Europe: péril en la demeure
À deux mois d'un vote européen historique qui divise l'Hexagone, un troisième sondage consécutif confirme un rejet possible de la Constitution européenne au référendum français prévu le 29 mai. La tension monte entre partisans du non et ceux en faveur du traité constitutionnel européen, alors que l'hebdomadaire français Marianne publie dans son édition d'aujourd'hui un sondage-choc qui octroie 55 % des intentions de vote au non à la Constitution, contre 45 % pour un oui.
Le sondage CSA effectué auprès de la population française les 23 et 24 mars donne une avance sans précédent au camp du non, qui jouit de dix points d'avantage dans les intentions de vote, une marge considérable que plusieurs dans le camp du oui craignent insurmontable. Alors qu'au début du mois les sondages indiquaient 60 % d'intentions de vote en faveur du traité constitutionnel, le mois de mars a vu, petit à petit, le vent changer de cap au profit des partisans du non. Un sondage CSA effectué pour le compte du quotidien Le Parisien les 16 et 17 mars donnait 51 % d'intentions de vote au camp du non contre 49 % pour le oui. À peine deux jours plus tard, un sondage Ipsos-Le Figaro-Europe 1 dévoilait une marge un peu plus grande, avec 52 % pour le non et 48 % pour le oui. L'Hexagone semble donc pour l'instant glisser vers une réponse négative.
Mais c'est l'Union européenne (UE) entière qui sera suspendue aux lèvres des Français le 29 mai prochain, tant l'enjeu du référendum est d'une importance capitale pour le projet européen. Au dire de plusieurs analystes, un rejet français de la Constitution européenne porterait un coup fatal au traité mais risquerait aussi de plonger l'Europe dans une crise politique majeure. D'une part, l'Europe serait contrainte de renoncer à ce projet de constitution et les 25 pays de l'Union continueraient de fonctionner comme ils le font depuis l'élargissement du 1er mai 2004 avec le traité de Nice signé en décembre 2000. D'autre part, «un non français serait un bouleversement majeur du système actuel, une rupture de confiance entre le peuple français et l'Europe», affirme un diplomate. C'est en fait la France, avec l'Allemagne, qui avait imposé l'idée d'une nouvelle constitution à la plupart des États membres, qui auraient préféré en rester au traité de Nice. «La France n'est pas un État-membre comme les autres car c'est un grand État, et un État fondateur» de la construction européenne, souligne Paul Magnette, directeur de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles.
Autre conséquence, un rejet français du traité constitutionnel pourrait entraîner une réaction en chaîne d'autres États membres qui hésitent actuellement à ratifier le traité signé par tous les chefs d'État des 25 pays de l'UE le 29 octobre dernier. La Pologne, par exemple, pourrait être tentée de voter non. Même chez les Britanniques, où les «eurosceptiques» sont nombreux, un non pourrait être envisageable, selon les analystes. «L'exemple aurait été donné par les Français», ajoute Yves Mény, président de l'Institut universitaire européen de Florence, en Italie, qui craint un tel «effet en cascade».
Les conséquences pourraient être lourdes à l'échelle de l'Europe, qui perdrait un peu de sa notoriété sur la scène internationale et se retrouverait déstabilisée sur le plan politique. La Constitution actuelle prévoit l'élection au Conseil européen d'un président stable et d'un ministre des Affaires étrangères qui représenterait l'Europe à l'étranger et serait en charge de sa défense.
Amalgame politique
Selon les analystes, plusieurs raisons amènent une majorité de Français à vouloir rejeter la ratification du traité, mais tous les partisans du non ne sont pas nécessairement contre le projet de constitution. Les Français, qui sont majoritairement contre l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, semblent voir dans le rejet du traité un refus clair de négocier avec Ankara une future adhésion. Or le Conseil européen a déjà approuvé, en décembre dernier, l'ouverture prochaine des négociations avec la Turquie, et elles se poursuivront avec ou sans constitution, selon des spécialistes de la question.
