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Non retentissant en France

L'Europe est en état de choc

Christian Rioux   30 mai 2005  Europe
Des partisans du non à la Constitution européenne ont bruyamment manifesté leur victoire, hier soir, place de la Bastille, à Paris.
Photo : Agence Reuters
Des partisans du non à la Constitution européenne ont bruyamment manifesté leur victoire, hier soir, place de la Bastille, à Paris.
Paris — Sous les yeux d'une Europe ébahie, la France a rejeté massivement hier le traité qui devait donner au continent sa première constitution. À l'occasion d'un référendum historique, 55 % des 42 millions d'électeurs ont dit non au traité constitutionnel déjà adopté par neuf pays et soutenu par les principaux partis politiques français. Seulement 45 % des électeurs ont dit oui au projet de constitution.

Pour la première fois, un pays fondateur dit massivement non à l'Europe. La participation, environ 70 %, a été aussi importante qu'en 1992, pour la ratification du traité de Maastricht. Le non s'est exprimé très largement chez les employés (60 %), les ouvriers (70 %) et les jeunes. Il est fortement ancré à l'extrême droite, mais plus encore à l'extrême gauche.

Malgré ce que certains qualifient de «crise de régime», le président Jacques Chirac semble déterminé à demeurer en poste. «C'est votre décision souveraine, et j'en prends acte, dit-il. Pour autant, nos intérêts sont profondément liés à l'Europe. [...] L'Europe continuera à fonctionner sur la base des traités actuels. Mais ne nous y trompons pas, la décision de la France crée inévitablement un contexte difficile pour la défense de nos intérêts.»

La France et l'Europe sont plongées dans une crise grave estiment les partisans du oui. «C'est un événement politique majeur», dit Nicolas Sarkozy, chef de l'UMP (droite). «En disant non, les Français nous appellent à des remises en causes importantes et rapides.»

Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, estime que l'Europe a été le bouc émissaire de la crise que vit la France. «C'est une décision politique majeure, elle nous engagera pour longtemps. [...] Ce vote traduit surtout l'ampleur de la crise profonde que traverse notre pays.»

«Nous entrons dans une période d'hiver», renchérit l'ancien ministre socialiste Dominique Strauss-Kahn. «Ce que nous payons au prix fort, c'est le déficit d'explication sur l'Europe depuis la chute du mur de Berlin», estime de son côté le député du parti des Verts Noël Mamère.

Les partisans du non ne pavoisaient pas pour autant, même si quelques centaines de personnes ont célébré à Paris place de la Bastille au son de L'Internationale.

«C'est une gigantesque motion de censure populaire contre l'absence de démocratie en Europe», dit le député socialiste Arnaud Montebourg. «La France a réaffirmé la primauté de la souveraineté populaire sur les appareils des partis», ajoute le socialiste Henri Emmanuelli.

Le leader «souverainiste» Philippe de Villiers réclame la dissolution de l'Assemblée nationale. Lui faisant écho, le président du Front National d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, exige la démission du président. «Le président de la République et son gouvernement sont désavoués», dit-il. Plusieurs évoquent la démission du président Charles de Gaulle en 1969 après la victoire du non au référendum sur la régionalisation.

Selon les sondeurs, ceux qui ont voté non sont d'abord motivés par la situation économique et sociale (52 %), le caractère trop «libéral» du traité, la perspective d'une renégociation (39 %) et le rejet du gouvernement (20 %).

À Bruxelles, les responsables européens ont tenté de calmer le jeu en affirmant que la ratification suivrait son cours quoi qu'il arrive. Le traité doit encore être ratifié par 15 pays et le processus doit normalement se poursuivre jusqu'à la fin de 2006.

«Le non français nous pose un énorme problème. Nous en sortons perplexe», avoue tout de même le président de l'Union européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Il n'y a pas de motivations communes entre le non de gauche et le non de droite, dit-il.

Le traité n'est pas mort, affirme José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. Selon lui, il n'y a pas de renégociation possible dans un futur proche.

À Bruxelles, la situation est sans précédent. Il y a plusieurs années, le Danemark avait rejeté le traité de Maastricht, et l'Irlande le traité de Nice. Mais ces deux pays avaient finalement dit oui quelques mois plus tard à l'occasion d'une seconde consultation. Compte tenu de ce vote massif, «il serait de mauvais goût» de faire revoter les Français, a dit Jean-Claude Juncker.

La crise qui s'ouvre apparaît beaucoup plus grave que celle que Charles de Gaulle avait déclenchée en 1965 sur la politique agricole et celle que Margaret Thatcher avait provoquée en 1979 en exigeant la réduction de la contribution britannique.

Selon tous les observateurs, ce vote affaiblit irrémédiablement le président Jacques Chirac dont la candidature parfois évoquée à l'élection présidentielle de 2007 s'évanouit. Elle signe aussi la fin déjà annoncée du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin dont les jours sont comptés.

Cette crise pourrait d'ailleurs s'aggraver considérablement dans trois jours alors que les Hollandais se prononceront eux aussi par référendum. Or, les sondages laissent penser qu'ils pourraient rejeter le traité par une majorité de 60 %.

Après le président Jacques Chirac, c'est le Parti socialiste qui sort le plus abîmé de ce référendum. Son premier secrétaire François Hollande a été pour ainsi dire désavoué par les sympathisants du parti qui ont majoritairement rejeté le traité. Celui-ci pourrait cependant demander des comptes à l'ancien premier ministre Laurent Fabius qui a enfreint la discipline du parti en prônant le non.

En Allemagne, en Italie, en Pologne et en Espagne, la déception était manifeste. Les seules voix favorables au vote français sont venues de Grande-Bretagne où l'on ne serait pas fâché d'éviter un référendum à la fin de 2006. Les 25 se rencontreront le 16 juin à Bruxelles à l'occasion d'un sommet européen où ils devront faire le point sur la ratification du traité.

C'est vers la Hollande que se tournent aujourd'hui tous les yeux des Européens. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères Ben Bot a demandé hier à ses compatriotes de ne pas se laisser influencer par le vote des Français. La réponse viendra mercredi.
 
 
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  • Thierry Obert
    Inscrit
    lundi 30 mai 2005 06h43
    Le Non d'un français
    j'ai répondu non car je ne veux de la libéralisation de cette consitution.Je suis, comme un grand nombre de Français, pour une europe sociale

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