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    Chronique

    Débandade britannique?

    François Brousseau
    18 décembre 2017 | François Brousseau - Cette chronique fera relâche pour les Fêtes, au cours des deux prochaines semaines. Elle sera de retour le 8 janvier 2018. | Europe | Chroniques

    Le Brexit, supposé processus de séparation du Royaume-Uni avec l’Union européenne (UE), a franchi vendredi une étape importante avec la ratification, par les États membres des deux bords, d’un accord sur les « trois questions préalables » qu’il fallait — à l’insistance des négociateurs de Bruxelles — régler avant d’entrer dans le vif du sujet.

     

    Il s’agissait (1) du statut des ressortissants communautaires, Britanniques vivant et travaillant en Europe continentale et « continentaux » postés au Royaume-Uni ; (2) du « chèque de sortie » à payer par Londres pour son départ et (3)… dernier point mais non le moindre, du maintien de l’ouverture de la frontière entre la République irlandaise (pays indépendant membre de l’UE) et l’Irlande du Nord (province du Royaume britannique), où l’on avait voté à 56 % contre le Brexit en juin 2016.

     

    Ce qu’il faut souligner, c’est que même sur ces trois questions dites « préalables », au moins une — la question de l’Irlande — reste enveloppée de flou. Et que la deuxième phase des négociations, pour reprendre les mots de l’Allemande Angela Merkel, « sera encore plus dure que la première… et nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous ».

     

    Le Brexit doit, selon la constitution européenne, être complété le 29 mars 2019, deux ans jour pour jour après la « lettre de départ » de la première ministre Theresa May. Selon le président du Conseil européen, Donald Tusk, « ce calendrier reste réalisable, mais ce sera extraordinairement difficile ».

     

    Par exemple, sur la question irlandaise, il a été convenu (1) qu’il ne devra pas y avoir de contrôles aux frontières entre l’Irlande du Nord et la République irlandaise ; (2) qu’il ne peut (évidemment) y avoir de contrôles frontaliers entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni, mais (3) qu’il doit y avoir à l’avenir — c’est même le but du Brexit — une vraie frontière entre le Royaume-Uni et l’Union européenne… Trouvez l’erreur !

     

    La résolution de cette quadrature du cercle est repoussée à une phase ultérieure. Ce qu’on peut dire pour l’instant, c’est que les 27 ont maintenu jusqu’à maintenant leur unité contre toute attente et que Londres est en position de grande faiblesse, à un moment où l’économie insulaire ralentit. Et que cette première phase des négociations était plutôt une capitulation des Anglais.

     

    Le fameux « chèque de sortie » pour les engagements passés et les actifs communautaires en territoire britannique ? Les tabloïds vociférants de Londres avaient hurlé : « Pas un seul penny ! » Le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, avait dit : « Ils pourront toujours courir ! »… Eh bien, il sera payé intégralement par le Royaume-Uni : entre 45 et 55 milliards d’euros. Mme May a signé.

     

    Quant au droit au séjour, au travail ou à la protection sociale, appliqué aux « continentaux » postés en Grande-Bretagne, il sera garanti ad vitam comme l’exigeait Bruxelles. La Cour de justice européenne aura force de loi jusqu’en 2027 pour arbitrer les conflits les concernant.

     

    On a prévu le cas où un accord final ne serait pas signé au 29 mars 2019… Sur les douanes et les contrôles frontaliers, Bruxelles a concédé une prolongation possible de deux ans du statu quo, « période supplémentaire » durant laquelle Londres n’aurait plus un mot à dire dans les instances de l’UE… mais continuerait à appliquer les lois européennes et à payer sa part du budget communautaire !

     

    Tout cela ressemble à une débandade britannique. Jusqu’à maintenant, ça l’est, et ça semble montrer que « le prix de l’indépendance », au XXIe siècle en Europe, peut être élevé.

     

    Le gros des négociations reste à faire : il va maintenant falloir aborder d’innombrables questions sur la future relation de la Grande-Bretagne, nouvellement « indépendante », avec le reste de l’Europe. Sur l’environnement, la libre circulation des personnes et des capitaux, les transports, les cours de justice, la politique agricole, l’immigration, etc. Lorsqu’on traitera ces questions une à une, il n’est pas impossible, alors, que le front uni des 27 s’effrite…

     

    Mais pour l’instant, à l’aube de 2018, après 18 mois de « psychodrame Brexit », c’est : Bruxelles 1, Londres 0.













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