D'autre part, certains voient dans le vote du 29 mai un plébiscite à l'intention de l'actuel gouvernement, en prévision de l'élection présidentielle de 2007. Le président Chirac, qui s'est ouvertement prononcé en faveur du traité, pourrait être tenté de se représenter pour un troisième mandat si le oui l'emportait, alors qu'un rejet de la Constitution le placerait dans une situation moins confortable, selon les analystes. Dans les camps socialistes, l'appui au projet de constitution d'une majorité des membres du Parti socialiste lors du référendum interne de décembre avait alors semblé constituer un atout pour le numéro 1 du parti, François Hollande, en prévision de la prochaine course à la présidence.
En réaction aux récents sondages, les partisans du oui au référendum sur le traité constitutionnel ont accéléré la cadence de leur campagne référendaire cette semaine. Sur les ondes de la télévision française TF1, jeudi, le premier ministre français a appelé les Français à approuver le traité. Le président Jacques Chirac a pour sa part lancé sa campagne pour le oui à l'occasion du Conseil européen des 22 et 23 mars, répondant aux récentes critiques sur son manque d'engagement dans le dossier. À la clôture du Conseil, il a exprimé sa conviction que ce traité constitutionnel sera «un progrès important» en matière sociale, économique et de politique étrangère, tout en ajoutant qu'il allait, «le moment venu», s'adresser aux Français pour leur dire que «la France a tout à gagner et rien à perdre avec la Constitution européenne».
Le taux d'abstention pourrait jouer en faveur du non
Les plus récents sondages apportent aussi une marge d'inconnu, en soulignant que la moitié des Français seulement ont arrêté leur choix pour le vote qui aura lieu dans neuf semaines. Dans le sondage publié par Marianne, quelque 50 % des sondés ont déclaré vouloir s'abstenir, voter blanc ou annuler leur vote. Or, en politique française, les positions extrêmes (de droite ou de gauche) prennent souvent de l'importance lorsque le taux d'abstention est élevé dans des consultations où chaque vote a le même poids.
Tous les Français se rappellent le 21 avril 2002, où le taux d'abstention relativement fort (28 %) au premier tour de l'élection présidentielle avait été montré du doigt comme une des principales causes de la montée en force de Jean-Marie Le Pen, du Front national (extrême droite), et à sa présence au second tour des présidentielles. Or, au sujet de la Constitution européenne, les extrêmes, de droite comme de gauche, se sont, depuis longtemps, prononcés contre le traité.
Avec Le Monde et l'Agence-France-Presse
Le sondage CSA effectué auprès de la population française les 23 et 24 mars donne une avance sans précédent au camp du non, qui jouit de dix points d'avantage dans les intentions de vote, une marge considérable que plusieurs dans le camp du oui craignent insurmontable. Alors qu'au début du mois les sondages indiquaient 60 % d'intentions de vote en faveur du traité constitutionnel, le mois de mars a vu, petit à petit, le vent changer de cap au profit des partisans du non. Un sondage CSA effectué pour le compte du quotidien Le Parisien les 16 et 17 mars donnait 51 % d'intentions de vote au camp du non contre 49 % pour le oui. À peine deux jours plus tard, un sondage Ipsos-Le Figaro-Europe 1 dévoilait une marge un peu plus grande, avec 52 % pour le non et 48 % pour le oui. L'Hexagone semble donc pour l'instant glisser vers une réponse négative.
Mais c'est l'Union européenne (UE) entière qui sera suspendue aux lèvres des Français le 29 mai prochain, tant l'enjeu du référendum est d'une importance capitale pour le projet européen. Au dire de plusieurs analystes, un rejet français de la Constitution européenne porterait un coup fatal au traité mais risquerait aussi de plonger l'Europe dans une crise politique majeure. D'une part, l'Europe serait contrainte de renoncer à ce projet de constitution et les 25 pays de l'Union continueraient de fonctionner comme ils le font depuis l'élargissement du 1er mai 2004 avec le traité de Nice signé en décembre 2000. D'autre part, «un non français serait un bouleversement majeur du système actuel, une rupture de confiance entre le peuple français et l'Europe», affirme un diplomate. C'est en fait la France, avec l'Allemagne, qui avait imposé l'idée d'une nouvelle constitution à la plupart des États membres, qui auraient préféré en rester au traité de Nice. «La France n'est pas un État-membre comme les autres car c'est un grand État, et un État fondateur» de la construction européenne, souligne Paul Magnette, directeur de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles.
