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    Éditorial

    Macron en Chine: prendre ses désirs pour des réalités

    Guy Taillefer
    12 janvier 2018 |Guy Taillefer | Europe | Éditoriaux

    Le président français, Emmanuel Macron, est rentré mercredi de sa première visite d’État en Chine. Une visite au cours de laquelle il aura été d’une déférence immodérée, s’agissant de faire l’impasse sur la réalité autoritaire de la Chine de Xi Jinping. Le tout au nom de la promotion d’un « partenariat stratégique » et « équilibré » entre la France et la deuxième puissance économique au monde. Fallait-il qu’il soit si conciliant ?


    Emmanuel Macron a fait preuve depuis son arrivée à l’Élysée en mai dernier d’un affairement impressionnant sur la scène internationale. Organisation d’un grand sommet de suivi à l’Accord de Paris, tournée remarquée en Afrique de l’Ouest, fine médiation afin d’arracher Saad Hariri aux griffes de Riyad, qui retenait prisonnier, sans vouloir l’admettre, le premier ministre libanais. Sans oublier l’accueil étrange fait à Donald Trump à l’occasion des célébrations de la Fête nationale. Les Français apprécient cette animation : en décembre, un sondage indiquait que les trois quarts des répondants aimaient M. Macron pour la façon dont il représente la France à l’étranger — ils l’apprécient autrement moins pour les réformes socioéconomiques qu’il impose à la maison. Si la politique est plus que jamais affaire d’image et de vedettes, alors M. Macron est aujourd’hui l’un de ses acteurs dont le jeu est le plus juste.

     

    Il ne se gêne pas pour dire qu’il veut d’une France « ambitieuse » à l’échelle internationale. À défaut de percées concrètes, son voyage en Chine aura été pour lui l’occasion de se surpasser à ce chapitre en intelligence grandiloquente. Il a cultivé dans les cinq discours qu’il a prononcés en trois jours une idée sublimée de la « Chine millénaire » et de l’avènement d’une nouvelle ère marquée au sceau du leadership franco-chinois. Est venu, a-t-il déclaré, « un temps où la France et la Chine peuvent se permettre de rêver ensemble ».

     

    Soit, il n’est pas totalement irréaliste pour le président français de rêver, tant il a le champ libre en l’occurrence. Il y a évidemment l’isolationnisme décousu de M. Trump, dont l’incohérence se trouve à créer des occasions tant pour la France que pour la Chine. À l’échelle européenne, M. Macron a les coudées franches face à la Grande-Bretagne, tout occupée à son Brexit, ainsi qu’à l’Allemagne, où Angela Merkel peine à former un gouvernement et dont l’influence au-delà de l’Europe est de toute façon limitée. Il se trouve en effet en bonne posture pour prendre le leadership des relations européennes avec Pékin, s’agissant notamment du projet chinois des « nouvelles routes de la soie ».

     

    Son volontarisme l’honore, mais il n’empêche qu’il s’expose à des désillusions lorsqu’il plaide pour une « coopération équilibrée ». Le climat commercial pour les entreprises étrangères installées en Chine s’est nettement dégradé depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi en 2012, écrivait cette semaine Libération, alors qu’en six ans les investissements chinois en Europe ont été multipliés par vingt-deux. La Chine est boulimique : elle ne reculera devant rien pour nourrir sa croissance.

     

    Au-delà, les ambitions de M. Macron seraient plus méritoires si son silence sur la question des droits de la personne n’avait été si assourdissant. Or, l’État chinois devient de plus en plus répressif sous Xi Jinping. La dégradation des droits au Tibet et dans la région ouïgoure du Xinjiang « est à proprement parler horrible », affirme la sinologue Marie Holzman, citée par Le Monde. À ses détracteurs, M. Macron a répliqué qu’il n’était pas question de « donner des leçons » à la Chine : « Ça s’est beaucoup fait, sans aucun résultat. » Signe que la Chine est devenue si intimidante que même lui, battant entre tous, adopte en la matière une posture défaitiste.













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