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    Éditorial

    Puzzle catalan

    Guy Taillefer
    23 décembre 2017 |Guy Taillefer | Europe | Éditoriaux

    Les indépendantistes catalans ont reconduit leur majorité parlementaire malgré tous les bâtons que Madrid leur a mis dans les roues. Formidable pied de nez au chef du gouvernement de Mariano Rajoy, dont l’échec est patent. Piégé par son intransigeance, il persiste dans l’erreur à ses risques et périls.


    Le premier ministre Rajoy n’aurait guère pu trouver de façon moins subtile de minimiser la victoire indépendantiste : « La personne avec qui je devrais m’asseoir est celle qui a gagné les élections, Mme Arrimadas », a-t-il déclaré vendredi : Inès Arrimadas, jeune chef charismatique de Ciudadanos, parti antinationaliste de centre droit. Une dame qui ne s’est d’ailleurs adressée qu’en espagnol à ses partisans en réaction aux résultats du scrutin. Si Ciudadanos est en effet le parti à avoir remporté le plus de sièges (37) au Parlement catalan, il est pour autant loin, de toute façon, d’être en mesure de bâtir une coalition gouvernementale. Il n’y a pas de limites à la mauvaise foi de M. Rajoy. Non content d’avoir destitué le gouvernement de Carles Puigdemont pour avoir déclaré l’indépendance, il atteint des sommets de mépris pour le processus démocratique en refusant de reconnaître, maintenant qu’il les a perdues, l’issue d’élections anticipées qu’il a lui-même fait convoquer.

     

    La victoire des partis indépendantistes (70 sièges sur 135) est d’autant plus éloquente que M. Puigdemont, chef de la formation Ensemble pour la Catalogne, est en exil à Bruxelles, et qu’Oriol Junqueras, leader de la Gauche républicaine (ERC), est en prison. Que, surmontant leurs divisions, ils soient techniquement en mesure de former un gouvernement est une chose, qu’ils y soient autorisés en est une autre. En écho au chef du gouvernement, la justice espagnole en a d’ailleurs rajouté vendredi en élargissant à six indépendantistes les poursuites pour rébellion et sédition dont une vingtaine de personnalités font déjà l’objet.

     

    C’est dire, en somme, que l’attitude de Madrid continue de contredire toute approche raisonnable. Qu’importe si l’ERC et Ensemble pour la Catalogne ont renoncé ces dernières semaines à la voie de l’indépendance unilatérale… De dialogue, M. Rajoy n’a jamais voulu.

     

    Pas impossible, au final, que ces péripéties débouchent sur la chute du gouvernement Rajoy. Il est minoritaire, ne l’oublions pas. Son échec à « décapiter » le mouvement indépendantiste, conjugué aux succès de Ciudadanos, le fragilise encore davantage. Auquel cas sa stratégie de décapitation se retournerait contre lui.


     

    Le puzzle catalan interpelle l’Europe. Face à la Catalogne, il faudra bien que l’Union européenne finisse par se sortir la tête du sable. Entre le référendum catalan du 1er octobre et le scrutin de jeudi, il se trouve que les partis nationalistes ont triomphé aux élections territoriales corses, début décembre, et que le Oui à davantage d’autonomie l’a largement emporté au référendum organisé en octobre par la Ligue du Nord (droite dure) dans ses châteaux forts de Lombardie et de Vénitie, en Italie.

     

    La consolidation du projet européen ne passe pas par une stratégie d’aveuglement volontaire, encore moins par l’approche à la yougoslave préconisée par M. Rajoy. Ceux qui ont voté au référendum tenu en Italie ne sont pas « devenus subitement partisans de la Ligue, commentait La Stampa, mais ils se sentent abandonnés par l’État […] et espèrent qu’une version plus proche du pouvoir pourra leur apporter les réponses qu’ils attendent. » Certains ont beau jeu de réduire les manifestations d’affirmation identitaire à des mouvements malsains de repli. Elles sont aussi un appel à une plus grande démocratie de proximité. Ces machines que sont l’UE et des États qui la composent auraient intérêt à apprendre à mieux composer avec ces attentes.













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