Autre conséquence, un rejet français du traité constitutionnel pourrait entraîner une réaction en chaîne d'autres États membres qui hésitent actuellement à ratifier le traité signé par tous les chefs d'État des 25 pays de l'UE le 29 octobre dernier. La Pologne, par exemple, pourrait être tentée de voter non. Même chez les Britanniques, où les «eurosceptiques» sont nombreux, un non pourrait être envisageable, selon les analystes. «L'exemple aurait été donné par les Français», ajoute Yves Mény, président de l'Institut universitaire européen de Florence, en Italie, qui craint un tel «effet en cascade».
Les conséquences pourraient être lourdes à l'échelle de l'Europe, qui perdrait un peu de sa notoriété sur la scène internationale et se retrouverait déstabilisée sur le plan politique. La Constitution actuelle prévoit l'élection au Conseil européen d'un président stable et d'un ministre des Affaires étrangères qui représenterait l'Europe à l'étranger et serait en charge de sa défense.
Amalgame politique
Selon les analystes, plusieurs raisons amènent une majorité de Français à vouloir rejeter la ratification du traité, mais tous les partisans du non ne sont pas nécessairement contre le projet de constitution. Les Français, qui sont majoritairement contre l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, semblent voir dans le rejet du traité un refus clair de négocier avec Ankara une future adhésion. Or le Conseil européen a déjà approuvé, en décembre dernier, l'ouverture prochaine des négociations avec la Turquie, et elles se poursuivront avec ou sans constitution, selon des spécialistes de la question.
D'autre part, certains voient dans le vote du 29 mai un plébiscite à l'intention de l'actuel gouvernement, en prévision de l'élection présidentielle de 2007. Le président Chirac, qui s'est ouvertement prononcé en faveur du traité, pourrait être tenté de se représenter pour un troisième mandat si le oui l'emportait, alors qu'un rejet de la Constitution le placerait dans une situation moins confortable, selon les analystes. Dans les camps socialistes, l'appui au projet de constitution d'une majorité des membres du Parti socialiste lors du référendum interne de décembre avait alors semblé constituer un atout pour le numéro 1 du parti, François Hollande, en prévision de la prochaine course à la présidence.
En réaction aux récents sondages, les partisans du oui au référendum sur le traité constitutionnel ont accéléré la cadence de leur campagne référendaire cette semaine. Sur les ondes de la télévision française TF1, jeudi, le premier ministre français a appelé les Français à approuver le traité. Le président Jacques Chirac a pour sa part lancé sa campagne pour le oui à l'occasion du Conseil européen des 22 et 23 mars, répondant aux récentes critiques sur son manque d'engagement dans le dossier. À la clôture du Conseil, il a exprimé sa conviction que ce traité constitutionnel sera «un progrès important» en matière sociale, économique et de politique étrangère, tout en ajoutant qu'il allait, «le moment venu», s'adresser aux Français pour leur dire que «la France a tout à gagner et rien à perdre avec la Constitution européenne».
Le taux d'abstention pourrait jouer en faveur du non
Les plus récents sondages apportent aussi une marge d'inconnu, en soulignant que la moitié des Français seulement ont arrêté leur choix pour le vote qui aura lieu dans neuf semaines. Dans le sondage publié par Marianne, quelque 50 % des sondés ont déclaré vouloir s'abstenir, voter blanc ou annuler leur vote. Or, en politique française, les positions extrêmes (de droite ou de gauche) prennent souvent de l'importance lorsque le taux d'abstention est élevé dans des consultations où chaque vote a le même poids.
Tous les Français se rappellent le 21 avril 2002, où le taux d'abstention relativement fort (28 %) au premier tour de l'élection présidentielle avait été montré du doigt comme une des principales causes de la montée en force de Jean-Marie Le Pen, du Front national (extrême droite), et à sa présence au second tour des présidentielles. Or, au sujet de la Constitution européenne, les extrêmes, de droite comme de gauche, se sont, depuis longtemps, prononcés contre le traité.
Avec Le Monde et l'Agence-France-Presse
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