché considérablement affaiblie. On s'attend à ce qu'elle ait à subir les assauts des barons de la CDU qu'elle avait suprêmement ignorés lorsqu'elle accéda à la direction du parti en s'appuyant sur le vote de la base au moment où le chancelier Kohl était impliqué dans le scandale des «caisses noires».
Contrairement à Gerhard Schröder, Angela Merkel peut cependant bénéficier de l'appui de la chambre des régions, le Bundesrat, où la CDU-CSU est nettement majoritaire.
Les experts estiment qu'un gouvernement de coalition pourra difficilement amorcer un virage radical, augmenter la TVA (l'équivalent de nos TPS et TVQ), réaliser une réforme fiscale et assouplir les normes du travail comme le proposait Merkel. On voit mal comment une chancelière affaiblie pourrait aussi s'opposer au début des négociations sur l'adhésion de la Turquie dans l'Union européenne, comme elle en avait l'intention. Sa politique étrangère, plus proche de Washington, devra aussi être négociée.
Comble de malchance, les résultats de cette élection peuvent encore changer puisque les électeurs de Dresde ne voteront que le 3 octobre à cause du décès d'un candidat local. Dans un scrutin où chaque vote compte, cela pourrait faire la différence.
Correspondant du Devoir à Paris
Au moment de mettre sous presse, Angela Merkel menait de justesse. En moins d'un mois, les 20 points d'avance qu'elle détenait sur le chancelier sortant Gerhard Schröder ont fondu au soleil. Les 35 % de voix (et 226 sièges) de la CDU ne lui permettent cependant pas de former un gouvernement avec son allié naturel, les libéraux du SPD qui obtiennent 10 % (et 61 sièges). Le scénario tant redouté de la «grande coalition» rassemblant des frères ennemis de la CDU et du SPD a donc toutes les chances de se concrétiser d'ici à quelques semaines. «Nous avons un mandat clair pour diriger ce pays, a néanmoins déclaré Angela Merkel. [...] Malgré les conditions difficiles, il faudra négocier et je considère que j'ai un mandat.» La candidate de la CDU dit qu'elle négociera avec tous les partis à l'exception du nouveau parti d'extrême gauche Die Linke formé des néo-communistes du PDS et des déçus du SPD dirigés par Oskar Lafontaine. «Notre responsabilité maintenant, c'est de créer un gouvernement stable pour les Allemands.»
Mais le charismatique Gerhard Schröder, dont le parti enregistre lui aussi une baisse historique (avec 34 % des voix et 220 sièges), n'a pas jeté l'éponge pour autant. Jouant sa carte jusqu'au bout, il dit lui aussi vouloir former un nouveau gouvernement et souligne les faibles résultats de son adversaire.
Défait mais jubilant, il a été acclamé pendant de longues minutes. «Nous avons réussi ce qui semblait impossible à de nombreux professionnels. [...] Malgré des résultats catastrophiques, la CDU prétend à un rôle de leader, mais ça ne marchera pas ainsi. Je suis certain que nous pourrons faire en sorte que l'Allemagne ait un gouvernement stable sous ma direction.»
Ayant lui aussi rejeté toute possibilité d'alliance avec l'extrême gauche, on ne voit pas comment le SPD et les verts pourraient s'allier aux libéraux du FDP. Avec 10 % des voix, les libéraux sont parmi les rares gagnants de ce suspense électoral qui a surtout favorisé les extrêmes. Son candidat, Guido Westerwelle, s'est félicité des résultats qui sont les meilleurs de l'histoire de son parti. Il a rejeté toute possibilité de coalition avec un autre parti que celui d'Angela Merkel. «Nous au FDP, nous souhaitons de véritables réformes. Nous voulons former une coalition avec la CDU et, si ce n'est pas suffisant, nous ne sommes pas disponibles pour dilapider nos forces avec d'autres partis.»
Des négociations intenses entre tous les partis devraient donc s'engager dans les prochaines semaines. «On ne peut pas envisager autre chose qu'une grande coalition», a affirmé le numéro deux de la CDU-CSU, le Bavarois Edmund Stoiber qui, devant le demi-échec de sa rivale, semble pour la première fois prêt à entrer dans le gouvernement. «Le SPD est prêt à participer à une coalition», a déclaré de son côté le président du parti social-démocrate, Franz Müntefering.
Grâce à une campagne de plus d'une centaine d'assemblées dans tous les coins du pays, Gerhard Schröder a presque entièrement remonté une pente abrupte. Il était hier à deux doigts de remporter le défi qu'il s'était fixé en déclenchant ces élections anticipées, événement exceptionnel en Allemagne. À la maison Willy-Brandt, le siège de leur parti, les sociaux démocrates étaient nombreux à dire que, sans la scission des radicaux dirigés par Oskar Lafontaine, ils auraient facilement décroché un troisième mandat.
Les militants du nouveau parti d'extrême gauche Die Linke ne semblaient pourtant pas regretter leur geste. «Pour la première fois, il y aura un véritable parti de gauche au Parlement. Cela modifie le paysage politique en Allemagne», a déclaré le néo-communiste Gregor Gysi. «Les deux grands partis n'ont pas de majorité parce que nous avons décidé de nous lever et de nous présenter», a renchéri Oskar Lafontaine. Si Angela Merkel forme une coalition avec les sociaux-démocrates, plusieurs observateurs craignent que l'extrême gauche n'apparaisse comme le seul parti qui ne sera pas lié d'une façon ou d'une autre au pouvoir.
Avec 8,5 % des voix, les Verts rééditent leur résultat d'il y a trois ans. «Les verts ont toutes les raisons d'être satisfaits, même s'ils ne sont pas au gouvernement», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer.
Les partis fédéraux allemands n'ont formé de «grande coalition» qu'une seule fois. Entre 1966 et 1969, en pleine crise économique, le chancelier chrétien-démocrate Kurt Kiesinger avait dû s'allier au social-démocrate Willy Brandt. Mais, pour plusieurs, ce type de contrat est un passeport pour la stagnation et l'instabilité dans un pays où le chômage atteint 11 % et touche cinq millions de personnes. Il pourrait aussi annoncer de nouvelles élections dans un proche avenir.
Angela Merkel sort de cette victoire à l'arraché considérablement affaiblie. On s'attend à ce qu'elle ait à subir les assauts des barons de la CDU qu'elle avait suprêmement ignorés lorsqu'elle accéda à la direction du parti en s'appuyant sur le vote de la base au moment où le chancelier Kohl était impliqué dans le scandale des «caisses noires».
Contrairement à Gerhard Schröder, Angela Merkel peut cependant bénéficier de l'appui de la chambre des régions, le Bundesrat, où la CDU-CSU est nettement majoritaire.
Les experts estiment qu'un gouvernement de coalition pourra difficilement amorcer un virage radical, augmenter la TVA (l'équivalent de nos TPS et TVQ), réaliser une réforme fiscale et assouplir les normes du travail comme le proposait Merkel. On voit mal comment une chancelière affaiblie pourrait aussi s'opposer au début des négociations sur l'adhésion de la Turquie dans l'Union européenne, comme elle en avait l'intention. Sa politique étrangère, plus proche de Washington, devra aussi être négociée.
Comble de malchance, les résultats de cette élection peuvent encore changer puisque les électeurs de Dresde ne voteront que le 3 octobre à cause du décès d'un candidat local. Dans un scrutin où chaque vote compte, cela pourrait faire la différence.
Correspondant du Devoir à Paris
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

